4.10 Auteurs divers - Nouveautés 2016

 

 

 

 

 

Titre : Les maraudeurs


Auteur : Tom Cooper
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :

Petite ville de Louisiane dévastée par l'ouragan Katrina, Jeanette survit tant bien que mal grâce à la pêche à la crevette. Mais cinq ans plus tard, la marée noire provoquée par la rupture d'une plateforme pétrolière vient polluer ses côtes, livrant les habitants au désespoir.

On y croise quelques personnages hauts en couleur ou parfois franchement inquiétants : Gus Lindquist, un pêcheur manchot esquinté par la vie, accro à l'alcool et aux antidouleurs, qui a gardé au coin de sa tête son rêve de gosse : retrouver le trésor du célèbre flibustier Jean Lafitte; Hanson et Cosgrove, deux losers magnifiques, et Wes Trench, un adolescent en rupture avec son père; les frères Toup, jumeaux psychopathes, qui accessoirement cultivent la meilleure marijuana du coin; ou encore Brady Grimes, mandaté pour inciter les familles sinistrées à renoncer aux poursuites judiciaires en échange d'un chèque...

Mariant avec une virtuosité réjouissante noirceur, cynisme et humour corrosif, Tom Cooper réussit à rendre palpables la torpeur du bayou et le désarroi d'une communauté qui lutte tant bien que mal contre sa propre disparition.

 

Critique : 

Je m'étais toujours dit qu'un jour, je le ferais et je l'ai fait ! Ma virginité "Masse critique Babelio" est tombée avec ce roman noir.

 

Ce devait être un coup de folie qui m'est passé par la tête en disant "oui" à Pierre pour l'envoi de ce roman, vu que ma PAL comporte plus de *chiffre indécent* titres à lire, mais bon, les mots "roman noir, Louisiane, ouragan, marée noire, personnages hauts en couleur, cynisme" m'ont fait craquer.

 

Aie-je eu raison de craquer ? Oh que oui ! Voilà 400 pages qui se sont envolées en un peu plus de deux jours. Pour une fois, le 4ème de couverture n'était pas mensonger et le bandeau-titre du King n'était pas racoleur. C'était un vrai putain de bon roman (non, le King n'a pas dit "putain", il est plus poli que moi).

 

Nous sommes en Louisiane, dans ce qui pourrait s'apparenter à son trou du cul car l'histoire se passe dans la petite ville de Jeanette qui se remet déjà bien mal du passage de Katrina et qui, en plus, doit faire face à la grosse merde de marée noire dont la compagnie BP est responsable. S'en souvient-on ou avons-nous tout oublié ? Oublié, hélas.

 

La Barataria était un endroit si minuscule et si étouffant qu'il était facile d'oublier que le reste du monde existait et qu'il continuait de tourner.

 

Dès les premières lignes lues, pas de doute, j'étais en Louisiane tant les descriptions étaient bien détaillées, sans pour autant en faire des tonnes. Il ne manquait plus que les piqûres de moustiques sur ma peau pour y être tout à fait.

 

Les chapitres sont présentés comme ceux de "Game of thrones", chaque personnage du livre a le sien, mais je vous rassure, ils sont moins nombreux que dans GOT !

 

Cette construction des chapitres et cette alternance a ajouté du piment à l'histoire. Et en effet, les quelques personnages sont hauts en couleur, bien détaillés, chacun ayant sa personnalité propre, pouvant évoluer (ou pas) au fil du récit.

 

Entre Lindquist, le pêcheur manchot, gavé de médocs et cherchant depuis 30 ans l'hypothétique trésor du pirate Jean Laffite; le jeune Wes Trench en butte avec son père, pêcheur de crevettes aussi et criblé de dettes; les jumeaux Toup, producteurs de marijuana dont l'un à tout du psychopathe sévère...

 

Hanson, un looser débile qui vendait des photos de George Washington dédicacées ( !); Cosgrove, un autre looser mais sans les courants d'air entre les deux oreilles, lui et Grimes, un ancien du patelin et homme que la BP a envoyé pour faire signer aux gens un papier qui les indemnisera à hauteur de 10.000$ pour le préjudice subit, à condition qu'ils laissent tomber toutes poursuites envers BP.

