4.10 Auteurs divers (3) - Nouveautés 2015

Vous trouverez ici les lectures de 2015, autrement dit, des nouveautés de cette année là.

 

Il y a aussi deux ou trois romans sortis antérieurement (2014) et qui se trouvent ici parce que lus durant l'année 2015 et pas envie de bouger leurs fiches.

 

 

 

 

 

Titre : Deux


Auteur : Penny Hancock
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :

Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l'opportunité d'aller travailler à Londres s'offre à elle, Mona la saisit.

A Londres, Theodora a besoin d'aide. Entre son père qui souffre de la maladie d'Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s'en sort plus.

 

L'arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s'occuper d'elle et des siens en sachant qu'elle peut se reposer sur quelqu'un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l'arrivée de la discrète Marocaine, plus qu'une employée de maison, une véritable confidente.

Chacune dépend de l'autre mais, très vite, va s'instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

 

Critique : 

Deux femmes... L'une - Theodora - a le pouvoir et détient un quasi droit de propriété sur l'autre femme - Mona - une marocaine importée par son ex-mari pour la seconder.

 

La seconde femme est ce que l'on peut appeler une esclave moderne car elle est attachée à sa nouvelle patronne. Sur ses papiers, elle ne peut travailler QUE pour elle.

 

Nous ne sommes pas dans un trou perdu du monde à une époque lointaine mais à Londres, en 2015. Ceci n'est pas une fiction, cette horreur est bien inscrite dans le code du travail.

 

Si j'ai eu de l'empathie pour Mona, pauvre travailleuse qui ne sait pas ce qu'est devenue son mari et qui a dû s'exiler en Angleterre pour faire vivre sa mère et sa petite fille, j'ai tout doucement commencé à haïr Theodora.

 

Theodora... Le don de Dieu, d'après l'étymologie de son prénom. Notre femme BCBG va sombrer, au fil des pages, du côté tellement obscur de la Force qu'elle en aurait fait pâmer de jalousie le grand Dark Vador himself !

 

L'écriture est assez simple et le fait d'être à deux voix - Theodora et Mona - va nous donner un point de vue plus élargit et faire monter crescendo le côté psychologique du roman ainsi que la tension qui, telle la petite bête, va monter, monter... jusqu'à l'apothéose des 100 dernières pages.

 

Tout le sel du roman se trouve dans ces deux personnages ainsi que tout ceux qui gravitent autour et dans cette putain de tension qui va s'insinuer entre Theodora et Mona.

 

Theodora est parano, j'ai d'ailleurs eu maintes fois l'envie d'aller la noyer dans la Tamise tant elle se prenait pour le nombril du monde, la chouchoute à papa et toussa toussa...

 

Mais je ne l'ai pas fait parce que sa psychologie de Méchant (si je puis dire) est magnifique ! Sa mauvaise foi, son déni... j'en avais les jambes coupées, la gorge nouée, le plexus bloqué et dans ma tête tournait ce "Non, c'est pas possible".

 

Au début de ma lecture, j'avais cru entrevoir la fin, mais dans ces fameuses 100 dernières pages, l'auteure m'a asséné un coup de masse comme s'en prenait le pauvre Nicky Larson dans le manga (j'ai de la culture, moi, mâdame !).

 

Putain, quel duel... digne des meilleurs westerns, mais sans les révolvers... bien que les coups portés fassent mal. Très mal.

 

Un roman qui se déguste et dévore dans un divan confortable, un plaid sur soi car les frissons arriveront bientôt pour ne plus vous quitter jusqu'à la fin. Et encore après.

 

Un roman à l'ambiance aussi lourde que le buste de la maman de Theodora. K.O en 492 pages. Soigneur, venez me relever !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), "A year in England" chez Titine et Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016).

 

 

 

 

Titre : Extinction


Auteur : Matthew Mather
Édition : Fleuve Éditions (Nov 2015)

Résumé :

À la veille de Noël, à New-York, Mike Mitchell s’apprête à passer un réveillon en famille et compte sur cette période de fête pour apaiser les tensions dans son couple.

 

Cependant ces projets vont être anéantis par une gigantesque tempête de neige qui s’abat soudain sur Manhattan et provoque un black-out total. Internet et les réseaux de communication ne fonctionnent plus, les infrastructures s’effondrent.

 

Le désastre gagne progressivement tous les secteurs d’activités, paralysés par cette coupure soudaine. Rumeurs d’attentats, de cyber-attaque, thèses du complot… On accuse les Russes, les Chinois, les Iraniens. La panne généralisée alimente la psychose, renforcée par l’apparition d’une épidémie mortelle qui affole la population. A

 

u milieu du chaos, Mike et ses voisins se retrouvent sans eau, sans chauffage, et bientôt sans nourriture…

 

Dans ce tombeau à ciel ouvert qu’est devenu New York, l’ordre a laissé la place à la loi du plus fort. Alors que la trahison guette à chaque instant, Mike va devoir livrer une lutte sans merci pour sa survie et celle de sa famille.
 

Critique : 

Riche idée que d'avoir commencé le roman au moment des fêtes puisque son récit commence quelques jours avant Noël.

 

Cette année, Petit Papa Noël a apporté des cyber-attaques, l'arrêt du Net, des coupures totales de courant, de l'eau, la disette, le repli sur soi, la crasse, la vermine, la paranoïa, l'animalité, un huis-clos et tout un gros tas de neige !

 

Bref, il nous a déposé, sous le sapin, un joli black-out !

 

— Qui est responsable d’Internet – cet outil dont nous sommes tous dépendants, aujourd’hui ?
— J’en sais rien – le gouvernement ?
— Eh bien non, figure-toi. Tout le monde s’en sert mais personne n’en est responsable.
— Ça effectivement, c’est la recette du désastre.

 

Avec un style simple qui fait mouche, des personnages sympathiques auxquels ont s'accroche et avec lesquels on sympathise vite, l'auteur nous narre la vie qui s'organise, tant bien que mal, dans un immeuble new-yorkais, avec ses amitiés, ses tensions, ses coups de putes... et sa solidarité.

 

Nous suivons la famille de Michaël et celle de Chuck, amis dans la vie, ainsi que de leurs quelques amis de l'immeuble qui tentent, vaille que vaille, de survivre dans une ville livrée à elle-même, une ville qui ne peut compter que sur elle-même puisque le pays tout entier est touché, le reste du monde aussi...

 

Cela m’a frappé de m’apercevoir que, dans mon esprit, les gens qui avaient débarqué à notre étage étaient devenus des "réfugiés".

 

Les habitants crevant de faim et de froid, se laissent aller à leur animalité, à leurs peurs les plus primales et à leurs hypothèses les plus farfelues quand aux responsables de ce bordel sans nom.

 

— Si on doit aller mettre sur la figure de quelqu’un, c’est bien à ces Arabes enturbannés. Ils n’arrêtent pas de nous chercher des poux depuis qu’ils ont pris notre ambassade en otage, en 79.
— Parce qu’on avait renversé leur gouvernement élu démocratiquement pour installer un dictateur qui faisait régner la terreur, a observé Rory. Et puis, ce ne sont pas des Arabes, mais des Perses.

 

Sans en faire des tonnes, sans nous noyer dans des explications techniques ou scientifiques ou verser dans la surenchère, l'auteur nous torche un chouette roman dans lequel on se plait à être, tout en redoutant le jour où cette merde de cyber-attaque arriverait chez nous pour de vrai.

 

— Nous répugnons à prendre quelques risques à titre individuel, nous donnons au gouvernement le droit d’envahir notre vie. Nous sommes en train de renoncer à notre liberté, par simple trouille.

 

Pas de temps mort, j'ai eu froid et faim en même temps qu'eux, j'ai tremblé de peur pour eux, j'ai cogité en lisant les vérités distillées au fil du récit et ce fut un calvaire de devoir abandonner le récit durant 4 jours pour cause de fêtes !

 

— Il y a quelques années, on a découvert la présence de codes informatiques étrangers dans les systèmes de commande des centrales électriques, un peu partout aux États-Unis. Ces machins étaient spécifiquement conçus pour mettre notre réseau électrique hors service.
— Et… ? a lancé Chuck, l’air nullement impressionné. Que s’est-il passé ?
— Rien – à ce jour. Mais le problème, tu vois, c’est ta réaction. Qui est celle de tout le monde. Alors que si les Chinois venaient fixer des explosifs sur nos tours émettrices, toute la population de ce pays hurlerait au meurtre et prendrait les armes.

 

— Dans ce pays, chaque fois qu’on soupçonne le gouvernement de vouloir réglementer la vente de fusils d’assaut, les gens deviennent fous et hurlent au liberticide. Ces nouvelles lois donnent au gouvernement un droit de regard sur tout ce que tu fais, sans ton consentement – et personne n’ouvre la bouche ! Qu’est-ce qui définit la liberté ? Les libertés civiles, qui elles-mêmes reposent sur le respect de la vie privée. Si on foule ce respect aux pieds, c’est la fin des libertés civiles, et donc de la liberté tout court.

 

Un roman qui vous distille du suspense au compte-goutte pour mieux vous faire flipper en pensant à "Et si tout ça n'était pas que de la fiction ??" mais de l'anticipation... Moi, ça me fout la trouille encore plus !

 

— Je suis d’accord. Par peur du terrorisme, nous avons accepté que le gouvernement collecte des informations personnelles, surveille nos faits et gestes, mette des caméras partout.
— Mais si tu ne fais rien de mal, tu n’as rien à craindre, ai-je souligné. Moi, ça m’est égal de renoncer à un peu de liberté en échange d’une meilleure sécurité.
— C’est là que tu te plantes. Tu as toutes les raisons d’avoir peur. Où vont-elles, ces informations ?

 

J'vous laisse, je vais constituer des stocks de bouffe dans ma cave !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et A year in England" chez Titine.

 

 

 

Titre : Les assassins


Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :

Sur dix-huit mille assassinats par an aux États-Unis, seulement deux cents sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer.


Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne songe à faire un lien entre eux.


Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet que les quatre meurtres ont été commis à la date anniversaire d’un meurtre ancien, œuvre à chaque fois d’un tueur en série célèbre, selon des procédures rigoureusement identiques jusque dans les moindres détails.


Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s’inspire de ses prédécesseurs et leur rend ainsi un funèbre hommage?


En compagnie de Karen Langley, une journaliste du City Herald, et de Ray Irving, détective du NYPD, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier, à l’intelligence aussi fulgurante que morbide et à la virtuosité impressionnante.

Petit Plus : Bouleversant tous les clichés de rigueur, R.J. Ellory transfigure ici totalement le genre du roman de serial killer, dont on pensait pourtant avoir fait le tour, en lui insufflant un souffle complètement nouveau, comme seuls les très grands écrivains savent le faire.


Revenant sur les plus grandes figures des tueurs qui ont marqué les États-Unis, de Ted Bundy au fameux Zodiac, il poursuit son exploration du mal américain, interrogeant cette fois notre fascination pour les monstres.


Avec le formidable sens de l’intrigue, des personnages, du suspense et le pouvoir d’émotion qu’on lui connaît, il nous donne ainsi le roman définitif sur le sujet.

Critique : 

Avec R.J Ellory, c'est une grande histoire d'amour à sens unique : dès qu'un de ces romans sort, je l'achète tandis que lui ne donnerait pas un kopeck pour mes bafouilles.

 

En voyant le résumé du roman, je m'étais dit "Chouette, une histoire de serial-killer" tout en me demandant ce qu'on pouvait raconter de neuf sur les céréales killer...

 

Que ceux qui ne l'ont pas acheté parce qu'ils ont soupiré sur le fait que ça parlait encore de serial killer, aillent de suite réparer cette injustice car se serait faire insulte au talent de l'auteur en pensant qu'il ne concerne que ÇA.

 

Oui, on cause de tueurs en série, mais non, ce n'est pas que ÇA ! Il y a du récit tout autour et de la profondeur dans les personnages qui gravitent autour des reconstitutions des meurtres célèbres.

 

Ils étaient là parce que des gens avaient été brutalement et sadiquement assassinés. Ils étaient là parce que quelqu’un s’était donné pour mission de débarrasser la planète des êtres qu’il jugeait indignes de la peupler. Folie, inhumanité, absence totale de pitié, de compassion ou de scrupule.

 

Oui, il y a une histoire dans l'Histoire, des personnages forts, d'autres blessés au plus profond de leur être.

 

Véritable mini bible du crime, ce roman m'a entrainé dans Big Apple, au milieu d'un poste de police où l'inspecteur principal est bien embêté avec ces crimes commémorant les dates anniversaire de crimes commis par des tueurs en série.

 

Ici, nous avons la crème du crime ! De l'Ice Crime véritable... Le Commémorateur, tout comme l'auteur, a potassé son sujet, on sent qu'il en connait un bout et qu'il pourrait faire notre bonheur au prochain repas de famille...

 

Attention, bien que nous donnant des détails sur certains meurtres, l'auteur n'en rajoute pas non plus au point de nous dégouter, non, il le fait avec parcimonie, juste pour nous instruire sans nous abrutir d'infos.

 

L'enquête va à son aise, il n'est point aisé de retrouver un serial killer dans la Grosse Pomme, surtout un gars aussi fin que celui auquel l'inspecteur Ray Irving est confronté.

 

Ceux qui gravitaient autour – les représentants du cabinet du maire, les attachés de presse, voire les agences fédérales – voulaient l’assassin, mais pas le travail. Il y avait la police pour ça. Les impôts servaient à payer la police. La police savait toujours exactement quoi faire, et elle le faisait.

 

Irving n'est pas épaulé non plus : entre la réélection du maire, les vagues qu'il ne faut pas faire, la populace qu'il ne faut point effrayer, la journaliste Karen Langley du City Herald qui materne John Costello, son enquêteur un peu étrange qui connait tout sur les céréales killer - au point qu'on pourrait le renommer Wiki ou Google - on peut dire que notre inspecteur mériterait bien une médaille quand bien même si la pêche au gros tueur ne donnerait rien.

