8. Undertaker : Meyer et Dorison

 

Jonas Crow, ainsi dit-il s'appeler, est un "undertaker", un croque-mort. À bord de son corbillard, il va là où on le demande.

 

  • Le mangeur d'or
  • La danse des vautours

— Undertaker ! C’est sous ce nom que les gens me connaissent. Chez vous, ce serait Le fossoyeur ! En fait, je m’appelle Jonas Crow. Je sillonne le pays pour quelques mises en bière et, même si mes concitoyens ne m’apprécient guère, je leur suis nécessaire ; alors ils font avec. Ici, ma petite entreprise ne connait pas vraiment la crise et il m’arrive même parfois d’avoir des clients pour le moins singuliers, comme ce Joe Cusco. À bien y réfléchir, j’aurais dû laisser l’affaire à Flitburn ou Woodmack, ce qui m’aurait évité un tas d’emmerdes.

 

Il y a du sang, de la sueur et des larmes, des salauds typés, quelques questions existentielles et une belle Rose anglaise, coincée et honnête, un comble dans ce coin paumé ; et puis j’oubliais Jed, drôle d’oiseau que celui-là ! Je n’en dirais pas plus sur cet album sinon que c’est du bel ouvrage et que le découpage est un petit bijou de précision et d’efficacité. Au passage, n’oublions pas Ralph Meyer, à croire que nous nous attendions ! Je me découvre dans son dessin et surtout, je redécouvre le Far-West avec mes congénères plus vrais que nature ! Il ne manque que l’odeur des chevaux et la poussière dans les yeux.

Sans vouloir faire de prosélytisme et paraphraser l’épître VII de Jim Mac Clure aux habitants de Tombstone "Heureux ceux qui croiseront l’Undertaker, car ils connaîtront le bonheur ; quant aux autres, ils ne sauront jamais ce qu’ils ont perdu…".

 

 

 

 

Titre : Undertaker - Tome 1 - Le mangeur d'or

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer
Édition : Dargaud (2015)


Résumé :
Jonas Crow, croque-mort, doit convoyer le cercueil d'un ancien mineur devenu millionnaire vers le filon qui fit autrefois sa fortune.


Des funérailles qui devraient être tranquilles, à un détail près : avant de décéder, Joe Cusco a avalé son or pour l'emmener avec lui dans l'éternité. Pas de chance, le secret est éventé et provoque la fureur des mineurs d'Anoki City.


Comment laisser enterrer une telle fortune alors que pour survivre, eux suent sang et eau dans les filons ?


Comme le dit Jonas, "la mort ne vient jamais seule"..

 

Critique :
Le quotidien d'un croque-mort, c'est morose, c'est pas rose, mais c'est son destin.

 

Jonas Crow... Rien que son nom attire déjà la curiosité. Jonas, comme celui qui vécut dans le ventre de la baleine, et notre homme nous sort de temps en temps des citations biblique. Crow, qui veut dire corbeau en anglais.

 

— Dieu a dit: "Tu éviteras de faire chier un type qui braque un calibre 44 sur toi". Et pour une fois 'feriez mieux de l'écouter."

 

Bien que pour notre Jonas, c'est plutôt les vautours ses compagnons de galère car notre homme est un croque-mort.

 

Oubliez notre époque bénie qui a fait de la Mort un commerce lucratif, en ces époques d'après Guerre de sécession, être un croque-mort ne vous valait pas grand-chose.

 

Le fait est que les gens ne nous aiment pas. Et c'est tant mieux. Je ne les aime pas non plus.

 

On ne parle pas aux croque-morts. On les ignore ou on leur propose du travail.

 

Heureusement que notre ami ne manque pas d'humour... Noir, comme son habit, noir comme sa carriole, noir comme ses deux chevaux.

 

— Vous connaissez ce monstre Monsieur Crow ?
— Non. Mais si vous en cherchez, ils sont faciles à trouver. En général, ils portent une médaille ou une étoile.

 

— Dieu a dit : "Tu laisseras ton prochain faire ses conneries tant que c'est avec son blé et son cul"; Saint-Jean aux New-yorkais.

 

— Navrée de vous décevoir, monsieur... mais monsieur Cusco est loin d'être mort.
— Ah... Et ça peut s'arranger ?

 

Et il est louche, notre Undertaker. Il sait se battre, tirer, mais évite de se balader avec des six-coups. Sauf lorsque ça devient plus que nécessaire !

 

— Depuis quand ce genre d'artillerie fait partie de l'équipement d'un croque-mort ?
— Depuis qu'il préfère ne pas devenir son propre client.

 

N'ayant pas lu le résumé mais acheté cette bédé sur sa couverture, son côté western et ses dessins qui me plaisaient bien, c'est plus vierge que Marie que j'ai entamé ma lecture et tant mieux, j'en ai gardé toutes les surprises.

 

Évidemment, si vous n'aimez pas les western et si la musique d'un certain Ennio ne vous fait pas frissonner de plaisir, passez votre chemin parce qu'ici, nous sommes face à tous les codes du western, sans pour autant bouffer la même soupe.