 

Hauts en couleur, j'vous l'disais ! On ne s'embête pas en leur compagnie, ni en suivant leurs pensées profondes.

 

"Vous voulez que je vous raconte , continuerait Ingram. Ce sacré salopard ? Là, devant vous ? Il débarque là-bas, dans le trou du cul du monde, le patelin de merde où il a passé toute son enfance. Tout le monde lui crache à la gueule et lui chie dans les bottes. Et Grimes ? "Signez là, sur les petits pointillés". Ce type, là, devant vous. À sa propre mère. Moi je dis, c'est ce qui s'appelle être sévèrement burné. Signez là, sur les petits pointillés. Ce n'est pas compliqué : ce mec m'a sauvé la vie. Sans lui, ils auraient coupé les roubignoles de mon petit-fils pour les faire mariner dans un bocal. Ils m'auraient crucifié, rien que pour le plaisir."

 

Au fil des pages, on suit ces gens et on plonge direct dans la misère de certains tant elle suinte des pages, sans que l'auteur ait besoin d'en rajouter.

 

Quelques mots ou situations décrites suffisent pour nous faire comprendre que les pêcheurs bossent comme des malades, du matin au soir, pour gagner quelques kopecks car à cause de la marée noire, les gens dans les restos veulent manger des crevettes venant de Chine.

 

Idem en ce qui concerne le passage de l'ouragan Katrina et ses conséquences, esquissées en quelques paragraphes révélateurs. Pas besoin d'en pondre des pages ou de tomber dans le glauque, on comprend de suite l'horreur que ce fut.

 

Oui, un véritable roman noir, avec des situations sociales qui font mal au cœur et une population prise à la gorge (pour rester polie, parce que certains, c'est pris par les cou***es qu'ils sont).

 

Pourtant, il y a de l'humour dans ces pages, noir, certes, tinté de cynisme, mais de l'humour quand même, et je ne vise pas les blagues foireuses que Lindquist balance à tout bout de champ même à des moments inopportuns. Surtout dans les moments inopportuns, lui qui n'a toujours pas compris quand il devait arrêter.

 

Il a beau être lourd, j'ai eu de l'empathie pour Lindquist qui a sombré dans les médocs après la perte de son bras. Sa manière de planquer ses médocs dans un distributeur Pez nous montre à quel point misérable il en est arrivé, lui qui court toujours derrière son trésor, dans les bayous. Il est chiant avec ses blagues "Toc, toc", mais on ne peut qu'éprouver de l'empathie et de la pitié pour lui.

 

Un roman noir qui se lit tout seul, des personnages bien façonnés, distincts, une plume cynique qui se plante droit dans les fesses de BP, des situations de vie miséreuses - mais certains n'échangeraient pas leur vie contre une autre - des descriptions superbes, une atmosphère de bayou, des dialogues avec de l'humour, de la violence, des psychopathes de haut-vol et un final qui m'a fait monter l'adrénaline.

 

Au bout d'un moment, Hanson retourna la question à Cosgrove et lui demanda comment il avait atterri là.
— Ivresse sur la voie publique, dit Cosgrove.
Hanson secoua la tête et renifla, l'air incrédule.
— À la Nouvelle-Orléans ? dit-il. C'est comme si les flics allaient au cimetière coffrer des gens parce qu'ils sont morts.

 

De la toute bonne came... Pu****, je dois remercier l'auteur en plus de Babelio, moi !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Soleil de nuit


Auteur : Jo Nesbø
Édition : Gallimard (2016)

Résumé :

Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d'Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation.

 

L'argent proposé par un homme qu'il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie. En vain.

 

Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu'il est persuadé d'avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut.

 

Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ?

 

Critique : 

♫ J'irais bien refaire un tour du côté de chez Sames ♪ Relire mon premier roman qui me donnait rendez-vous Chez les rennes ♫

 

Un récit qui se passe dans le grand Nord, au Finnmark, chez les Sames, moi, je ne refuse pas le voyage !

 

Si le précédent opus de Jo Nesbø ne m'avait pas emballé, celui a eu l'effet inverse et m'a emmené loin dans le Finnmark, dans un petit village, sorte de trou du cul de la Norvège, en haut, à gauche, collé à la Russie.