 

— Vous comprendrez bien que je ne suis pas totalement convaincu…
— Convaincu de quoi ? Que quelqu’un puisse connaître les tueurs en série comme d’autres les joueurs de base-ball ou les équipes de football ? Si je vous avais dit que je connaissais le score de tous les matchs des Giants depuis vingt ans, et les noms des joueurs, et leurs moyennes…

 

L'écriture est un délice, la tension est bien dosée, l'horreur prête à nous jaillir dessus, le couteau aussi, les pages sont remplies de noms de types avec lesquels vous n'auriez pas envie de manger, le Diable non plus, et je me suis délectée de chaque morceau de mot.

 

"Si tu cherches le diable, tu trouveras tous les diables du monde dans un seul homme".

— Vous ne pouvez pas rationaliser l'irrationnel. Nous ne sommes pas en train de parler de gens qui suivent les chemins convenus de la réflexion et de l'action, mais d'individus qui ont abandonné depuis longtemps tout ce qui passe pour la normalité.

 

Bémol ? Oui, le roman est fini et son final aurait peut-être mérité un peu plus parce que j'ai vu venir le brol de loin. Nom de Dieu, inspecteur Irving, où aviez-vous donc la tête ??

 

Ce petit bémol n'entachera pas mon enthousiasme né de cette lecture.

 

Un super grand roman. Comme quoi, on peut écrire sur des sujets rabâchés et faire du neuf avec du très très vieux, sans tomber dans l'abîme de la facilité.

 

Nietzsche disait que quiconque se battait contre des monstres devait prendre garde à ne pas en devenir un lui-même. Il disait que celui qui scrutait trop longtemps l’abîme était aussi scruté par l’abîme.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule" et A year in England" chez Titine.

 

 

 

 

Titre : Territoires


Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2014)

Résumé :

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93.


Son équipe, de plus en plus soudée, n'aura cependant pas le temps d'en profiter. L'exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu'incompréhensible.


Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

 

Critique : 

Putain, sa mère, c't'enroule, elle déchire sa race !


Quelle claque ! Le premier opus était déjà costaud et envoyait du lourd, mais celui-ci le surclasse et monte d'un cran dans la qualité du récit.


Monsieur Norek est un récidiviste, chacun de ses romans semble être plus mieux que le précédent, on sent que notre caïd de la littérature va nous péter un train postal s'il continue dans cette voie du grand braquage du lecteur.


Bienvenue dans la zone, l'Aire 93, ouske c'est pas le monde des Bisounours, mec. Trois caïds de la drogue se sont fait descendre dans la cité...


Vous pourriez croire béatement et benoitement que c'est super génial. Et bien non, pauvres fous, vous venez de vous foutre le joint dans l’œil jusqu'au coude.


Les gars, j'ai étudié la compta, l'économie, le business et toutes ses règles du marché, sans oublier les coups bas à la concurrence, mais je ne l'avais pas encore appliqué au business de la Blanche ou de la Brune. Sérieux, là je pense que j'ai une reconversion de job à faire, moi !


Ce qui frappe dans ce roman, ce n'est pas tellement un coup de batte de base-ball, mais le réalisme du récit. On sent le flic sous l'auteur, ça pue le vécu, en plus de puer la corruption à tous les étages.


— Vous savez, j'ai toujours classé les infractions en deux mobiles. L'argent et le sexe. Vous m'avez ouvert l'esprit. Il n'y a jamais qu'un seul mobile, celui du pouvoir.


Oui, nous oublions trop souvent qu'il y a des connections entre les kailleras des citées et les Cols Blancs. Je ne suis pas naïve, du moins, je le pense, je sais qu'un arbre peut cacher une forêt et que si nous savions toute la vérité, nous aurions des sueurs plus que glacées, mais ici, j'en ai eu le palpitant qui a manqué quelques battements.


Sa citation favorite lui revint, comme d'habitude, mais son sens n'eut jamais autant de force :
— Alors on a les mains dans la merde et dans le sang. Jusqu'aux coudes.
— Pourquoi ? Vous imaginiez qu'on peut gouverner innocemment ?


Ce roman, c'est quoi ? Un récit empreint de réalisme, un scénario diabolique où le but du jeu n'est pas de savoir QUI a tué, mais QUI a commandité, ou QUI a posé le couvercle sur une marmite qui bouillonnait déjà et monté la vitesse du gaz.


Une équipe de flics que nous connaissons déjà, mais que nous avons plaisir à retrouver, bien que les suivre soit assez dangereux, surtout dans les citées. Heureusement qu'ils ont de l'humour en plus de leurs armes.


— C'est du chocolat.
— Pardon ?
— C'est pas du sang sur le Scotch, c'est du chocolat.
— Tu déconnes ?
— J'ai deux gosses à la maison qui bouffent comme des bébés dinosaures et qui préfèrent leurs doigts aux fourchettes, alors permets-moi de faire l'experte.


Un Méchant sadique psychopathe qui fout le trouille parce qu'il n'a que 12 ans, un pauvre chat (oui, monsieur Norek, là, je porte plainte), de la came plein les pages, des pneus brûlés et des voitures renversées, des émeutes dans la citée et une personne qui a provoqué l'étincelle pour mettre le feu, sans compter une autre qui arrose de pétrole.


"La violence crée la peur et la peur soumet les hommes".


Ce roman, c'est aussi de la corruption au plus haut niveau, des magouilles et compagnie et les bonnes vieilles méthodes mafieuses de l'arrosage de flouze, des familles qui crèvent la misère dans les citées parce qu'on ne veut pas que le monde voit cette misère noire aux portes de la capitale.


Un vrai putain de roman noir parce que ça pue la désolation, parce qu'on se fiche de coincer les coupables puisque le problème est bien plus grave qu'une simple résolution de meurtres.


Assurément, Territoires, il a tout d'un grand. Si tu m'crois pas hé, j't'incendie ta bagnole à la récré.


Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

Titre : Sans pitié, ni remords


Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (2015)

Résumé :

9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel.

 

Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d'un notaire qui lui remet, comme "héritage", une enveloppe contenant un diamant brut.

 

Il s'agit de l'un des yeux d'une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la "Police de l'Art".

 

Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l'apparent suicide d'un retraité. 

 

Critique : 

Bon, faudrait pas que ça devienne une habitude de prendre mon pied avec le capitaine Mehrlicht ! Heureusement, sa tabagie n'aura aucune incidence sur mes poumons.

 

Après la moitié du mois de février à bouffer de la littérature anglaise, j'ai eu une envie folle de cuisine française et plus particulièrement des cuisses de Kermit la grenouille avec du beurre et de l'ail.

 

Le prologue annonce déjà que le plat sera corsé... Un pointage laser sur le torse avant de nous faire remonter le temps et de tout nous expliquer...

 

Quelques notes de tristesse pour un enterrement, quelques bons mots et puis on repart ensuite dans une nouvelle enquête avec le capitaine qui remplacera Mehrlicht durant ses congés : Cuvier...

 

— J'ai pas mon arme de service. T'aurais pas un flingue à me prêter? C'est pour un prêtricide... Je vais lui greffer un aller simple en plomb pour l'au-delà, un billet première classe Paris-saint-Pierre sans correspondance. Et histoire qu’il soit en règle pendant le voyage, je vais lui poinçonner la chasuble au six-coups. Après, on jette le corps dans le trou, ni vu ni connu…

 

Cuvier, c'est le champion du monde qu'on aimerait avoir avec soi à un dîner de cons. Il est imbu de lui-même, con, crétin, bourré d'aprioris sur tout le monde, surtout les personnes qui ne sont pas "made in France"...

 

Cuvier, c'est le con de compétition. Un maître con. Un cinquième dan. On se bouscule à sa porte pour suivre son enseignement. Si des gens organisent vraiment des dîners de cons, lui, il bouffe à l’œil tous les soirs !

 

Un personnage qu'on aurait envie de tuer s'il n'avait pas cette manière bien spéciale d'utiliser les expressions populaires. Alors, je suis restée indulgente, me disant qu'il devait être issu d'un accouplement entre le footballeur Ribéry et le cycliste Virenque, vu sa manière éloquente de parler.

 

— Mais patron, on ne va pas se laisser rouler dans le panneau. Elle va cracher à table, je vous le dis.

 

Toujours bourré d'humour, de cynisme, de bons mots, de boulets rouge tiré à bout portant sur certains comportement de notre société, Mehrlicht et sa gouaille se prêtant bien à ces emportements dont je partage les vues.

 

Du mystère avec des énigmes à résoudre (bravo au cerveau tordu qui l'a pondu), un psychopathe à la gâchette facile, des cadavres qui se ramassent à la pelle, du Baudelaire, de la culture, des Gitanes fumées, du bon vin...

 

Un roman avec Mehrlicht, c'est aussi des personnages que l'on prend plaisir à retrouver, travaillés, avec leurs histoires, leur passé; un récit que l'on ne lâche que parce qu'on y est obligé (putain, fait chier le boss à être dans les parages) et de l'adrénaline dans toutes les pages, surtout les finales. 

 

Mehrlicht, c'est comme un vin en provenance d'un pays méconnu : on se méfie, on grimace devant la bouteille aux teintes verdâtres qui ne paie pas de mine et on l'ouvre avec l’œil torve.

 

— Alors oui, j’ai plein de tares, je suis vieux, réac, têtu comme un âne rouge. J’ai une tête de grenouille, on me le dit depuis tout petit, j’ai des idées sur tout, et pas que des bonnes, j’ai un caractère de sanglier alcoolique, mais j’ai pas la bêtise d’être raciste. Je vois plus grand, j’ai plus d’ambition, c’est tout…

 

Mais une fois vidé dans le verre, la belle robe grenat nous épate et une fois en bouche, il vous aguiche les papilles avec ses notes de fumée et son goût qui tel des gravats, roulent dans le fond du palais avant de vous exploser le bouche.

 

Un roman avec le capitaine Mehrlicht c'est comme ce vin qui vient de vous surprendre et dont vous n'avez qu'une seule envie : vider la bouteille et vous enivrer avec.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (384 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

 

Titre : Les Nuits de Reykjavik


Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié (2015) / Points (2016)

Résumé :

Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques…

 

Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes.

 

On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville.

 

Petit Plus : On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commisaire Marion Briem.

 

En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie. 

 

Critique : 

Ça devient une habitude que les cadavres soient trouvés par des enfants qui jouent, dans les romans d'Arnaldur Indriðason car dans "La femme en vert" c'était pareil.

 

Bon, là c'était un morceau d'os humain, ici, c'est tout le corps noyé d'un SDF que les gamins trouvent, en jouant au radeau de la méduse dans l'eau des anciennes tourbières.

 

Les garçons tapotèrent l’anorak vert qui tournoya à la surface de l’eau, puis décrivit un arc de cercle avant de couler. S’aidant de leurs bâtons, ils le firent remonter et furent saisis d’effroi.

 

Quel choc j'ai eu de découvrir mon cher commissaire Erlendur Sveinsson à l'époque où il était un simple flic travaillant de nuit, dans les années 70 (1974)... "Erlendur, simple flic", ça ferait un bon titre de film.

 

Notre vieil ami est jeune et bien moins bougon et ours mal léché que lorsqu'il prendra de la bouteille et du galon, malgré tout, un trait de caractère est déjà bien présent : il ne lâche rien et piétine toutes les règles imposées aux policiers.

 

– Vous devriez passer nous voir à la Criminelle si vous avez envie d’un peu de changement, déclara Marion. J’ai parcouru les rapports que vous nous avez remis sur Hannibal et Oddny. J’ai pu constater que ça ne vous gênait pas d’enfreindre toutes les règles que nous nous imposons au sein de la police.

 

Erlendur étant un simple flic de proximité, il n'a pas à enquêter sur la mort du clochard Hannibal puisque son domaine d'action c'est les tapages nocturnes, les bagarres, les cambriolages, les accidents de la route...

 

Mais c'est plus fort que lui, il veut savoir ce qu'il lui est arrivé, si c'est un meurtre déguisé en accident ou pas...

 

Pourquoi ? Parce qu'il avait croisé souvent la route de ce laissé-pour-compte, qu'il est curieux et qu'il avait trouvé que cette affaire avait été enterrée trop vite par ses collègues de la Criminelle car ils avaient une affaire de disparition sur les bras et qu'elle était plus importante que la mort d'un clochard.

 

Erlendur se demandait si la manque de zèle de ses collègues tenait au statut social de la victime, s'ils ne considéraient pas en fin de compte qu'il ne s'était tien passé de notable, si ce n'est que depuis il y avait un clochard de moins dans les rues.

 

Têtu et tenace, notre pas encore commissaire va remonter patiemment et méticuleusement la piste du SDF durant ses journées de récupération, à titre personnel et se rendre compte que... Non, je ne dirai rien de plus !

 

Lire les romans d'Arnaldur Indriðason c'est plonger la tête la première dans ce beau pays qui est l'Islande, mais pas du côté de la carte postale touristique, non, dans ces mauvais quartiers, entrant chez les gens et découvrant leur noirceur : drogues, viols, femmes battues, disparitions, meurtres... Que des joyeusetés, en fait.

 

L'auteur nous parle des disparitions mystérieuses de personnes, ces qui un jour ont pris la route du travail, de la maison, de l'école et qui n'y sont jamais arrivés.

 

Il pensa à cette maison du quartier Ouest devant laquelle il lui arrivait de passer quand revenait l'obséder l'histoire de la jeune fille disparue sans laisser de traces alors qu'elle se rendait à l'Ecole ménagère.
Il était évident qu'il s'intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qu'on ne revoyait jamais et à ceux qui restaient.
Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu'il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l'Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nature et les épreuves qu'ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable.

 

Sans jamais avoir une plume ennuyeuse, l'auteur nous parle de son pays au travers des pérégrinations de notre Erlendur et nous ballade aussi durant son enquête, nous entrainant sur des pistes qui peuvent se révéler être fausses.

 

Avec Erlendur, la résolution du crime passerait même pour sommaire tant le contexte social de l'Islande est important.

 

Mais rassurez-vous, l'auteur ne sacrifie ni l'un, ni l'autre et donne tout son talent aussi bien pour nous servir une enquête simple (mais jamais simpliste) avec une résolution plausible tout en nous mitonant un portrait de son pays aux petits oignons.