 

Du mystère, des tensions, une paire de nichons, des balles qui sifflent, des dialogues avec des réparties qui fusent plus vite que des flèches d'un carquois indien sur le sentier de la guerre, du suspense et les prémices d'une grande aventure avec un cadavre et une femme plus coincée qu'une fermeture éclair qu'on aurait plus ouvert depuis le Néolithique.

 

— Je vous envie monsieur Crow. Être dépourvu de toute dignité doit sans doute être des plus agréable. 

 

— Ce que je leur ai dit, miss, c'était la vérité... Et la vérité c'est comme le fer rouge sur la plaie. Douloureux mais efficace.

 

Dessins superbes, couleurs qui donnent envie de chevaucher en criant "Yahaaaa" et une envie folle de monter dans la carriole de Jonas Crow, de prendre son Jed dans ses bras (Jed est un vautour blessé, aller pas imaginer des trucs dégueux, j'en suis pas capable) et de crier "En voiture Simone" avant d'ajouter un "Fouette cocher" des plus clinquants.

 

Vivement la suite ! Parce que des bédés western de cette qualité, j'en redemande.

 

— Attends !? Tu donnes un putain de T-Bone à un putain de vautour ?
— J’vais pas lui donner de la salade.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), le Challenge "Polar Historique" de SharonChallenge "Victorien" chez Arieste, Le "Challenge US" chez Noctembule, le Challenge "XIXème siècle" chez Netherfield Park et "Il était une fois dans l'Ouest" chez The Cannibal Lecteur.

 

 

 

Titre : Undertaker - Tome 2 - La danse des vautours

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer


Édition : Dargaud (2015)

 

Résumé : Jonas Crow, croque-mort; Rose, gouvernante anglaise; et Lin, domestique chinoise, doivent ramener la dépouille remplie d'or du vieux Cusco au filon "Red Chance".

 

Ils ont trois jours.

 

Trois jours, un corbillard, 50 miles à parcourir et une ville entière de mineurs survoltés à leurs trousses !

 

Critique :

Cusco, notre patron mégalo et inhumain envers ses mineurs avait cassé sa pipe dans le tome 1 et le voilà donc aux bons soins de Jonas Crow, undertaker de son état (fossoyeur ou croque-mort chez nous).

 

Je me marre et seuls ceux qui ont déjà lu les deux tomes comprendront pourquoi je me marre en le sachant aux bons soins de Undertaker et de son pote bizarre, Jed.

 

Oui, Cusco, gros mégalo égoïste, t'es pas prêt d'arriver dans ta dernière demeure, mon salaud !

 

"Et Dieu dit, ceux qui sont assez cons pour aller s'enfoncer en enfer méritent d'y rester. À perpète." Lettre de Jonas aux Californiens.

 

Nous retrouvons donc nos amis - Undertaker, Rose, Lin et Jed - là où nous les avions laissé en fin de tome 1, c'est à dire dans la merde, pour ne pas dire en mauvaise posture.

 

Va falloir se bouger les z'amis parce que d'un côté, il y a les mineurs d'Anoki qui veulent la dépouille de leur fripouille de patron et de l'autre, il y a des Tuniques Bleues qui arrivent et... Bordel de Dieu, mon cœur, quel suspense, bande de salauds !

 

Des dessins superbes, réalistes, du western qui a tous les codes du genre mais qui revisite la recette pour vous servir ce petit nectar plein de saveur western sans en être vraiment. Vous suivez toujours ou ça va trop vite ?

 

Au menu de ce deuxième opus : des courses-poursuites, des tirs (baissez-vous les gars), des morts, du sang qui coulera, des pièges, des stratégies, de la violence (mais pas gratuite) et des personnages qui n'ont pas fini de nous surprendre ! Certains cachaient même bien leur jeu.

 

Undertaker - Jonas Crow - est toujours aussi allumé et son côté "No Rules" (sauf dans son corbillard) et tête brûlée n'arrête pas de me faire penser à Blueberry.

 

— Tu sais pourquoi je suis croque mort ?
— Parce que t'es cinglé !
— Tuer des étrons dans ton genre, c'est bon, mais c'est trop court. Ça va trop vite. J'aime voir la mort longtemps, la contempler, la déguster, la laisser prendre son temps. C'est comme ça qu'elle me réconforte; elle me rappelle que la saloperie humaine... ça finit toujours par disparaitre.

 

Rose et Lin, nos deux dames, vont devoir s'accrocher à leurs jupons et suer, une fois de plus, si elles veulent s'en sortir vivantes et ne pas voyager, raides étendues, à l'arrière du corbillard.

 

— Cet or appartient à monsieur Cusco. Mort ou vivant, c'est la loi. Peut-être qu'aujourd'hui, cette loi ne vous arrange pas... Mais quand on ne porte pas un colt à la ceinture, c'est encore elle qui protège le mieux.

 

Un deuxième tome à la hauteur du premier, un récit mené main de maître, les rênes bien tendues, un rythme soutenu sans pour autant virer à la cavalcade avec le mors aux dents, des personnages qui vont se livrer un peu plus, le tout dans des décors grandioses dignes des plus grands western !

 

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