 

Jon Hansen, le personnage principal et narrateur, est devenu le recouvreur de dette - et liquidateur - du Pêcheur, un gros trafiquant de drogue déguisé en honnête marchand de poisson. S'il est frais son poisson ? Je ne sais pas... Mais je ne le lui demanderai pas !

 

Cet Ordralphabétix d'Oslo n'aime pas qu'on le roule, qu'on le baise, qu'on lui chie dans les bottes et vu que Jon a merdé grave parce que c'est ce qu'il vient de faire, notre marchand de poisson frais lui envoie son nouveau liquidateur.

 

Le récit n'est pas linéaire dans le temps : Jon nous raconte son histoire en faisant des aller-retour entre le passé et le présent, nous racontant sa petit vie, son ancien job, son nouveau et ce n'est qu'au fur et à mesure de son récit que nous aurons une parfaite vue d'ensemble.

 

Sa lutte pour échapper au tueur, sa cavale qui a tout d'être sans issue et son échouage dans un village peuplé de bigots læstadien et de Sames athées.

 

Huis clos, humour, voie sans issue, Histoire du Finnmark au travers de son peuple, les Sames et de ceux qui ont vécu la guerre, personnages attachants et plume qui vous emporte pour un voyage au pays du soleil de minuit.

 

Oui, je me suis attachée à ce petit truand de Jon, à Léa, cette femme læstadienne qui a vécu en suivant le Verbe prêché par son père et qui a épousé un homme brutal. Oui j'ai adoré Knut, ce gamin de 10 ans farceur et amitieux.

 

Oui, j'ai tremblé aussi et ce n'était pas de froid.

 

Une histoire passionnante, en quelques 224 pages, même si j'aurais aimé encore en lire plus sur cette région et sur ces gens que j'avais découvert dans les romans d'Olivier Truk.

 

Une histoire qui vous happe pour un tour au pays des rennes et qui ne vous redéposera qu'une fois la dernière page tournée. J'ai encore plané un peu ensuite même si le scénario n'avait rien d'original, le tout était bien présenté et j'ai dévoré la chose.

 

Et le tout sans histoire d'amour guimauve ! Il y a de l'amour dans ces pages, mais ce n'est pas mielleux tout collant.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et le Challenge "Nordique 2016" chez Mes chroniques Littéraires.

 

 

 

Titre : Il reste la poussière


Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (2016)

Résumé :

Argentine, plateaux de la Patagonie. Une steppe infinie, balayée par des vents glacés. C'est là que Rafael, dix ans, grandit dans une famille haineuse.

 

Sa mère s'est endurcie autour d'un secret qu'elle a su garder mais qui l'a dévorée de l'intérieur : une nuit, elle a tué leur ivrogne de père et a coulé son cadavre dans les marais.

 

Depuis, elle fait croire que son mari les a abandonnés, et mène son maigre élevage de moutons et de bœufs d'une main inflexible, écrasant ses quatre garçons de sa dureté et de son indifférence.

 

Mais depuis, aussi, les aînés détestent leur plus jeune frère, né après la disparition du père, et en ont fait la cible de leurs jeux brutaux. Alors Rafael, seul au monde, ne vit que pour son cheval et son chien.

 

Voilà longtemps qu'il a compris combien il était inutile de quémander ailleurs un geste d'affection. Dans ce monde qui meurt, car les petits élevages sont peu à peu remplacés par d'immenses domaines, la révolte est impossible.

 

Critique : 

Direction la Patagonie ! Et à cheval, s'il vous plaît ! Et le premier qui se plaint recevra une torgnole de la mère...

 

La Pampa, en Argentine, là où les gauchos sont les rois, juchés sur leurs petits chevaux secs et nerveux, qui, telle la steppe, ont été façonné eux aussi par les vent froids et le soleil brûlant. Ces petits chevaux qui se rient des sentiers de caillasse et des chemins piégeux.

 

Ici, Florent Pagny ne vous chantera pas "Bienvenue chez moi".