 

Un roman qui se lit tout seul, découvrant, émerveillée, les premiers pas de Erlendur dans la police, moins bougon que d'habitude, encore célibataire et sans ses problèmes avec ses deux enfants pas encore nés, mais déjà un homme soucieux, taciturne, mélancolique, solitaire et sans cesse hanté par les fantômes de son enfance.

 

Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d'une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu'elle blessait et terrifiait. Lui-même n'était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit, mais maintenant qu'il avait franchi cette frontière, il ne s'en trouvait pas plus mal. C'était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n'entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), le Challenge "Nordique 2016" chez Mes chroniques Littéraires, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (351 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Cadavre 19


Auteur : Belinda Bauer
Édition : Fleuve Editions (2014)

Résumé :

Ce jour-là, Patrick Fort, un étudiant en anatomie atteint du syndrome d'Asperger, doit déterminer la cause de la mort d'un homme. Or le corps étendu sur la table de dissection s'apprête à lui livrer une histoire bien différente des conclusions officielles du légiste. Patrick est passionné, obsessionnel, il veut comprendre.

 

Mais tandis qu'il tente d'exhumer une vérité que certains s'évertuent à cacher, il déterre nombre de secrets et mensonges, dont certains le concernent personnellement...

Petit Plus : "Des échos évidents au Bizarre Incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon, mais avec une trame plus serrée que le noeud coulant du bourreau, Cadavre 19 mérite décidément le même succès !"
Sunday Express

 

Critique : 

Le bandeau "Conquis ou remboursé*" m'avait bien fait rire lors de mon achat. Je vous rassure, ce n'est pas ça qui m'avait fait choisir ce roman.


C'est la couverture, le titre énigmatique et le 4ème de couverture qui m'avaient décidé à l'incorporer dans mon panier déjà chargé.


Bien que l'auteur se nomme Bauer, elle n'a aucun lien de parenté avec le Jack Bauer qui courait partout durant 24h, montre en main.


Heureusement que je n'étais pas à la recherche d'un récit trépidant sinon j'aurais fait dodo.


Oui, le rythme est lent, mais l'intérêt est ailleurs. Tout le sel de ce roman réside dans Patrick Fort, le personnage principal, étudiant en anatomie et atteint du syndrome d'Asperger.


Pour lui, les émotions sont terra incognita et la logique prime sur le reste. Attention, rien à voir avec Sherlock Holmes car le détective ne mangeait pas ses aliments dans l'ordre alphabétique comme notre Patrick !


Mêlant plusieurs récits - dont celui de l'enfance de Patrick, l'accident d'un homme, les pensées d'un comateux, la dissection de corps à l'université, des tranches de la vie de Patrick et son côté inadapté au monde qui l'entoure ainsi que son enquête - ce roman se lit comme un récit plaisant.


C'est le personnage de Patrick qui fait le charme de ce roman pas comme les autres et que je qualifierais plus de "roman policier" que de "thriller".


Sans le syndrome d'Asperger du personnage principal, ce récit serait banal. Grâce à lui, il ne l'est pas et ce fut une lecture des plus agréables, détendue, avec un sourire aux lèvres et de l'adrénaline après la page 300.


Un rythme lent, certes, mais de la profondeur dans les personnages, un enquêteur hors-norme en la personne de Patrick et quelques trucs fracassants auxquels on ne s'attend pas.


Une lecture très rafraichissante.


Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et "A year in England" chez Titine.

 

 

 

Titre : La Fille du train


Auteur : Paula Hawkins
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi.


Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre.


Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime.


Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason.


Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

 

Critique : 

♫ Ding Dong ♪ *voix suave * Les passagers à destination du polar psychologique sont priés d'embarquer. Que ceux qui veulent aller vite changent de train et montent dans un TGV. Mais ils ne verront jamais ce qu'il se passe dans les maisons qui longent la ligne de notre banlieusard.

 

Qui n'a jamais été tenté de jeter un coup d’œil dans les maisons qui se trouvent à proximité d'une ligne de chemin de fer en passant juste à côté ? Rachel est comme vous et moi, elle a aussi ce petit travers.

 

Si Rachel avait eu un bon bouquin comme celui qui narre son histoire, elle aurait été tellement captivée par le roman qu'elle n'aurait jamais zieuté la vie de ce couple à la vie si parfaite et ne les aurait pas baptisé Jason et Jess.

 

Rachel... j'ai eu envie de la tuer, vous savez. De lui plonger la tête dans de l'eau glacée et de lui murmurer à l'oreille qu'il serait plus que temps de se reprendre au lieu de sombrer dans les délices des bouteilles de vin blanc (et elle a mauvais goût, du blanc, beurk !).

 

Rachel... plus épave que la "Licorne" après avoir sombré, plus imbibée qu'une éponge, elle vivote telle une amibe chez sa copine, se lamentant encore et encore sur son ex qui l'a quittée pour une autre.

 

Rachel... qui m'a énervée à toujours geindre, à ne pas avoir de volonté, et à se plaindre encore et encore pour des choses qu'elle a faite mais dont elle ne garde aucun souvenir. Bref, un personnage que j'ai détesté de prime abord.

 

Ici, on fait dans le psychologique, les personnages sont bien travaillés, tous bien distincts les uns des autres, avec leurs qualités, leurs défauts.

 

Le récit est articulé autour de trois narratrices : Rachel l'éponge, Anna la voleuse du mari de Rachel et Megan "Jess", la femme qui se veut indépendante.

 

Le changement de point de vue vous empêche aussi de flinguer Rachel parce que plus de 300 pages avec elle en train de se lamenter et de laisser partir sa vie en lambeaux, je n'aurais pas tenu.

 

Avantage du récit aussi, c'est les petits retours dans le passé, avec Megan, afin de savoir ce qu'il s'est passé avant sa disparition.

 

Chiche en personnages mais riche dans leur profondeur, ce roman, une fois ouvert, se referme difficilement.

 

Bien qu'on ne courre pas dans tous les sens, les aller-retour entre le passé et le présent pimentent le récit, font monter la pression (à bière) et nous font mousser.

 

Au débouchage, le vin avait l'air banal, peu engageant... Mais une fois la première gorgée avalée, les tanins se font sentir, le goût prend toute sa saveur et le récit roule sur la langue, est long en bouche, vous monte à la tête et on a qu'une envie : se resservir !

 

Bluffée j'ai été et bien que j'ai eu des soupçons sur le personnage qui avait tué le docteur Lenoir dans la bibliothèque, j'avoue qu'avant de pointer correctement le coupable, j'avais un peu visé à côté.

 

Un roman plus psychologique que trépidant, plus profond que léger, plus intéressant qu'il ne me laissait penser au départ.

 

♫ Ding Dong ♪ Veuillez attacher vos ceintures, ça pourrait secouer durant le voyage.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et "A year in England" chez Titine.

 

 

 

Titre : Revival


Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (Septembre 2015)

Résumé :

Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l'homme et l'enfant ont une passion commune : l'électricité.

Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l'alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu'à ce qu'il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot "Revival" a plus d'un sens... Et qu'il y a bien des façons de renaitre ! 

 

Critique : 

Entre Stephen King et moi, ce ne fut pas toujours "Love me tender" mais comme une vieille histoire d'amour, je reviens souvent vers lui.

 

Le King, c'est un vieil amant qui me fit atteindre des sommets de plaisir littéraire avec sa plume.

 

Là, je suis embêtée parce que en lisant ce King, mon cœur n'a pas fait Bong, ni même Boum.

 

Non pas que ce King soit de la daube, non, n'exagérons pas, ce serait mentir, mais il lui manque un petit je-ne-sais-quoi pour qu'il ait l'étoffe des Grands Romans du King.

 

Où c'est que le bât à blessé ? C'est là que les Romains vont s'empoigner, que les Athéniens vont s'atégnir et que les Parthes vont partir parce que je ne sais pas.

 

Le début du roman est assez lent mais cela ne m'a pas dérangée car le King plantait ses personnages principaux et secondaires et arrosait le tout afin de les faire grandir et évoluer.

 

J'ai aimé ces passages avec le petit Jamie Morton, 6 ans, petit garçon charmant, attachant, espiègle et jouant avec ses petits soldats. Une famille américaine moyenne, des parents normaux.

 

Quant au révérend Charles Jacobs et bien, c'était un homme d'église comme je les apprécie alors que le résumé laissait présager un prédicateur zélé digne d'une secte puisqu'il était dit qu'il avait "ensorcelé les habitants de Harlow (Maine) en quelques jours".

 

Bof, juste un homme charismatique avec une jolie épouse et un petit garçon qui sera la coqueluche des autres enfants. Bref, rien d'un zinzin ou d'une grenouille de bénitier, le révérend !

 

Le Terrible Sermon qu'il prononça un jour était bien écrit, reflétait bien le discours d'un homme qui doute, qui souffre, qui perd la Foi, mais le problème est qu'il n'y avait personne dans l'assemblée pour lui répondre et réfuter une partie de ses paroles.

 

— Qu’elle ait été à jeun ou pleine comme une barrique, ça ne change rien. Mario Andretti lui-même n’aurait pas pu éviter cette collision. Le révérend Jacobs a eu raison sur un point : les gens veulent toujours trouver une raison aux malheurs de la vie. Des fois, il n’y en a pas.

 

J'aurais aimé une joute verbale entre celui qui croyait toujours et celui qui ne croyait plus. Là, c'est trop facile d'accuser son chien d'avoir la rage parce qu'on veut le noyer. Son coupable était mal choisi. Anybref !

 

Ensuite, dans la seconde partie, ça se corse, on prend de la vitesse avant de ralentir un peu pour ensuite relancer la machine, telle une fusée propulsée par un ouragan.

 

Malgré le style du King, malgré ses personnages travaillés, malgré ses piques traditionnelles contre les citoyens des États-Unis, malgré le final terrible et terrifiant de par ses conséquences (et pas par ce que j'ai lu), le tout manquait de sel et de piment.

 

Outre le fait d’être réservés par nature et par éducation, les Yankees ont aussi tendance à se complaire dans les préjugés de race et de religion. Trois ans plus tard, au collège de Gates Falls, j’ai entendu un de mes professeurs dire à un autre sur un ton d’incompréhension indignée : « Mais enfin, pourquoi être allé assassiner ce révérend King ? Pour l’amour du ciel, c’était un bon nègre ! »

 

Jamais la lecture ne m'a ennuyée, jamais je n'ai décroché, j'ai lu avec passion, je me suis attachée à Jamie, j'ai eu mal pour lui quand il était enfoncé dans sa merde, j'ai aimé le suivre, je me suis attachée au révérend, j'ai aimé l'histoire, le scénario, la plume...

 

Malgré tout ça, il manque un truc (et je suis incapable de vous dire quoi) pour que ce roman aille trôner avec les autres au Panthéon des romans du King.

 

J'ai dû faire un court-circuit quelque part... Trois étoiles quand même parce qu'il ne manquait pas grand-chose pour en faire un Grand mais sans ça, ça le fait un peu moins !

 

La curiosité est une terrible chose, mais c’est une chose humaine. Tellement humaine.

— Ils ne viennent pas ici pour voir la réalité, Jamie, ils veulent du fantastique.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "Challenge US" chez Noctembule.


 

 

 

Titre : Comme une ombre dans la ville


Auteur : Nicolas Zeimet
Édition : Éditions du Toucan (2015)

Résumé :

À San Francisco, le Tueur des collines assassine des femmes blanches d'environ 35 ans et les marque d'une entaille au poignet. Jérôme Dubois, auteur français de bandes dessinées vivant en Californie, se lance à la poursuite du serial killer pour pimenter sa vie. Mais, rapidement, il devient la cible du tueur. 

 

Critique : 

Si un jour ma route croise celle de l'auteur, je lui mettrai un grand coup de pied dans le derrière afin de lui faire subir ce que j'ai ressenti à la fin de son roman.


D'ailleurs, il n'est pas le premier auteur à m'en coller un grand coup dans le fondement, j'ai une liste...


Quel uppercut mes amis ! Pourtant, le départ ressemblait à un truc tout simple, avec un brin de fantastique, un soupçon même... et là, je suis KO.


Ayant archi-méga adoré son roman précédent "Seuls les vautours", j'attendais l'auteur au tournant, me demandant s'il arriverait à réitérer l'exploit.


La réponse est "oui" et "non". "Non" parce que ce roman-ci est totalement différent du premier en tout point : autre lieu (San-Francisco), autre milieu, autre histoire.


Pourtant, je suis entrée dans le livre facilement, à mon aise, en prenant le temps de me faire au personnage principal : Jérôme, français d'origine, dessinateur de comics qui a une vie sociale proche du zéro.


Soupirant, j'ai même pensé à un moment que l'histoire était pliée, conventionnelle au possible avec la recherche du Tueur des Collines... Bref, ça puait le schéma tout tracé.


Loupé ! Et c'est là qu'intervient mon "Oui" parce que l'auteur nous fait un tête-à-queue nous foutant une claque dans notre tête et nous laisse tout bête sur le chemin. J'ai ouvert grand mes yeux. Oui, il a su se renouveler !


Peu de personnages mais de la profondeur, un suspense lent, sans course-poursuites dans les rues si vallonnées de San-Francisco (Michael Douglas et Karl Malden sont absents), pas de remue-ménage mais du remue-méninges pour le lecteur.


Mon coup de coeur restera pour "Seuls les vautours", mais le coup de pied sera pour "Comme une ombre". Bref, Nicolas Zeimet est un auteur qui ne veut pas que du bien à mon petit cœur ou à mon adorable fessier.


Si je me mettais à lire des Harlequin, cela m'éviterait des tacles violents à la fin de certains romans...


Je vous rassure de suite, j'aime trop quand un auteur m'en colle une pareille dans son histoire ! Surtout lorsque je ne m'y attend pas.


Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

 

Titre : Puerto apache


Auteur : Juan Martini
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :

Puerto Apache est un bidonville autogéré en plein cœur de Buenos Aires, sur la rive du río de la Plata. Ses habitants sont pleinement conscients de leur condition d’exclus et se revendiquent comme étant "un problème du XXIe siècle".