 

Pour celui qui aime la nature hostile, les grands espaces, les chevauchées dures et âpres, le tout inclus dans un roman social, un roman noir, où la misère est aussi celle des cœurs, alors qu'il ouvre ce fabuleux roman de l'auteur.

 

Une mère et ses quatre fils vivent durement dans l'estancia familiale (une vaste exploitation agricole d'Amérique du Sud). La mère a élevée, quasi seule, ses 4 fils. Et à la dure !

Parfois elle se dit qu’elle aurait dû les noyer à la naissance, comme on le réserve aux chatons dont on ne veut pas ; mais voilà, il faut le faire tout de suite. Après, c’est trop tard. Ce n’est pas qu’on s’attache : il n’est plus temps, c’est tout. Après, ils vous regardent. Ils ont les yeux ouverts. Et vraiment la mère y a pensé, mais elle a manqué le coche.

 

La terre et le climat est rude, et la mère aussi. Pas un câlin, pas un mot gentil, pas un merci pour ses fils, elle les houspille sans cesse et règne sur la maison et la propriété telle une dictatrice. Une main de fer dans un gant un crin doublé de mauvaise foi !

Car voilà, quand elle fait les comptes, deux sur quatre, la moitié pour rien. S’il n’y a pas là de quoi s’étrangler de rage. Des années à les nourrir et les élever à la sueur de son front ces gamins, les reins arqués pour tenir le coup. C’est que ça en demande, des efforts ; c’est que ça en mange, des soupées. Juste au moment où ils devenaient forts tous les quatre, et qu’ils prenaient leur part de besogne, la soulageant d’un peu de son fardeau.

Des têtes de cochon, voilà ce qu’elle a récolté, et pourtant elle en a joué, de la trique, mais il en fallait davantage semble-t-il, et elle a eu l’âme trop sensible.

 

Le personnage principal est Rafael... Le plus jeune des fils, celui qui en a bavé le plus, celui qui n'a reçu de l'amour que de son cheval ou de son chien, celui qui est né après la disparition du père,  celui qui fut le souffre-douleur de ses trois frères.

 

Mais le roman ne tournera pas que autour du jeune Rafael, il nous donnera aussi les points de vue des autres frères, ce qui nous permettra d'en savoir un peu plus sur les quelques personnages qui gravitent dans ces terres hostiles dont les jumeaux Joaquin et Mauro et le troisième fils, Steban, dit "Le débile".

 

L'écriture est sèche comme la steppe qui entoure l'estancia. Les relations entre les personnages sont souvent remplie de haine, de violence retenue, larvée, même si les jumeaux sont ceux qui s'aiment le plus.

 

Ici, l'amour ne passe pas, ne capte pas. Ici, c'est le bout du monde, le début du siècle, le 20ème. Ici, pas de civilisation mais des tas de petites exploitations qui périclitent et disparaissent au profit des toutes grosses.

Mais bien sûr cela n’a profité qu’à ceux qui peuvent acheter d’immenses exploitations, s’organiser en firmes, monter des fermes industrielles et des réseaux de transport, oui les petits propriétaires vont disparaître.

 

Ici, il y a encore des petites gens qui veulent résister à l'envahisseur, qui ne veulent pas se faire bouffer, qui tentent de survivre en bossant dur plus de 15h par jour, le cul vissé sur la selle usée de leurs fiers Criollos, tentant coûte que coûte de garder leurs vaches pour ne pas finir berger en gardant leurs moutons.

 

Il y a une profondeur dans ces pages, des personnages taillés à la serpe, façonnés par les vents glacials de la steppe, aux cœurs plus arides qu'un désert.

 

C'est l'histoire d'une vie, de la recherche d'une paix intérieure qui ne viendra qu'au prix de lourd sacrifices. Une vie qui vous abîme vos jeunes années à force d'avoir bossé dur.

 

Je penserai à Rafael en mettant mon pied dans l'étrier... Une pensée émue et sereine.

 

Un roman noir "nature writing" qui m'a remué les tripes...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et le Challenge "Polar Historique" de Sharon.

 

 

 

 

Titre : Dedans ce sont des loups


Auteur :Stéphane Jolibert
Édition : Le Masque (2016)

Résumé :

Aux confins du Grand Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus : hôtel, bar et bordel. Nul ne sait à qui appartiennent les lieux mais ici se réfugie la lie de l’humanité et ici s’épanouissent les plus bas instincts.