Parmi eux, le Rat, qui vit de petits larcins. Mais son activité la plus lucrative, c’est de travailler pour un caïd de la ville : il doit retenir des séries de nombres, sans les noter, et les restituer telles quelles à un autre dealer. Il ne sait pas à quoi tous ces chiffres correspondent, mais qu’importe, l’affaire paie bien…


Jusqu’au jour où il se retrouve pieds et poings liés sur une chaise, passé à tabac par des inconnus qui voient en lui plus qu’un simple maillon de la chaîne.

 

Qui veut la peau du Rat ? Pourra-t-il trouver refuge dans les rues de Puerto Apache ?
 

Critique : 

Voilà un roman noir qui sort de l'ordinaire, non pas à cause de son scénario - connu ! - mais à cause de la narration de l'histoire !

 

Direction l'Argentine... Le Rat, personnage principal, nous en faisons la connaissance alors qu'il est ligoté sur une chaise, en train de se faire passer à tabac par trois mecs dont il n'a aucune idée de ce qu'ils lui veulent.

 

— Je suis le Rat, je lui dis.
Le type me croit pas. Il m’envoie une mandale, j’essaie d’esquiver mais il m’atteint en pleine face, il me défonce l’arcade. Je ne vois plus rien de l’œil gauche. Que du sang. J’ai les mains sur les genoux, je tiens comme je peux sur cette petite chaise. Mon couteau est dans ma poche arrière.
— Espèce de crétin. Dis-moi la vérité et tu sauves ta peau.
Le type se lèche les articulations. Il s’est fait mal aux doigts.
— J’te jure, je lui dis. Je suis le Rat.
Ce mec est un con. Pourquoi je lui mentirais ? Je suis déjà mort. J’ai pas de raison de lui mentir. De toute façon, il m’en colle une autre. Je ne bouge pas. Je veux qu’il s’explose la main. Il m’éclate l’œil. Le même. Maintenant, je ne vois même plus le sang. Le type s’est broyé la main. Les os, ça fait du bruit quand ça casse. C’est comme ça. Les petits os de la main, ils font crac et ils cassent.

 

Là où on sort des sentiers battus (si je puis m'exprimer de la sorte face à un type qui se fait casser la gueule), c'est grâce à tous les petits récits coincés dans le récits principal.

 

On tabasse le Rat et lui, il digresse dans sa tête au bout de deux paragraphes de cassage de gueule, notre ami nous parle de son pote Cúper, de sa maîtresse Maru, du quartier spécial qu'est Puerto Apache, bidonville autogéré en plein cœur de Buenos Aires...

 

À Puerto Apache il y a, je sais pas, vingt ou trente blocs. On a tracé les rues, on a tiré au sort, on a donné à chacun sa parcelle, mais on a rien brûlé. S'il y avait des arbustes ou des plantes à déplacer, on les a déplacés. On est pas venus ici pour tout saccager. On est venu ici parce que les gens ont besoin d'un endroit pour vivre. Nous, on est réglos. On a nos embrouilles, comme tout le monde, parce qu'on a pas le choix mais on est réglos.

 

Et c'est ainsi durant tout le récit - les petits récits explicatifs de la vie du quartier ou du Rat, pas son ravalement de façade ! Au début, ça surprend, j'ai tiqué et puis, je me suis prise au jeu.

 

Voilà que je reprends pied après ce voyage brutal dans une Argentine post écroulement économique, en plein marasme social, le tout du point de vue de ces habitants d'un bidonville, la fange de Buenos Aires, la lie qui stagne au fond des chiottes.

 

Il y a quelques temps, on a fabriqué un énorme panneau, on l'a fixé sur des poteaux, comme ça les cons de bourges qui longent le fleuve dans leurs Kawasaki, leurs BMW ou leurs 4x4 ne peuvent pas rater la définition de Puerto Apache que Cúper a inventée : "Nous sommes un problème du XXIe siècle". On s'est installés à l'automne 2000. Je n'arrive toujours pas à comprendre si c'était la fin du siècle dernier ou le début du suivant.

 

C'est avec délectation que j'ai suivi les pérégrinations du Rat afin de trouver qui, de son patron ou d'un autre, a voulu lui faire peur, qui lui a envoyé ces trois crétins pour l'amocher sérieusement.

 

Mais faut surveiller ses arrières, mon Ratounet, parce dans le bidonville, tu y as tes amis, mais aussi sûrement des ennemis qui ne te veulent pas que du bien !

 

Les complots, les magouilles, les règlements de compte, les truands, les coups bas, écraser les autres pour y arriver, les arrangements avec la vérité et la misère sociale font partie de la vie et de tout bon roman noir. Le scénario n'est éculé que parce qu'il fait partie intégrante de la réalité.

 

Le Rat n'a rien d'un Ratatouille, ce n'est pas pour les enfants, mais le ton de plume, bien qu'incisif, avec une pointe d'humour désabusé qui n'était pas pour me déplaire.

 

Un roman noir profond, avec multitude de personnages bien décrits, de par toutes ces petites ellipses qui émaillent le roman et qui pourraient en rebuter plus d'un car on peut se perdre aussi bien dans les petites venelles sombres que dans la narration.

 

C'est aussi sombre que la misère qui suinte des murs de Puerto Apache, mais les habitants et les criminels qui le peuplent sont philosophes et ne manquent pas d'humour. Noir et désabusé, bien entendu !

 

C'est plus facile de gagner. Ou de crever.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

 

Titre : Coupable vous êtes


Auteur : Lorenzo Lunar
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :

Santa Clara, ville de province cubaine. Le cadavre d’un caïd est découvert non loin de la gare routière.

 

L’arme du crime étant un marteau de cordonnier, le commissaire de quartier Leo Martín soupçonne tout de suite son ennemi juré, Chago Le Boeuf, dont c’est la profession. Sauf que celui-ci vient de lui-même au poste pour déclarer le vol de l’outil… Puis il annonce qu’il souhaite collaborer avec la police sur cette affaire. Sa piste : les prostituées.


Aux côtés d’un Leo Martín toujours en proie à ses démons, le lecteur découvre la vie des jineteras, jeunes femmes vendant leurs charmes aux hauts fonctionnaires cubains comme aux touristes, à travers une galerie de personnages féminins aux caractères bien trempés.

 

L’une d’elle pourrait bien être impliquée dans le meurtre…

 

Critique

Cuba comme vous ne le verrez pas sur les guides touristiques vous vantant les charmes des cigares cubains ou des plages de sable fin...

 

El Condado, le quartier pauvre de Santa Clara, ne fait sans doute pas partie des cartes postales proposées par les Tour-Opérateurs. Ça vous ferait foutre le camp fissa !

 

Pourtant, le commissaire Leo Martín aime son quartier, ses putes, bien qu'il soit fort critique envers son pays, surtout que nous sommes en pleine période "spéciale" (période qui eut lieu après la chute du bloc soviétique et qui a vu les importations de produits d'Europe de l'Est chuter et cela a bouleversé l'économie locale, créé des pénuries en tout et de ce fait, fait augmenter l'économie parallèle et le système D) et on ne peut lui donner tort.

 

Entre les femmes qui doivent se prostituer, les files pour obtenir un peu de viande hachée, les listes jaune ou rouge sur lesquelles ils faut être inscrit pour avoir le droit d'aller à l'hosto et la pénurie dans toutes les choses importantes, l'amertume est grande, mais tout le monde fait avec.

 

La description de la vie à Cuba est sans fard, sans artifices, sans colifichets, elle est brute de décoffrage, donnant à certains cubains le moral à hauteur du cul, c'est à dire : bas ! (Cuba, si vous aviez pas compris le jeu de mot).

 

Une chose est sûre, on ne doit pas choisir une enquête de Leo Martín pour son rythme trépidant parce que notre Leo, il trépide pas fort...

 

Pour résoudre le cas du maquereau de Varadero assassiné à coups de marteau de cordonnier (ça s'invente pas), monsieur le commissaire va à une allure de sénateur, emberlificoté qu'il est dans ses histoires de cœur, de cul, de sexe...

 

Notre homme prend le temps, à chaque interrogatoire, de nous dévoiler des morceaux entiers de la vie du suspect, nous donnant ainsi un portrait peu flatteur de l'ile de Castro.

 

Roman court, véritable concentré de renseignement sur les prostituées et les hommes du parti qui se pavanent (ou qui chutent), le tout servi par une plume sans fard et acérée qui donne lieu à une critique acerbe du pays, mais sans jugement aucun sur celles qui font le trottoir, le tout emballé dans de belles feuilles de tabac et arrosé d'alcool pas net.

 

C'est tout ça dans ce petit roman qui, contrairement au guide touristiques, ne vous donne pas envie d'aller folâtrer dans le quartier de Leo Martín, mais juste de lire ses autres aventures !

 

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

 

 

 

 

Titre : Tant de chiens


Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :

Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d'une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos.


Par curiosité autant que par désœuvrement, Santiago commence à mener l'enquête, et il retrouve une jeune femme qu'il connaît bien, Yesenia. Tous deux ont grandi dans le même quartier avant que leurs chemins se séparent.

 

Entretemps, Yesenia a connu l'enfer : séquestrée et violée par son beau-père, elle ne vit plus que pour se venger. Au nom de leur amitié passée, elle va demander à Santiago d'abattre son bourreau...

 

Critique : 

Direction le Chili à la découverte d'un de ses flics : Santiago Quiñones qui se trouve en fâcheuse posture, les balles des narcotrafiquants sifflant au-dessus de sa tête, un rottweiller qui s'en prend à son partenaire, Jiménez...

 

Plusieurs pistolets mitrailleurs nous tirent dessus et les balles ricochent de partout, je suis planqué dans un cagibi où sont entreposées des bouteilles de gaz et les balles me sifflent aux oreilles.

 

Quand Quiñones s'en sort sans une égratignures, c'est pour apprendre que son partenaire est mort et qu'il avait les bœufs-carottes des Affaires Internes sur le dos.

 

Ce petit roman noir est un concentré de noirceur sur la vie au Chili. En peu de mots, de phrases, de réflexions de Santiago, de pages, l'auteur survole ce qui ne va pas dans son pays et on parle de la corruption, de la misère des gens, de la pédophilie, des trafics de drogues, des gens désabusés, le sort des mapuches, les flics ripoux, les politiciens véreux...

 

Le style de Boris Quercia ne fait pas dans la dentelle et appelle un chien un chien et ces derniers seront nombreux dans ce court récit, tant les gens ont des vies de chiens.

 

On était déjà allées au commissariat et ils avaient envoyé le dossier au tribunal, mais il y avait un pont ce week-end là et personne n’avait envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde s’en foutait. Je les comprends. Chacun a ses propres blessures, alors pourquoi souffrir en plus pour celles des autres ?

Il y a ce chien enragé de la malchance qui m'a sauté à la gorge et qui ne me lâche plus.

 

Les phrases sont courtes, sèches, mordantes comme les canines acérées d'un chien, piquantes comme des épines de cactus.

 

Je cherche mes cigarettes et lui en offre une. Il ne fume pas, c'est ce genre-là.

"Tire-toi", je lui demande. Mais elle, loin de m'obéir, dégrafe sa robe et reste en face de moi, en petite culotte et talons hauts. "C'est gratuit", elle me dit, mais la vie m'a appris que rien n'est gratuit, et ça encore moins.

 

L'enquête de Santiago Quiñones est courte, rythmée, remplie de chausse-trappes, de pièges, de drogues, de saloperie, le tout distillé à la goutte près, de la came pure, non coupée, en somme.

 

Quant à notre flic, il est comme je les aime : ténébreux, pas toujours réglo, qui boit sans virer à l'alcoolo, qui ne crache pas sur une ligne de coke à l'occasion ou à se faire tailler une pipe dans des toilettes sales.

 

Un portrait noir mais pourvu de quelques lumières car s'il n'est pas tout noir, il n'est pas tout blanc non plus, notre flic. En tout cas, Santiago est lucide et le regard qu'il porte sur la société est servi dans sa vérité toute nue.

 

Si on apprend une chose en étant flic, c’est que les pères sont de vraies merdes dans ce pays. Ils fourrent leur bite et disparaissent. L’autre chose, c’est qu’ici personne ne paie pour ses fautes, à moins d’être pauvre. Mais ça ne compte pas, les pauvres payent toujours, ici comme ailleurs.

Une fillette qui vit dans la rue, dit Ricardo, a au moins son groupe de copains, des enfants comme elle qui vivent sous les ponts et sniffent de la colle. Ce sont des bandes urbaines avec des liens d’amitié très forts. Dans les foyers, l’amitié n’existe pas. Ce sont de petites prisons où tout dépend du sens moral de celui qui exerce le pouvoir, et l’histoire de l’humanité nous a suffisamment montré quel niveau d’abjection peut atteindre l’être humain.

 

La ville est aussi un personnage principal avec ses rues, ses habitants, sa pollution, ses salauds, ses pédophiles, ses trafics en tout genre. Une ville qui charrie encore son poison dans ses rues, elle qui a du mal à se remettre de la dictature.

 

C’est un grand type chauve, un peu voûté, comme souvent chez les gens grands au Chili. C’est un pays qui punit ceux qui dépassent la moyenne, les grands essayent de passer inaperçus et les très grands, comme ce type, se voûtent pour entrer dans le rang.

 

J'ai apprécié aussi que l'histoire ne parte pas dans le sens où je l'avais cru et qu'à un moment donné, tout en gardant ses protagonistes, elle bascule vers autre chose dont nous n'aurons le fin mot que dans les dernières pages, celles qui arrivent trop vite tant on aurait aimé prolonger le voyage.

 

Un petit roman noir corsé, une enquête qui sert de trame à présenter ce qui ne va pas dans le pays, à nous en brosser un portrait peu flatteur, une enquête rythmée, sans temps mort, avec quelques scènes de sexe pour faire passer tout cela.

 

Elle mord mon dos au travers de la chemise. Ça ressemble à une attaque cannibale. Je m’excite de plus en plus et j’ai du mal à me retenir, j’ai envie de la pénétrer, mais elle ne se laisse pas faire, elle continue à me travailler et à faire pression sur mon dos avec ses seins.

 

Une plume sèche, qui va droit au but et qui nous emporte directement au Chili.

 

Des personnages haut en couleur, des femmes fatales, des balles qui sifflent, une situation sociale de merde, des flics ripoux, de la violence non gratuite, de la drogue, des pipes, du sexe, des coups de pieds dans la fourmilière, des coups dans la gueule, des embrouilles, des magouilles, de l'horreur abjecte, des vérités vraies, ...

 

Une fois qu’on t’a mis en taule, tu n’en sors plus, même si tu sors. C’est "l’université du crime", pour reprendre l’expression à la mode dans l’émission du Flaco Fuenzalida.

 

C'est du brutal, cette came de 199 pages concentrée et non coupée.

 

Bref, du hardboiled comme on l'aime : intelligent, brutal, sans fioritures et servi, cette fois-ci, avec une petite sauce chilienne bien piquante.

 

Un flic n’est pas là pour faire respecter la loi. Un flic est là, comme presque tout le monde, pour exécuter des ordres, des mandats. Arrêtez tel type. Enquêtez sur tel autre. Suivez cette dame, découvrez qui a envoyé ce mail. Si on ne supportait pas les injustices dans ce monde, on ne pourrait plus allumer la télé et regarder les informations. En fait, ce qui nous préoccupe vraiment, c’est arriver à la fin du mois, en vie d’une part, avec un peu d’argent de côté si possible d’autre part. Car être vivant sans un rond, ce n’est pas être vivant.


Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

Titre : Les brillants - Tome 1


Auteur : Marcus Sakey
Édition : Gallimard (2015)

Résumé :

Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’œil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les "Brillants".


Depuis les années 1980, 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables.


Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes.


Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux.


Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens. 

 

Critique : 

Quelqu'un m'a dit : "Ça ressemble à X-Men mais c'est différent".


Bien, va pour une lecture Canada Dry ©, alors. J'aurai la couleur de l'alcool... Sans l'ivresse.


Bizarrement, au départ, j'ai trouvé que mon Canada Dry avait le goût de l'alcool au lieu de n'avoir que sa couleur ! Ça sentait fort le X-Men, les manipulations de tornades, les griffes et les têtes improbables en moins.


Les Brillants sont des gens doués de certaines facultés, des petits génies capables de vous "lire", de prévoir vos actions ou celles de la Bourse. Ils ont leurs académies et des clans se forment parmi les Brillants : ceux qui veulent vivre avec les gens Normaux et les autres à part.


Sans compter les gens qui ont peur de leurs pouvoirs et certains qui l'ont utilisé à mauvais escient. Quant je vous disais que ça sentait l'alcool ! Heu, le X-Men !


Rien de transcendantal dans le début de ma lecture, donc.


Les personnages sont sympathiques, surtout Nick Cooper, un Brillant qui en chasse d'autres pour une agence gouvernementale, un Grand Méchant terroriste qui fait tout sauter, des petites touches d'adrénaline, une écriture simple qui glisse tel un glaçon dans un verre rempli de liquide ambré.


J'étais partie pour une lecture agréable mais qui ne me laisserait pas un souvenir impérissable en me donnant un magistral coup de pied au cul.


Et puis tout à coup, alors que je naviguais à une vitesse de croisière, savourant un livre sans prise de tête, le récit a atteint un peu plus de profondeur lors d'une réflexion sur le terrorisme. Ça m'a saisi, moi qui pensait me faire une lecture pèpère.


Diantre, l'auteur a saisi une partie du problème et il n'hésite pas à le transcrire. Extrêmement et agréablement surprise je fus. Si ça pouvait en faire réfléchir certains, ça me ferait encore plus plaisir.


Tout compte fait, la lecture devenait plus intéressante ! Certes, un des coups que l'auteur nous fait est vieux comme le monde, je l'avais vu venir de loin, mais le reste de la réflexion était juste.


En fait, dans cette dystopie, il suffirait de remplacer quelques noms de personnages par des gens connus ainsi que le lieu exact de l'attentat pour qu'une vieille théorie vienne refaire surface... et vous hérisse les poils de frayeur.


J'ai tremblé deux fois durant le récit : à la fin et en pensant à cette théorie, qui, si elle était vraie, me flanquerait encore plus la pétoche. Là, je me suis prise un Ice Bucket glacé en imaginant que ce pourrait être véridique.


Entre nous, moi, j'aurais choisi une autre option que Nick Cooper avec la micro-puce... Oui, l'autre possibilité !


Ce roman, qui semblait banal au départ, donnant l'impression de faire du neuf avec du vieux et ayant été écrit juste pour nous divertir, possède tout de même de la profondeur dans ses pages.


Et puis, un peu d'alcool dans le Canada Dry ©, ça ne peut pas faire de mal...


Un bon moment de lecture et l'envie de voir si la suite de cette trilogie tiendra ses promesses.


Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : L'enfer de Church street


Auteur : Jake Hinkson
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :

Alors qu'il est victime d'un braquage sur un parking, Geoffrey Webb propose à l'agresseur de lui donner tout ce qu'il veut à condition qu'ils partagent ensemble cinq heures en voiture jusqu'à Little Rock dans l'Arkansas. Webb a quelque chose à dire et a besoin de se confesser, même avec un forcené. 

 

Critique : 

Encore un petit Noir savoureux que je viens de déguster. Avec une légère goutte de lait tout de même.

 

Oui, j’ai honte de l’avouer mais j’ai failli pouffer de rire quand la vie de Geoffrey Webb a basculé dans l’horreur, à Church Street.

 

Oui, j’ai vraiment honte… C’est horrible, j’en ai conscience mais ce petit salaud m’a fait rire devant toute l’horreur de la scène. Tout ça à cause de sa bite qu’il n’a pas su contenir dans son pantalon…

 

Webb pourra dire ce qu’il veut, accuser un autre d’être plus sordide que lui, c’était entièrement de sa faute… Et moi, je riais en imaginant la tête de l’Autre quand il se rendrait compte que Webb était un fou furieux dans le fond.

 

Oui, j’ai aimé le voyage dans l’Arkansas, la ballade vers Little Rock avec Webb et son agresseur – auquel il raconte sa vie – m’a entrainé dans un autre monde, celui des Baptiste, que je n’ai pas l’intention de fréquenter. Pas besoin d’intermédiaires entre moi et Lui (si vous voyez de Qui je parle).

 

Oui, j’ai pris du plaisir avec son récit, même si je n’ai pas frémi devant toute sa noirceur et le nombre de morts. À force, on devient blindé, vous m’excuserez. Il aurait passé un chat dans un micro-ondes que là j’aurais eu les poils qui se seraient hérissés.

 

Mais ici, non, je jubilais littéralement. Va p’têt falloir que je consulte, moi.

 

Par contre, je n’aurais pas voulu habiter Church Street pour tout l’or du monde, quand bien même j’ai pris du bon temps avec ses habitants dont certains avaient l’âme et le cœur plus noir que le trou de cul d’un mineur occupé à creuser une galerie au fond d’une mine, à minuit par une nuit sans lune. ♫ Black is black ♪

 

— Nous ne sommes pas vraiment dans la petite maison dans la prairie, Frère Webb.

 

Je n’ai jamais aimé la bigoterie et dans ce roman, elle s’en prend plein la gueule.

L’écriture est sèche, elle claque comme un coup de fusil dans ta gueule, elle est remplie de cynisme et charge à fond l’hypocrisie de certains croyants qui pensent laver plus blanc que blanc ou être plus croyant que Jésus-Christ lui-même.

 

Pourtant, la fautive n’est pas la religion mais la manière dont on s’en sert et dont on impose certaines choses aux autres.

 

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage… J’espère que l’auteur l’a compris au moins.

 

Un petit roman noir jouissif, cynique, sans une once de lumière et où personne n’est à sauver non plus. Malgré tout, j’ai eu de l’empathie pour ce bon gros Geoffrey – amateur de branlette et de porno – qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

 

Je marquai une pause dans l’étude de mon plan parce que le porno avait atteint un point crucial, et j’atteignis un point crucial en même temps que lui. J’allai à la salle de bain me nettoyer et retournai sur mon lit.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

 

 

 

 

Titre : La voie des âmes


Auteur : Laurent Scalese
Édition : Belfond (2015)

Résumé :

Richard Neville est un flic français comme il en existe peu.


En touchant la main d'une victime, il parvient à reconstituer les derniers instants de sa vie, et à identifier son assassin – ce qui lui vaut d'être régulièrement sollicité par les polices du monde entier.


Cette fois, il est appelé à New York, à Brooklyn plus précisément, où un tueur en série insaisissable sévit depuis plusieurs semaines. Il se rend sur place avec son épouse, Clara.


Alors qu'il se trouve sur une scène de crime, Clara est assassinée à Central Park en pleine journée. Lui, le super flic, n'a pas pu protéger l'amour de sa vie, la mère des ses enfants...


Mais dès le soir du meurtre, d’étranges incidents surviennent : Richard pense d'abord que Clara cherche à communiquer avec lui de l'au-delà. Jusqu'à ce qu'il reçoive la visite d'une femme mystérieuse. Elle lui propose un marché incroyable: sauver Clara, en échange d'un service…


De quel service s’agit-il ? Quelles seront les conséquences de ce pacte ? Jusqu’où Richard ira-il pour revoir Clara ?


Et nous, jusqu’où serions-nous prêts à aller par amour ?

 

Critique : 

La voie des âmes, qu'est-ce que c'est ? Est-elle, comme celles de Dieu, impénétrables ?


Vous aimeriez bien le savoir, mais je ne vous dirai rien, hormis ce conseil : ouvrez le livre et lisez-le ! Assurément vous passerez un bon moment.


Moi, j'en ai passé un bon en compagnie de ma binôme (Stelphique) pour cette Lecture commune où on s'est déguisée en agent Scully.


Bienvenue à Big Apple, Crazy Town, Manathan. Il s'en passe des choses étranges dans cette ville.


En commençant ma lecture, je n'avais pas relu le résumé, il était même oublié dans les limbes de mon pauvre cerveau d’amibe. Le commençant vierge, j'ai sursauté à un moment du récit parce que je ne m'y attendais pas. Je me suis reprise de suite et j'ai continué à bouffer le roman.


C'est ici que je vais mettre en garde les esprits cartésiens qui lisent ma bafouille : fuyez, pauvres fous, si vous n'aimez pas l’imaginaire.


Les autres, plus ouverts, venez enquêtez sur les chemins de l'étrange avec Mike Rosener, flic new-yorkais un peu bourru et Richard Neville, profiler français qui a un Don.


Avec Mike, j'ai accroché de suite, j'ai eu plus de mal avec Richard, un peu plus lisse, trop parfait, presque (sauf pour le trempage de son biscuit dans une autre tasse de café que celle de son épouse).


Peu de temps morts, de l'émotion, des flics dépassés par certaines choses et beaucoup de questions durant la lecture. Mes méninges ont fumées afin de tenter de deviner la fin.  Loupé une partie !


Le style de l'écriture n'est pas tarabiscoté, il est simple, mais il fait mouche et vous entraine comme une tornade dans le récit.


Ce qui est étonnant, c'est que l'on a beau avoir un schéma vu et revu : les Bons contre les Méchants, avec des Bons très comme il faut et des Méchants qui ne bénéficieront jamais de circonstances atténuantes, autrement dit, une "soupe littéraire très conventionnelle", le tout passe très bien.


Mon seul petit bémol sera pour une pensée dans l'épilogue. Non pas qu'il m'ait déplu, il est génial, au contraire, mais vous savez que le diable se cache dans les détails et l'un d'eux m'a fait tiquer.


Une petite chose dans la tête d'un des personnages n'allait pas avec le personnage. Le revirement était trop fort, trop brusque.


Hormis ce petit poil resté sur ma langue (que j'ai vite expédié ailleurs), tout le reste était diaboliquement bien foutu et l'auteur a été un gros filou !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Une putain d'histoire


Auteur : Bernard Minier
Édition : Xo Editions (2015)

Résumé :

Une île boisée au large de Seattle...
Au commencement est la peur. La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau.


Autant vous le dire tout de suite :
Ce n'est pas une histoire banale.
Ça non. C'est une putain d'histoire.
Ouais, une putain d'histoire... "

Un thriller implacable.

 

Critique : 

Ah ça, pour une putain d'histoire, c'était une putain de bonne histoire !


Un résumé des plus énigmatiques, ça change des 4èmes de couverture qui en dévoilent beaucoup trop et c'est bien mieux ainsi.


C'est donc vierge de tout résumé que j'ai commencé ce roman, ne sachant vraiment pas à quoi m'attendre comme histoire, sauf que c'était une putain d'histoire !


L'introduction était tout aussi énigmatique, tout aussi mystérieuse, mais elle vous donnait envie de dépiauter l'histoire de suite. L'auteur était déjà un putain de conteur qui me donnait envie dès les premiers frémissements.


Après de tels préliminaires qui me laissaient entrevoir et espérer un truc de malade, le récit s'est un peu calmé. Faut pas monter dans les tours directement non plus, faut se faire désirer, se faire mousser.


Tout ce que je vous dirai, c'est que nous sommes à Glass Island, une île au large de Seattle, que le Dr Mamour du Seattle Grace Hospital n'est pas présent et que nous en compagnie d'une bande d'ados. D'ailleurs, c'est Henry, 16 ans, qui nous raconte cette putain d'histoire.


Mon seul regret sera de ne pas avoir eu d'atomes crochus avec ces ados... Autant j'avais de l'empathie et de l'amour pour les 7 gamins du Club des Ratés dans "ÇA", autant je n'ai rien ressenti de tel pour ces ados-ci. Je ne me suis pas retrouvée en eux.


Bon, je n'ai pas grandi avec les PC et les réseaux sociaux, comme eux et j'ai même eu une vie privée étant ado, c'est vous dire le gouffre entre nous. Les jeunes des années 2000 ne savent même pas ce que veut dire "vie privée" !