Dans ce milieu hostile, Nats fait son boulot avec application, jusqu’au jour où débarque un homme au visage familier, et avec lui, une flopée de mauvais souvenirs.

 

Dès lors, tandis que la neige efface le moindre relief du paysage.

 

Tandis que la beauté de Sarah chamboule son quotidien. Tandis que le vieux Tom lui raconte le temps où les loups tenaient les chiens à distance. L’esprit de vengeance tenaille Nats, impérieux, dévorant.

 

Critique : 

La neige éclatante à perte de vue et pourtant, ce roman est sombre comme les hommes qui l'habitent, mais malgré toute cette noirceur, il y a tout de même quelques lueurs d'espoir au fond de ce trou à rat qu'est le Terminus.

 

Nous sommes à la Frontière, celle du Grand Nord, dans une zone à l'écart de tout, une zone sans droit, sans autres règles que celle du Grand Patron, l'homme qui gère tout caché dans l'ombre.

 

Ensuite, il faudra respecter celles du contremaître, du garde-putes, de l'Irlandais, tenancier du bar Terminus et du Vieux Tom, le bootlegger qui rempli leurs cuves d'alcool distillé par lui-même.

 

Dedans, ce sont des loups et les chiens ne sont pas tolérés dans cette zone où fraye toute la lie de la société.

 

Ici, c'est une meute et si l'homme est un loup pour l'homme, il en est un aussi pour le véritable canis lupus qui courrait, libre, dans ces bois avant de se faire exterminer par l'Homme.

 

Au Terminus, c'est un peu comme à la Légion Étrangère : on ne te demande pas qui tu es en vérité et ce que tu fuis. Pour la plupart, c'est la police.

 

Les personnages qui hantent ces pages ont tout été amoché par la vie et tous trainent un passé plus lourd qu'un boulet et ils tentent de le noyer dans l'alcool ou entre les jambes des 12 prostituées qui opèrent au Terminus.

 

— On se marrait bien, tous les deux, avec mon paternel, avant qu’il se mette dans l’idée de battre le record du monde d’absorption de boisson qui dérouille le foie. Fallait voir ce qu’il s’envoyait, même un pipeline pompait moins de litres à l’heure.

 

Le récit est cohérent, empreint d'une grande profondeur, humain malgré la violence qui règne dans cette zone oubliée de tous. De plus, j'ai aimé le mélange entre passé et présent.

 

La misère, ça pousse n’importe quel gentil à devenir teigneux.

 

L'histoire est comme un moteur qui ronronne et t'entraine toujours plus loin, toujours plus bas, ou toujours plus haut, c'est comme le lecteur le ressentira. Soit il racle le fonds avec la lie tel Sean, soit il s'élève avec Nats et Sarah.

 

Quant à la plume, elle est sans concessions, créant des personnages ni tout bon, ni tout mauvais, chacun ayant l'une ou l'autre chose à cacher et cela nous se divulgué au fil des pages que l'on tourne avec frénésie.

 

C'est tellement bien décrit que tu vois les lieux lors de ta lecture, tu sens la neige froide et humide qui s’immisce dans tes os et les balles te transperceront le corps.

 

Le vieux contrôlait les sorties, les dépenses, la manière de se vêtir de chacun, il contrôlait tout à l’exception de ce qui lui échappait. L’amour. La tendresse.

 

On pourrait dire que le roman regroupe des tranches de vie miséreuse de personnes qui en ont bavé dans leur vie, qui en ont reçu plein la gueule pour pas un balle, des gueules cassées, des blessés de la vie. Mais ce serait oublier la profondeur de son récit car ce roman, c'est plus que ça.

 

Un récit âpre, froid, maîtrisé, cohérent, brut de décoffrage, violent - mais pas de la gratuite - sombre, mais avec une lumière qui brille dans le fond.

 

Bref, encore un putain de roman noir qui te pète à la gueule, qui te traine dans un bar mal famé et où tu hurles à la lune "Encore" tant le style est d'enfer.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Surtensions


Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2016)

Résumé :

Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu'on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ?