— Se balader sur Internet, c’est comme se balader à poil toute la journée dans une maison de verre : tu vois ce que je veux dire ?


Malgré tout, Henry et Charlie sont deux ados sympa et j'ai passé un très bon moment avec eux, j'ai eu quelques frayeurs aussi, durant leur petite enquête.


Le roman se lit tout seul, pas de grandes envolées lyriques, des phrases simples mais pas simplistes, un ton agréable, de l'humour et des trucs de jeunes.


— Sûr, m’a-t-il rétorqué en refermant la porte du magasin. Certains jours, elle est plus gonflée qu’un artichaut tellement je l’astique ! Si la masturbation était une discipline olympique, j’aurais la médaille d’or ! Je suis le Usain Bolt de la branlette !


Sans oublier quelques tacles bien senti sur la surveillance accrue dont nous sommes les premières victimes, consentantes, qui plus est.


La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures – des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d’eux-mêmes à leur liberté…


C'est peut-être un auteur français qui écrit, mais il a tout de même des accents américains, ce thriller. Yeap, si on me l'avait fait lire en aveugle, j'aurais parié deux hamburger bien gras sur un auteur amerloque. Il y aura des cuisses de grenouilles dans le burger.


Plus on avance dans l'histoire, et plus la tension monte. Si, au départ, ça avait l'air gentillet et un peu banal, genre du "déjà-lu", et bien, ce n'était qu'une impression. Comme un kayak dans des rapides, on se fait bousculer et nos certitudes s'ébranlent.


Mon dieu... mon fondement me fait encore mal du retournement de situation que l'auteur a donné à son histoire dans les 40 dernières pages.


Là, je me suis faite entuber grave ! Pire qu'aux élections, même. La seule différence, c'est qu'ici, c'est le pied de se faire avoir de la sorte ! D'ailleurs, j'en redemande.


Si l'après préliminaires avait l'air d'un déjà-vu, si un roman raconté par un ado de 16 ans pouvait sembler rébarbatif au départ, on est loin d'une resucée.


Comme quoi, faut jamais se fier aux apparences ! Un auteur qui a l'air tout gentil, vous franchissez le pas avec lui et bardaf, il vous retourne comme une crêpe un jour de chandeleur.


On croit qu'on vogue tranquille sur l'océan, certes, un peu agité, mais quand le kayak se retourne, ça vous surprend et ça vous glace. Et l'orque nomade vous croque. Je ne m'en suis pas encore remise.


Rien à dire, c'est bien une putain d'histoire que je viens de lire. Un truc pas banal et pas bancal. Magistral. Avec une belle morale et un putain de final qui te fait mal dans le futal. Et j'en termine là avec les rimes en "al" sinon ça finira avec ****.


L’orque nomade est le plus cruel des mammifères marins mais l’homme nomade est le plus cruel des mammifères tout court.


Les murs de la pièce principale étaient entièrement recouverts de livres du sol au plafond. Des tours de Pise de bouquins qui menaçaient de s’effondrer partout.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.


 

 

 

Titre : Un fond de vérité


Auteur : Zygmunt Miloszewski
Édition : Mirobole (2015)

Résumé :

Fraîchement divorcé, Teodore Szacki a quitté son travail de procureur à Varsovie et débarque dans la paisible bourgade de Sandomierz, où il compte bien refaire sa vie. Mais six mois à peine après avoir abandonné l’agitation de la capitale et l’asphyxie de son mariage, il s’ennuie déjà.

Heureusement, devant l’ancienne synagogue de la vieille ville, du travail l’attend : un corps de femme drainé de son sang, tout comme dans un rite sacrificiel juif… Lorsque le mari de la victime subit le même sort, la population de la ville renoue avec des peurs vieilles de plusieurs décennies. Aux prises avec une flambée d’antisémitisme sans précédent, Szacki va devoir plonger dans un passé aux échos douloureux, et tenter de trouver la vérité dans une histoire qui déchaîne toutes les passions.


Critique : 

Son premier roman m'avait emmené au 7ème ciel, malgré son introduction assez longue (mais les préliminaires, avec cet auteur, c'est agréable) et le second, c'est un pied intégral, confirmant tout le bien que je pensais de l'auteur.

 

Je me suis toujours dit que je vivais dans un pays de malades mentaux niveau politique (celle dite "du gaufrier", on vous l'expliquera un jour), mais je vois qu'à la course à l'imbécilité, la Pologne galope à nos côtés.

 

Le premier roman m'avait subjugué par son côté politique - le communisme était au menu - et le second ne déroge pas à la règle.

 

Aux rayons X, la Pologne ne laisse voir que des fantômes des années 40-50 et un antisémitisme qui s'accroche à ses basques mieux qu'un virus. Vous croyez en être débarrassé, et bien non, il revient au galop.

 

Je dois dire que j'ai eu un peu peur en ouvrant le roman, peur qu'il n'arrive pas à la cheville du premier, peur d'être déçue... Et puis, mon procureur préféré, Teodore Szacki, a quitté la capitale pour se retrouver muté dans la petite ville de Sandomierz et j'avais quelques craintes pour lui.

 

C'est vrai, quoi, qu'allait-il avoir à se mettre sous la dent, le Sherlock Holmes des prétoires ? Hein ? Un vol de GSM ? Une dispute conjugale ? Il ne se passe jamais rien chez ces bouseux de Sandomierz et ses collègues ont l'air moins sympa que les anciens.

 

Fallait pas avoir peur pour notre procureur imbu de sa petite personne ! Il a déjà trouvé où fourrer son bâton de berger (le cochon) et en plus, il est confronté à un meurtre assez sanglant, avec des relents antisémites qui vont venir se graver dessus.

 

Une femme a été retrouvée, saigné à blanc, selon un vieux rituel d'abattage juif. Là, sûr qu'elle était casher.

 

L'auteur n'est pas tendre avec son pays, la Pologne a des squelettes dans le placard - comme d'autres - et des spectres qui flottent toujours autour de certaines villes.

 

Les mentalités sont encore fort moyenâgeuse pour certains et les imbéciles croyant encore aux vieilles légendes sont nombreux. Oh, on ne les entend pas, en temps normal, mais chassez l'imbécilité et elle reviendra ventre-à-terre.

 

Pas tendre non plus avec les médias, avides de sang, inventant des faits s'il le faut, publiant tout et n'importe quoi sans l'avoir vérifié et montant la tête des habitants de la petite ville.

 

Ce que j'aime chez l'auteur, c'est sa plume (même si on a droit à celle du traducteur) qui n'hésite pas à pratiquer l'humour, qui n'est pas tendre envers son pays et ses compatriotes et qui a un petit je-ne-sais-quoi qui me prend aux tripes pour ne plus me lâcher.

 

Si l'enquête est prenante à suivre, il y a aussi tout l'aspect "j'entre de plein-pied dans la société polonaise" qui est important. Ceci est un vrai roman noir.

 

L'auteur ne se borne pas à écrire un fait ou une histoire, non, il développe le tout, brode autour - sans jamais lasser le lecteur - vous faisant entrer tout entier dans son histoire avec un grand H.

 

Les rancœurs sont tenaces, le passé leur colle aux basques, les vieilles haines aussi et le portrait qu'il nous brosse de son pays est assez sombre.

 

Notre procureur est toujours aussi imbu de lui-même, a gardé son esprit acéré, sa bite est devenue volage, il est toujours aussi anti-religieux, anti-dogme, anti-hobby, mais sa vision des habitants changera au fur et à mesure que le temps passe.

 

Les personnages secondaires vont aussi évoluer et les surprises seront nombreuses. J'ai vraiment pris mon pied lors de ma lecture. Bluffée j'ai été.

 

Lire Zygmunt Miloszewski est un plaisir de fin gourmet, du petit-lait, le petit Jésus en culotte de velours.

 

Ouvrir un roman avec le procureur Teodore Szacki, c'est aussi orgasmique qu'un roman caché de Conan Doyle où Holmes culbuterait Irene Adler sur la table en lui disant "Vous avez de beaux yeux, vous savez"... et elle qui lui répondrait "Oh oui, grand fou, allez-y, prenez-moi sur le coin de la table".

 

C'est vous dire le plaisir que j'ai eu à le lire. Mais gaffe, sortez couverts, messieurs. N'oubliez pas l'imper anglais... Ceux qui l'ont lu sauront de quoi je veux parler.

 

 

 

 

Titre : Six fourmis blanches


Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (2015)

Résumé :

Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper ?


Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.


À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…


Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

 

Critique : 

Freud dirait sûrement que l'auteur a un compte à régler avec les randonnées vu comment elle a l'art de vous en dégoutter dans ses romans (2).

 

Je suis du même avis... On aura beau être au mois de juin, j'aurais des sueurs froides lors de mes randos de vacances !

 

"La montagne, ça vous gagne" disait la pub. Tu parles ! La montagne, ça peut te tuer, oui ! C'est une tueuse silencieuse, la montagne, aidée de sa compagne la poudreuse. Les salopes...

 

D'ailleurs, le syndicat d'initiative de l'Albanie doit avoir mis l'auteur sur liste rouge parce qu'après cette lecture, on a pas envie d'aller faire du trek dans leurs montagnes.

 

Allez, enfilez une tenue de circonstance avant de plonger dans ce délicieux roman qui peut vous glacer les sangs et le bout de vos doigts.

 

Lorsque j'ai commencé ma lecture, je me suis demandé quel rapport il pouvait y avoir entre le récit de Mathias, sacrificateur de chèvres (oui, ça existe, ça pourrait être une reconversion en ces temps de crise) et celui de Lou,  compagne d'Elias, qui a gagné, ainsi que 4 autres, un trekking en montagne à Valbona, Albanie.

 

Nos 6 randonneurs (4 hommes et 2 femmes) du dimanche vont, sous la conduite de leur guide, Vigan, gravir la montagne durant quelques jours. Mais rien ne va se passer comme ils le pensaient et certains vont même y laisser leur bien le plus précieux : la vie !

 

Au fur et à mesure du récit, je me suis attachée à Mathias, l'homme qui lance des chèvres du haut de la montagne, ainsi qu'à Lou, qui nous compte le récit mouvementé de leur rando. J'ai tremblé pour eux, j'ai croisé les doigts, j'ai eu froid pour eux et j'ai eu du mal à lâcher le récit, je l'avoue. Surtout quand j'ai commencé à entrevoir le lien entre les deux...

 

Avant la lecture, j'avais pensé à un récit à la "Dix petits nègres" comme le disait une chronique... Le genre où dans la cordée, le dernier disparait mystérieusement, ou un des trekkers qui ne revient pas après avoir été secouer son petit oiseau dans le froid. Mais il n'en était rien et c'est tout à fait autrement que ça s'est déroulé, et ce n'est pas plus mal, je ne voulais pas du "déjà lu".

 

Sur ma gauche, je devine un mouvement et je pousse un hurlement. Une fraction de seconde, je vois la masse filer dans la descente et j’ai la certitude qu’Arielle avait raison, il y a bien quelque chose dans la montagne, qui nous suit, qui a senti que c’était son heure…

 

L'auteur joue avec nos peurs, celle qui nous rendrait fou si on se retrouvait perdu en montagne, durant une tempête de neige. Peur de mourir de faim, de froid, peur de ce qui peut se cacher dans l'ombre, peur d'être le suivant à y passer.

 

On ne vaut pas grand-chose face à la nature, ses déchainements incompréhensibles, et notre réflexion stupide de chercher une explication.

 

Quelle horrible impression, celle de nos propres limites: jamais, dans la vie ordinaire, nous n'avons besoin d'aller aux frontières de ce dont nous sommes capables, à l'extrême de nos forces. Le sentiment d'arriver au bout nous est étranger. Nous nous croyons invincibles, quand nous n'avons simplement pas à utiliser nos réserves. Nous sommes des protégés, des assistés qui s'ignorent. Des faibles. (..) Devant l'immensité des éléments, dans des situations extrêmes, nous ne sommes plus rien.

 

Un roman avec beaucoup de tensions, de suspense et de peurs qui vous rendra chèvre car la chute sera angoissante. Une écriture aux petits oignons et des personnages bien campés.

 

Un roman qui met aussi l'accent sur les coutumes d'un pays fort méconnu, l'Albanie, dont nous savons peu de choses, hormis nos préjugés.

 

On a beau être en 2015, dans certains petits coins paumés, les gens restent fort superstitieux et ne veulent pas froisser les Esprits.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015).

 

 

 

Titre : Châtié par le feu


Auteur : Jeffery Deaver
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, "le Couteau", jouit d'une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu'un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu'il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l'assassiner, Evans et Diaz, pensent que ce sera un jeu d'enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. 

 

Mais comment approcher Cuchillo  et atteindre cette bibliothèque ?

 

Critique : 

Voici donc la preuve que l'on peut faire de bonnes nouvelles avec un début, une fin non ouverte et un développement au milieu !

 

Ceci est la troisième nouvelle écrite sur commande "autour du monde de la littérature" éditée chez "Ombres Noires".

 

Si "La Cavale de l'Étranger" m'avait déçue pour le fait que l'histoire promettait beaucoup et que le final avait été décevant, ici, ce ne sera pas le cas car nous sommes face à une nouvelle d’une efficacité redoutable !

 

Court, mais bon, rempli d'interrogations durant toute la lecture : est-ce que Diaz et Evans, les deux hommes chargés de liquider l'homme à la tête du cartel - Alonso Maria Carillo - ne sont pas en train de se tromper de cible ??

 

Où est le vrai ? Ou est le faux ? Pas de meurtres sanglants, entre ces pages, mais plus un suspense à la Alfred Hitchcock, la musique en moins.

 

En peu de pages, tout est dit, tout y est, les personnages sont attachants, travaillés en peu de mots, pas de dévellopements inutiles, pas de fin où on se demande si l'auteur n'est pas en train de se foutre de notre gueule où a fait face à une pénurie de papier.

 

Suspense, mystère, interrogations, odeur des livres rares (aah, la bibliothèque d'Alonso Maria Carillo...), vraies ou fausses pistes, adrénaline, tensions palpables, chaleur mexicaine perceptible et jeu de jambes magistral de la part de certains personnages.