 

De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ?

 

Comment cinq criminels - un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur - se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance...

 

Critique : 

J'avais déjà un œuf à peler avec Monsieur Norek suite à un micro-ondes utilisé de manière sadique dans "Territoires", maintenant, j'en aurai tout un carton à peler suite aux conséquences désastreuse d'une vengeance.

 

"Code 93" était trèèès bon, "Territoires" était super trèèèès bon de la mort qui tue, c'est donc avec une certains appréhension et le cœur tremblant que j'ai ouvert cette 3ème aventure de Victor Coste.

 

Pourquoi cette angoisse ? Parce qu'il aurait été très difficile de faire aussi fort que Territoires et que j'avais peur de me trouver face au roman qui annoncerait le chant du cygne.

 

L'auteur est un petit démon... Plutôt que de tenter de faire mieux ou égal à son précédent opus, il a fait "différent".

 

— Parce que c’est un coup parfait, confirma Coste. Profitez-en, c’est assez rare de se faire aussi bien baiser.

 

Exit le personnage principal qu'était la Cité, elle et ses habitants seront un peu mis en retrait et welcome à la prison de Marveil qui nous donnera le "la" en intro.

 

Ensuite, une enquête concernant un enlèvement et une autre sur un braquage qui nous plongerons au coeur de notre équipe de la brigade criminelle du 93, nous permettant de passer plus de temps avec eux, pour mon plus grand plaisir.

 

— Une ado qui n’utilise pas son portable pendant quatre-vingt-seize heures, j’aurais tendance à vérifier son pouls, fit remarquer Johanna.

 

Les enquêtes sont prenantes, on passe des deux côté de la loi : enquêteurs et braqueurs, ce qui donne du peps à l'histoire et sa dose d'adrénaline.

 

La plume m'a, une fois de plus, enchanté et elle griffe toujours autant en disant, noir sur blanc, des vérités que l'on a tendance à oublier, hélas.

 

Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.

 

Certains pourraient trouver que tout se goupille facilement, mais moi, j'aime quand des bandits ou des assassins tombent à cause d'un grain de sable qui est venu se nicher dans leur mécanique parfaitement huilée ou d'une bêtise faite par un membre de leur entourage.

 

Une fois de plus l'auteur nous propose une histoire réaliste, sans tests ADN réalisés pour chaque quart de poil de mollet de fourmi trouvé, sans profilage réalisé à l'aide d'une brosse à dent ou de photos de mauvaises qualité qui, une fois agrandie, vous font découvrir une image dans la rétine du gars.

 

Non, ici, on sent la réalité à plein nez, on sent l'ombre des tours de la Cité, même si elle est moins présente que dans les deux précédents, mais on bouffera le fait que les gens riches peuvent aussi jouer aux salauds finis.

 

Et puis, cette toile d'araignée qu'il est parvenu à tisser dans les pages de son récit... Et ces personnages, travaillés, ni tout bon, ni tout méchant, oscillant dans des nuances de gris, avec leur force, leurs faiblesses, leurs fêlures.

 

Sans compter, cerise sur le gâteau, ces touches d'humour qui parsèment le roman, de l'émotion à l'état brut (j'ai failli lâcher le roman plusieurs fois), du suspense, de l'adrénaline, de réalisme (je l'ai déjà dit ?) et quelques petits clins d’œil à d'autres auteurs, avec des noms de rues ou un rôle de brute épaisse.

 

— Il est tombé une fois avec ce play-boy, un certain Michaël Mention, alias Rhinocéros.

 

Excellent, mais un cran sous Territoires et puis, beaucoup de peine en tournant la dernière page... C'est fini ? Passez-moi des kleenex, merci !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Le Point du polar européen 2016).

 

 

 

Titre : De force


Auteur : Karine Giebel
Édition : Belfond Noir (2016)

Résumé :

Elle ne m'aimait pas. Pourtant, je suis là aujourd'hui. Debout face au cercueil premier prix sur lequel j'ai posé une couronne de fleurs commandée sur internet.

 

Car moi, j'ai voulu l'aimer. De toutes mes forces. De force. Mais on n'aime pas ainsi. Que m'a-t-elle donné ? Un prénom, un toit et deux repas par jour. Je ne garderai rien, c'est décidé.