 

— Il fait toujours une chaleur pareille, ici ? demanda P. Z. Evans en plissant les yeux à cause du soleil.
Ses Ray-Ban aux verres teintés ne lui étaient d’aucune utilité.
— Non.
— Heureusement.
— En général, il fait encore plus chaud, répondit Alejo Diaz avec un accent chantant.
— Sans déconner.
C’était le mois de mai et il faisait trente-six degrés. Ils se trouvaient sur Zaragoza Plaza, une place pittoresque où trônaient les statues de deux hommes austères ; des généraux, avait appris Evans. Il y avait aussi une cathédrale.
Et puis ce soleil… brûlant comme une nappe de pétrole en feu.

 

Excellent ! 128 pages de plaisir pur.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (128 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

 

Titre : Leçons d'un tueur


Auteur : Saul Black
Édition : Presses De La Cite (2015)

Résumé :

Repérer, traquer, tuer, recommencer.


Katrina, Sarah, Angelica, Shyla, Yun-seo, Leah, Lisbeth... Sept femmes âgées de vingt-quatre à quarante ans. Sept femmes retrouvées mortes aux quatre coins des Etats-Unis. Violées, torturées, exécutées. L’œuvre d'un homme ou de plusieurs ?


Depuis trois ans, la police tourne en rond et n'a pour indices que d'étranges objets découverts dans les corps mutilés des victimes.


Aujourd'hui, l'inspectrice à la Criminelle de San Francisco, Valerie Hart, sent qu'elle tient enfin une piste sérieuse.


Mais il faudra faire vite, car la prochaine cible pourrait bien être une petite fille de dix ans piégée dans une cabane isolée du Colorado.


Alors que ses vieux démons refont surface, Valerie se lance dans une course contre la montre...

Petit plus : Saul Black signe un thriller implacable et nous plonge avec maestria dans l'horreur la plus totale. En sortirez-vous indemne ?

"Ne lisez pas ce texte. Aucun lecteur ne mérite d'être autant terrifié." Linwood Barclay

 

Critique : 

Ah mais que j'en ai ma claque des 4èmes de couverture trompeur ou prenant des raccourcis un peu trop exagéré !


Ah que j'en ai ma claque des bandeaux titres ajoutés par des auteurs connus dans le but de faire vendre les livres des autres !


Non pas que le roman n'était pas un thriller de bonne facture, non pas qu'il n'était pas terrifiant, mais pas à ce point là !


Linwood Barclay a un peu exagéré en ajoutant "Ne lisez pas ce texte. Aucun lecteur ne mérite d'être autant terrifié." On est loin d'avoir les chocottes durant les 500 pages ! Et le résumé ne devrait pas raccourcir l'histoire de cette manière.


Mes points de discordes étant dit, passons au reste : ce que j'ai pensé du roman.


Comme je le disais, un thriller de bonne facture, avec plusieurs points de vue (l'inspectrice, le serial-killer, Nell, une victime...) ce qui ne vous laisse pour ainsi dire pas de temps mort pour bâiller d'ennui. Les pages se tournent toutes seules et la lecture avance à grand pas.


Du terrifiant, il y en a durant quelques passages et le premier chapitre est assez envolé niveau adrénaline ! Ça commence comme un feuilleton gentillet avant de se terminer dans un bain d'hémoglobine et une course poursuite qui vous donnera les mains moites.


La plume de l'auteur est agréable à suivre, changeant selon que nous sommes en présence de l'inspectrice Valérie Hart, du Grand Méchant ou d'une de ses victimes.


Là où j'ai coincé, c'est justement avec l'inspectrice Valérie Hart, torturée à souhait dans ses pensées, alcoolique, ayant elle-même sabordée sa vie sentimentale...


Et là je dois dire que "Trop is te veel" ! Elle revient un peu trop à mon goût sur son amour qu'elle a foutu en l'air (constamment) et à la fin, c'est redondant, épuisant et c'est totalement inutile de nous le répéter. Ça va, j'ai compris. Bref, aucune empathie ou sympathie pour ce personnage pourtant central.


Autre petit soucis, c'est le Grand Méchant... Avec un titre de roman pareil, je m'attendais à ce qu'il nous explique un peu plus son modus operandi de serial-killer, un peu comme celui de Ellroy dans "Un tueur sur la route" qui nous expliquait ce qu'il faisait.


J'aurais aimé aussi en apprendre beaucoup plus sur son enfance. Pas dans le but de me faire l'avocat du diable, mais pour comprendre comment le comportement de certains adultes envers des gosses pouvait donner des tueurs en série. Pas "excuser", juste essayer de "comprendre".


Niveau "enquête", elle ne traîne pas durant les 500 pages et les quelques petits détails grappillés à gauche et à droite vont faire avancer cette enquête pas facile et qui était au point mort depuis quelques années.


Un thriller qui porte bien son nom, donnant au lecteur des frissons, de l'angoisse, de la peur, des mains moites, de l'adrénaline, des envies de hurler "Cours, Forrest, cours" aux victimes, une enquête trépidante et un final qui m'a fait me crisper dans le divan.


Petit bémol sur Valérie Hart, l'inspectrice, pour laquelle je n'ai ressenti aucune empathie et qui, bien que très brillante - et n'hésitant pas à prendre des risques pour sauver des vies - m'a plus souvent exaspérée par son comportement border-line et ses complaintes sur sa vie amoureuse qu'elle avait elle-même assassinée.


Malgré ces petits bémols, une bonne lecture qui m'a fait monter l'adrénaline et passer un moment où l'angoisse pouvait surgir à chaque page. Mais pas au point de me terrifier comme Linwood Barclay.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Dernier meurtre avant la fin du monde


Auteur : Ben H. Winters
Édition : SUPER 8 Éditions (2015)

Résumé :

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?

Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.

Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.

Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.

Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.

Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
 

Critique : 

 Ça y est ! La malbouffe a encore frappé chez MacDo... On a retrouvé un homme mort, pendu par sa ceinture dans les W.C de cet établissement de haute gastronomie industrielle.

 

Je savais que leur cuisine était infecte, mais de là à aller se pendre, il y a une marge. À la limite, pendre le dirigeant du fast-food, oui !

 

Mais en ces temps de fin du monde annoncée, les suicides sont nombreux. La fin du monde ? Oui, dans 6 mois, un astéroïde de six kilomètres de long va percuter la terre, réduisant l'espèce humaine et tout le reste comme à l'époque des dinosaures.

 

Tous les flics veulent classer l'affaire. Tous ? Non, un inspecteur résiste encore et toujours. Son nom ? Hank Palace qui, lui, est persuadé que c'est un crime déguisé en suicide.

 

Si vous êtes à la recherche d'une enquête trépidante, passez votre chemin et allez manger chez Quick, se sera plus rapide (jeu de mot facile) car ici, le temps qui leur reste à vivre à beau être compté (on connait la date de l'impact), notre inspecteur va tout de même mettre une semaine pour résoudre cette affaire.

 

Patiemment, il va remonter les pistes, se tapant régulièrement la main sur le front en s'exclamant "Bon sang, mais c'est bien sûr !" et en se disant que sur ce coup là, il a été un crétin fini.

 

Hank Palace n'a rien à voir avec un Sherlock Holmes, lui, c'est un ancien policier patrouilleur monté en grade. Il n'est pas le meilleur mais il est tenace.

 

L'atmosphère de ce roman est étrange, nous sommes dans une ambiance pré-apocalyptique. La fin du monde est prévue pour le mois d'octobre et les gens ont un peu tendance à devenir zinzin. Bref, le récit est teinté de mélancolie et quelques grains de folie venant de la part de certains personnages (dont les collègues de Palace). Mais jamais l'auteur ne pousse le bouchon trop loin, tout est amené par petites touches.

 

Un roman étrange de par la perspective de l'astéroïde, des personnages simples et une enquête qui réserve son lot de surprise parce que si Palace n'avait rien vu venir et a mit du temps pour comprendre, moi, j'avais vu que dalle alors que tous les éléments étaient sous mes yeux.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : L'ombre


Auteur : Stephen Lloyd Jones
Édition : SUPER 8 ÉDITIONS (2015)

Résumé :

Ne faites confiance à personne. Elle fuit. Elle est terrifiée. A l'arrière de la voiture, sa fille de sept ans dort paisiblement. Sur le siège passager, son mari se vide de son sang.


Lorsqu'elle arrive de nuit à Llyn Gwyr, une maison de campagne perdue dans les montagnes arides du Pays de Galles, Hannah Wilde sait que plus rien ne sera jamais comme avant : sa mère est morte, son père a peut-être subi un destin pire encore, et l'implacable prédateur qui s'attaque à sa famille est à ses trousses.


Elle ne peut faire confiance à personne. Elle ne doit faire confiance à personne.


Désormais elle ne peut plus fuir, et sa seule issue est d'affronter Jakab, un ennemi dont elle ne connaît ni l'identité ni le visage.

 

Petit Plus : La littérature du XXIème siècle est encore capable d'accoucher de monstres inoubliables : Jakab est vivant, et ne ressemble à rien de ce que vous avez pu connaitre.

 

Alliant l'élégance racée du roman gothique à l'art du thriller le plus contemporain, Stephen L. Jones signe, avec un sens consommé du suspense, un roman magistral, qui vous fera douter jusqu'à la dernière page.

 

Critique : 

Ce livre était dans ma PAL urgente mais lorsque je l'ai ouvert, plus moyen de me souvenir du pitch et j'avais beau retourner ma liseuse, le 4ème de couv' n'apparaissait pas !

 

C'est donc à l'aveugle que j'ai commencé le récit qui, je dois l'avouer, avait du rythme dès le départ.

 

Mais qui veut voyager loin doit ménager sa monture et donc, après un long galop assez fougueux, l'auteur a reposé son destrier en nous offrant quelques moments plus calmes, sans pour autant endormir le cavalier.

 

Au niveau des bonnes choses, je parlerai de l'alternance des récits, entre le présent, les années 79-80 et les années 1870, les récits s'imbriquent petit à petit l'un dans l'autre et le lecteur, curieux, veut tout savoir.

 

Le côté thriller fantastique n'est pas dérangeant, le suspense est maitrisé et le fait de ne pas savoir à qui on a affaire vraiment et de se méfier de tout le monde rend les choses encore plus compliquées pour Hannah et le lecteur qui ne savent plus à quel Saint se vouer et à quel personne faire confiance.

 

Il faut dire que Jakab, le Méchant, fait partie des hosszú életek. Rien de grave s'il n'avait pas basculé du côté Obscur de la Force !

 

Niveau des choses qui vont un peu moins bien, je dirais Jakab, le Grand Méchant... J'aurais aimé que son basculement du côté Obscur se fasse de manière plus détaillée, parce que là, c'est rapide et sans connaître une partie de son enfance, on a du mal à comprendre son revirement soudain.


À mon sens, il tourne casaque un peu trop vite. Tiens, vu que nous sommes à Budapest durant son basculement, on pourrait dire qu'il a tourné Cosaque !


Autre chose qui m'a dérangé : le pourquoi du comment il poursuit la famille d'Hannah Wilde depuis les années 1870... Un peu fort de café, à mon sens. Trop "déjà-vu".


Autre petit truc qui m'a embêté : je veux bien concevoir que certains enfants ressemblent traits pour traits à leur père ou leur mère, qu'ils en sont le portrait craché, mais que ça arrive aussi souvent que les descendantes ressemblent leur aïeule, ça sent mauvais dans l'air. Faut pas pousser bobonne là...


Bref, une lecture qui ne souffre que de peu de temps morts, intéressante, avec des personnages agréables, du suspense à tous les étages, de la parano correcte quand on connait les pouvoirs de Jakab, une alternance des chapitres et des cliffhangers qui donnent envie de poursuivre la lecture.


Mais un Méchant pas assez travaillé et qui, malgré ses pouvoirs, ne vous donne pas envie de vous planquer sous la couette comme tout bon méchant devrait faire. J'ai même pas eu de frissons de peur ou de poils dressés sur les avant-bras.


Dommage... j'aurais aimé avoir les frissons en plus du suspense.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et "A year in England" chez Titine.

 

 

 

 

Titre : Dans son ombre


Auteur : Gerald Seymour
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :

Londres, 2001 : Joey Cann se tient devant une maison qu'il a vue des centaines de fois sur des photos, dans des dossiers, dans des rapports, celle d'Albert William Packer, un richissime homme d'affaires soupçonné de diriger la mafia londonienne.

 

Joey est membre de l'Église, un service des douanes britanniques qui vient de subir un cuisant revers.

 

Après trois ans de surveillance, un budget de cinq millions de livres, un procès retentissant, Packer, qui a été emprisonné pendant des mois, vient en effet d'être libéré suite à l'étrange défection d'un témoin clé. Si l'enquête est officiellement close, Cann s'est malgré tout juré de ne jamais renoncer.

 

Désormais, il sera dans l'ombre de sa cible, en permanence. Un homme retrouvé mort à Sarajevo va bientôt forcer Packer à sortir de son antre pour gagner la Bosnie.

 

C'est sur ce terrain inattendu, dans un pays durement éprouvé par la guerre, que Cann, accompagné de Maggie Bolton, une experte en surveillance, va tenter de le piéger.

 

Critique :

"Captivant de la première à la dernière ligne, c'est le genre de livre qui vous fait perdre toute notion de l'heure."  (The New York Times)

 

"Pas si captivant que ça, je trouve, trop long au départ mais addictif sur les 200 dernières pages" (Belette2911)

 

Mais je ne suis pas le New-York Times, moi, et ma critique ne fera sûrement pas vendre parce que je n'ai pas du tout perdu la notion de l'heure ou celle du temps lors de ma lecture. Que du contraire ! Heureusement que ça passe mieux après les 150 premières pages.

 

Mister est un mafioso, dans sa version anglaise. Notre homme est distingué, sûr de lui, self-made man, rempli de self-control, toujours prompt à riposter envers ceux qui ne jouent pas le jeu ou veulent le doubler, imbu de lui-même...

 

Un vrai Napoléon du crime qui n'a jamais connu de défaite et qui vole d'Austerlitz en Iéna (de victoire en victoire, quoi).

 

Le voilà qui vient de sortir parfaitement libre de son procès, laissant son adversaire - le service des douanes britanniques - tenter de digérer ce cuisant revers. Trois ans de travail réduit à néant sur défection d'un témoin.

 

Au départ, même si Mister fait "truand chic et impitoyable", j'ai trouvé qu'il avait le charisme d'une amibe desséchée.

 

Bon, après, j'ai révisé mon jugement, son côté amibe a disparu et j'ai vu une hyène en costume cravate, mais malgré tout, il lui manquait la flamboyance des vrais Grands Méchants. Même si c'est un vrai salopard.

 

Joey Cann - l'autre personnage principal - faisait partie des douanes, il était archiviste, autrement dit, une chiure de mouche, mais lui, il ne veut pas laisser tomber l'affaire. Alors, il va suivre Mister lors de son périple à Sarajevo, là où il veut étendre son domaine d'action.

 

Passant tour à tour du côté de la loi (Cann et les autres) à celui des truands (Mister et son équipe); de Londres à Sarajevo; de 2001 (époque où l'action se déroule) à 1992, lors de la guerre en Yougoslavie, on ne pourra pas se plaindre que l'auteur ne nous ait pas fait varier les plaisirs, les protagonistes, les lieux ou les époques.

 

Ce sont ces passages sur la vie à Sarajevo, avant, pendant et après la guerre, qui m'a captivé et fait perdre la notion du temps. Certes, on se demande, au départ, ce que la guerre et la pose des mines dans les champs aura avoir avec le roman, mais les explications viendront en temps utile (fin du livre).

 

La question que tout le monde se pose est "Est-ce que Sarajevo sera le Waterloo de Mister ? Ou tout simplement sa "retraite, la queue entre les jambes, de Russie".

 

Joey Cann peut-il le faire tomber ? Can(n) he do it ? Le loser peut-il venir à bout du winner ? Réponse dans le roman.

 

En tout cas, Joey est tenace, n'a pas peur de Mister et sera comme un moustique qui vous tourne autour mais que vous ne pouvez pas écraser au vu de tous, de peur qu'ils pensent que vous perdez votre sang-froid légendaire.

 

Là où le roman devient addictif, c'est dans le duel final... Ne vous attendez pas à un duel à la Clint Eastwood dans "The good, the bad and the ugly", mais notre Joey aura tout du salopard dans ce duel, bien que je ne puisse le blâmer.

 

On sent le travail du journaliste dans la plume de l'auteur car tout y est bien détaillé et nous donne l'impression d'être plongé jusqu'au coup dans cette ville où règne toujours la misère et la corruption. Gros tacle aussi sur notre Société à nous et sur ceux qui sont allé pour "aider".

 

Un roman qui est loin d'un John Le Carré comme indiqué, il ne me marquera pas l'esprit - hormis pour ses passages sur la pourriture de guerre qui eut lieu entre 1992 et 1996 - bien que j'ai tout de même passé un bon moment avec lui sur la fin, ce qui m'a consolé du départ laborieux.

 

Malgré tout, vu ce qui était noté en 4ème de couverture, j'avais espéré bien mieux que ce que je viens de lire... Dont un Grand Méchant plus "charismatique", pas pour l'aimer, mais pour frissonner à mort du début à la fin.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), "A year in England" chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (581 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Dust


Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël (2015)

Résumé :

Quelque part en Afrique, la mort rôde...
2010. Dans un terrain vague de Nairobi, un gamin à vélo s'amuse à rouler dans une grande flaque sur le sable ocre. Du sang humain, répandu en forme de croix. Sans le savoir, le garçon vient de détruire une scène de crime, la première d'une longue série.


2012, à Nairobi. Une femme albinos est décapitée à la machette en pleine rue. Le tueur a emporté la tête, un bras aussi. Elle a été massacrée, comme beaucoup de ses semblables, parce que ses organes et son corps valent une vraie fortune sur le marché des talismans.


Appelée en renfort par le chef de la police kenyane, Hanah Baxter, profileuse de renom, va s'emparer des deux enquêtes.


Hanah connaît bien le Kenya, ce pays où l'envers du décor est violent, brûlant, déchiré entre ultramodernité et superstitions.


Mais elle ne s'attend pas à ce qu'elle va découvrir ici. Les croix de sang et les massacres d'albinos vont l'emmener très loin dans les profondeurs du mal.

 

Critique : 

N'allez pas croire, suite à mes deux critiques, que je participe à un challenge "Mois Africain" en juillet parce que hier j'étais au Mali (Black Cocaïne) et que aujourd'hui je suis allée au Kenya. C'est le hasard des lectures qui a fait que je suis restée sur le continent africain.


Le résumé du livre était emballant, le début de la lecture aussi, même si un petit je-ne-sais-quoi m'empêchais de profiter pleinement de ma lecture.


Ah oui, j'ai compris assez vite ! La cause en était le style d'écriture qui avait tendance, parfois, à friser le niveau enfantin ou pré-ado, comme si, à certains moments, l'auteur avait confié l'écriture de certains passages à sa p'tite nièce.


Et tout le problème du roman s'est trouvé là, pour moi : la manière dont certaines événements ou problèmes liés au pays (le Kenya pour ceux qui ont loupé le train) sont décrits, leur fait perdre toute leur puissance, toute leur émotion, toute leur portée horrible.


De plus, la surenchère de faits horribles annihile l'abomination perpétrée. Sincèrement, j'ai lu des témoignages de personnes qui avaient été témoins d'actes abominables durant la Seconde Guerre Mondiale, et sans en rajouter, leur récit me hérissait les poils des bras et me donnait envie de vomir.


Ici, il n'en fut rien... c'est abominable ce qu'un personnage a fait endurer à ses semblables, mais la description de l'auteur fout tout en l'air et si elle avait décrit un enfant éventré dans le but de transformer ses boyaux en guirlande de Noël, j'aurais sans doute pensé "Cool, une guirlande", tant la chose est mal exprimée, mal écrite.


Aucun atomes crochus avec Hanah Baxter, la profileuse d'origine française qui vit à New-York et qui se déplace au Kenya pour traquer un tueur en série. J'ai même failli tomber de ma chaise lors de l'épisode avec Invictus (les lecteurs sauront de quoi je parle).


Je passerai sur les moments "guimauviens" (néologisme offert) qui sont à pleurer devant tant de platitudes et plus dignes d'un "Fifty shades"ou d'un "Twilight" que d'un tel roman.


Le suspense est en grande partie réduit à néant par un chapitre où le pauvre lecteur en apprend beaucoup trop sur le tueur en série, gâchant tout le plaisir.


Pire, avant même la moitié du livre, j'avais deviné le nom du coupable, la ficelle agitée par l'auteur étant trop grosse que pour ne pas s'en saisir. Chez Agatha Christie, je ne l'aurais pas saisie, car la Dame avait l'art de casser les codes du roman à énigme, mais ici, l'auteure en dévoile trop trop vite. Et les préliminaires, bordel ?? Et je confirme que j'avais vu juste !


J'ai ressenti, par moments, de l'émotion dans le récit, lorsque l'auteure explique la chasse à laquelle sont soumis les albinos, de l'émotion aussi lorsque l'auteure décrit les extrémités auxquelles certains enfants devaient se livrer, afin de survivre et de sauver leurs frères et sœurs de la misère...


Et puis, patatras, toute l'émotion retombait comme un soufflé (ou autre chose, pour les plus coquins) à cause du style d'écriture qui était plat et sans âme.


Ce roman manque de profondeur, d'émotion et la surenchère de "gore" détruit les émotions qu'il aurait dû faire naître en moi.


Avec un sujet pareil traité dans ce roman et un décor rempli de misère, c'est malheureux d'avoir fait un roman aussi foireux.


De bons ingrédients, un chaudron qui ne demande qu'à bouillir, pour arriver à un résultat tel que ce que je viens de lire, c'est donner des perles aux cochons !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015).

 

 

 

Titre : Du Sang Sur la Glace


Auteur : Jo Nesbø
Édition : Gallimard Série Noire (2015)

Résumé :

Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.


Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.


Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.


C’est la jeune épouse – infidèle – de son boss. Et il est chargé de la tuer…

 

Critique : 

En lisant une critique sur ce roman, j'avais vu qu'un des commentateurs disait que le livre lui était tombé des mains, et ce n'était pas un compliment.


Non, il ne m'est pas tombé des mains, mais j'ai baillé, somnolé durant ma lecture et failli le refermer avant d'arriver au bout. Il ne fait que 150 pages, c'est vous dire si j'ai passé un moment en enfer.


Pourtant, le pitch avait l'air génial : un tueur à gages, Olav, auquel son patron lui demande d'expédier (tuer) un client. Rien de neuf sauf que le client est la femme du boss.  Et que ce dadais d'Olav va en tomber amoureux.


Il avait pourtant bien commencé, ce petit roman : un tueur à gage pour qui on a envie d'avoir de l'affection, le genre de mec qui n'a rien d'un Jason Statham survitaminé et qui nous raconte sa petite histoire.


De l'humour noir, deux trafiquants de drogue dans la ville d'Oslo dont chacun crierait bien que l'un des deux est de trop dans la ville.


L'utilisation d'Olav comme narrateur était bien trouvée, ça permet quelques surprises qui m'ont plus, même si une était téléphonée.


Où est le problème ? Où le bât a-t-il blessé dans tout cela ?


La manière de raconter est soporifique au possible ! J'ai juste arrêté de bailler durant quelques scènes, pendant quelques paragraphes et bien que ne faisant que 150 pages, j'ai sauté des lignes !


On est loin d'un Dashiell Hammett et de son célèbre "Moisson Rouge". Loin des autres grands du polar Noir aussi.


Malgré les quelques surprises cachées dans le récit, il ne m'a pas emporté dans la ville d'Oslo, je me suis ennuyée la plupart du temps et je n'ai pas retrouvé l'âme des grands romans Noirs que j'aime.


Les ingrédient sont peut-être là, mais ça manque furieusement de sel.


Une déception pour moi qui apprécie cet auteur.


Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et le Challenge "Nordique" chez Mes chroniques Littéraires.

 

 

 

Titre : Am stram gram...


Auteur : M. J. Arlidge
Édition : Éditions Les Escales (2015)

Résumé :

Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d'une piscine vide dont il est impossible de s'échapper. À côté d'eux, un pistolet chargé d'une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : "Vous devez tuer pour vivre". Les jours passent, la faim et la soif s'intensifient, l'angoisse monte. Jusqu'à l'issue fatale.

Les enlèvements se répètent. Ce sont les crimes les plus pervers auxquels le commandant Helen Grace ait été confrontée. Si elle n'avait pas parlé avec les survivants traumatisés, elle ne pourrait pas y croire.

Helen connaît les côtés sombres de la nature humaine, y compris la sienne ; pourtant, cette affaire et ces victimes apparemment sans lien entre elles la laissent perplexe.

Rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

 

Critique : 

Helen Grace est flic à Southampton.  Commandant, pour être plus précise. Flic de talent aussi.


Bref, tout le contraire d'une Julie "Madrange" Lescaut car notre Helen n'a pas d'ex-mari, pas d'enfants, pas d'envie d'en avoir, pas de vie privée. Mariée avec son boulot, en fait.


Limite un peu Rambo aussi, notre policière. La tendresse, bordel, c'est pas son genre. De plus, elle chevauche une Kawasaki, de quoi se faire mousser le frifri en jouant avec la poignée des gaz.


De plus, elle aime aussi les "Fouette cocher - Oh oui fais-moi mal avec ta cravache ou ton fouet à clous". Adepte de quelques pratiques SM, oui, et pas la version Bisounours de "Fifty shades".


Oui, Helen Grace est un personnage qui m'a un peu énervé. Trop de blessures, trop too much et puis faisant des erreurs comme c'est pas possible. Pas assez travaillée, à mon sens, pas assez de profondeur dans ce personnage principal alors que ses deux subalternes Charlie Brooks et Mark Fuller le sont un peu plus (bien que Mark donne parfois l'impression d'être chez Mon Petit Poney).


Niveau tension et adrénaline, j'ai eu ma dose avec ce page-turner.


Des couples enlevés, séquestrés où la seule issue possible est de tuer l'autre pour ne pas mourir. Si celui qui presse la gâchette du pistolet à une balle s'en sors vivant, son esprit est à la limite du décrochage vu le poids terrible sur la conscience.


Mais pourquoi ? Quel est le mobile du kidnappeur sadique ? Aucun, à première vue, alors, j'ai suivi Helen et son équipe sur cette enquête.


C'est rythmé, remplis de rebondissements, d'adrénaline, des fausses-pistes, des chapitres en italique avec un récit intriguant, bref, un vrai page-turner.


L'écriture est assez simpliste, par contre. De plus, l'utilisation de certains mots m'ont dérouté. Qu'un personnage utilise le mot "flingue", je comprends, mais pas dans une trame narrative ! "Cela faisait longtemps qu'Helen n'avait plus utilisé un flingue...". Erreur du traducteur ?


La divulgation du coupable aurait pu me mettre KO si elle avait été amenée autrement. J'avais déjà lu ça dans "Tabou" de Casey Hill et cela m'avait profondément énervée que l'on sorte un coupable comme on sort un lapin d'un chapeau.


Un bon coupable, pour moi, est un personnage dont on a suivi le parcours, sans savoir que c'était lui, pas un qui n'apparaît que sur la fin, comme par magie.


Bon, j'aurais pu passer sur ce tour de passe-passe si le final avait été un peu plus étoffé, plus long, avec plus de profondeur et pas expédié de la sorte.


Le Grand Méchant, le si machiavélique dans ses plans, manquait de finesse, de sel, de ce petit grain de folie qui rend les Méchants littéraires grands et immortels.


Un roman court, qui se lit vite, une lecture mouvementée, quelques passages plus hard, un bon moment de lecture, mais rien de transcendantal.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et le Mois Anglais 2015 chez Titine, Lou et Chryslida.


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