 

A part le livret de famille qui me rappelle que j'ai vu le jour un 15 mai. De mère indigne. Et de père inconnu. Lorsque j'arrive devant la porte de mon ancienne chambre, ma main hésite à tourner la poignée. Je respire longuement avant d'entrer.

 

En allumant la lumière, je reste bouche bée. Pièce vide, tout a disparu. Il ne reste qu'un tabouret au centre de la pièce. J'essuie mes larmes, je m'approche.

 

Sur le tabouret, une enveloppe. Sur l'enveloppe, mon prénom écrit en lettres capitales. Deux feuilles. Écrites il y a trois mois. Son testament, ses dernières volontés. Je voulais savoir. Maintenant, je sais.

 

Et ma douleur n'a plus aucune limite. La haine. Voilà l'héritage qu'elle me laisse.

 

Critique : 

On commence direct en force avec la mort d'une mère dont le narrateur nous présente comme sa mère, sa mère qui ne l'a jamais aimé.

 

Ça ressemble à du déjà-lu... Comment Karine Giebel va-t-elle réussir à nous présenter une autre histoire, à se renouveler, à me faire vibrer ?

 

Elle doit avoir de la potion magique dans sa plume parce qu'elle y est arrivée ! Après une entrée en matière qui semble classique, on part ensuite sur tout autre chose : l'agression d'une jeune fille - Maud - et son sauvetage par un joggeur, Luc.

 

Puisque mademoiselle est en danger et que son Saint-Luc est bodyguard, pourquoi ne pas l'engager ? C'est ce que le père de Maud fera Armand Reynier, son père, homme riche et respectable mais craint chirurgien.

 

Oui, jusque là, ça semble téléphoné et on sent venir un "Bodyguard 2", sauf que Maud n'a rien d'une chanteuse. Ben non, en fait... on oublie le film !

 

Véritable huis-clos à partir d'un moment dans la maison des Reynier, tensions, mystères... On ne sait plus à quel saint se vouer tant tout le monde pourrait être coupable de trahison ou de double-jeu.

 

Qui joue avec qui ? Qui n'est pas net dans ses bottes dans cette maison ? La bonne Amanda "Leblanc" ? Le jardinier "Olive" ? Le colonel Moutarde ?

 

Quels secrets cachent-ils ? Est-ce la belle-mère Charlotte "Rose" ou le professeur Reynier "Lenoir" ? Mystèèèèère !

 

— Comment vous avez fait pour...
— Pour te retrouver ? Allons, Reynier, réfléchis un instant ! Qui est au courant que tu es ici ?
Armand baisse les yeux, en proie à un terrible doute.
— Alors, qui ? répète le colosse. Luc, Maud et...
— Charlotte, murmure le chirurgien.
— Ta femme, en effet ! Ou bien...ta gouvernante ! A moins que ce ne soit ta propre fille...
Reynier relève les yeux vers le tueur.
— Tu voudrais bien savoir qui t'as trahi, hein ? Mais tu le sauras, ne t'en fais pas.

 

Véritable thriller psychologique avec un père qui étouffe sa fille, une fille qui voudrait que papa lui lâche la grappe, mais bon, pas de trop quand même, une belle-mère jalouse, un bodyguard qui se demande dans quel bordel il est venu se fourrer...

 

Tout le monde est suspect, tout le monde a un truc louche à cacher, des secrets, et c'est au fil des pages que tout nous sera révélé avec beaucoup de suspense et de tensions pour le cœur.

 

Un roman que j'ai dévoré, des personnages peu nombreux mais bien travaillés, un suspense qui monte crescendo, des surprises, de la psychologie, mais je n'ai pas retrouvé la profondeur d'un "Purgatoire des innocents" ou d'un "Meurtres pour rédemption".

 

Malgré tout, j'ai vibré en dévorant ce roman rempli de haine larvée, d'amour étouffant, de relations dominant-dominé, de personnages qui évoluent, en bien ou en mal et de secrets cachés.

 

J'en suis sortie groggy...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

Titre : Trois jours et une vie
 
Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :

"À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.


Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.


Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien…"

Critique :

Malheureux qui, comme Ulysse, finit avec une balle...

 

Difficile de parler de ce roman sans rien déflorer. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'il entre dans le club des "Courts mais bons et intenses".

 

C'est un roman que j'ai lu d'une traite, sur une soirée tant je voulais savoir ce qui allait se produire, comment cela allait se passer, et si la police retrouverait le petit Rémi.

 

Tiraillée je fus entre deux sentiments : celui de la Justice, tout d'abord, parce que tout de même, c'était... On rigole pas avec ça ! Et celui de l'amnistie parce que tout de même, c'était un...

 

Lisez le roman et vous aurez les réponses aux points de suspensions !

 

Et puis, j'ai beau le savoir, ça me retourne toujours autant de voir à quoi tiennent nos existences - à un détail - et comment un fait banal peut les faire basculer dans le chaos et l'abîme.

 

Comment un acte "battement d'aile de papillon" peut, sans qu'on le sache, déclencher un tsunami dans des vies. Ce qui sera le cas pour des personnages de ce roman.

 

Un acte, une réaction disproportionnée mais sans intention de... et bardaf, l'embardée dans l'abîme, des vies gâchées à jamais.

 

Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent.

 

La ruralité est très bien décrite aussi : tout le monde qui connait tout le monde, les rumeurs, les jalousies, le qu'en-dira-t-on, l'opinion des autres, la bigoterie pour certains, l'usine qui nourrit des tas de famille qui est en difficulté, les licenciements, la trouille de perdre son emploi, les vieilles rancœurs...

 

Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.

 

Mais aussi la solidarité avec une famille dont le petit gamin de 6 ans a disparu et l'égoïsme ensuite, après la tempête, car chacun a ses problèmes et celui des autres passera après.

 

– Et mon fils, alors ! hurlait M. Desmedt. Qui va nous aider à le retrouver ? [...]

– Est-ce que tu te rends bien compte de la situation, Roger ?
Tout le monde se retourna.
M. Mouchotte avait croisé les bras dans la position du donneur de leçons qu’il était. Le père d’Émilie était un homme perpétuellement drapé dans la morale. [...]
– Toutes les communications sont coupées, reprit M. Mouchotte, la ville est sinistrée, des familles entières sont à la rue, tu penses peut-être que tu as droit à une priorité ?

Ce n’était pas seulement l’impossibilité d’aider M. Desmedt qui vous étreignait, mais l’impression que la disparition de son petit garçon, aussi tragique soit-elle, serait désormais reléguée au second plan et qu’écartée par des malheurs qui touchaient chacun, elle ne redeviendrait plus jamais une affaire collective.
On ne pouvait pas continuer de chercher cet enfant, on acceptait sa disparition.

 

Mention spéciale à la mère d'Antoine, madame Courtin, une femme d'une telle rigidité qu'on penserait qu'elle a un bâton planté dans le cul. Sa manière d'ériger des barrières, des barrages pour occulter des choses est phénoménal !

 

Beaucoup de tensions, des personnages forts, travaillés avec peu de mots, un récit qui m'a emporté en plein cœur de la tempête de fin 1999 et puis... waw, le coup dans le plexus pour plusieurs choses.

 

♫ J'm'attendais pas à ça ♪  (comme le chantait Patrick Bruel). Le final est... je suis bluffée et quand j'y repense, pas possible que je l'oublie.

 

Mais je n'ai toujours pas tranché si c'était pire ou mieux qu'un autre, ce final. Les punitions et les prisons ne sont pas toujours celle qui ont lieu derrière des barreaux.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

Titre : Le Chant de la Tamassee


Auteur : Ron Rash
Édition : Seuil (2016)

Résumé :

Ruth Kowalsky, 12 ans, se noie dans la Tamassee, rivière de Caroline du Sud, alors que ses parents pique-niquent tranquillement à quelques mètres de là.

 

Le courant étant trop fort à cet endroit, les plongeurs ne parviennent pas à dégager son corps, coincé sous un rocher à proximité d'une chute.

 

Le père de la victime, un banquier qui a des relations, obtient l'installation un barrage amovible pour détourner le cours de l'eau vers la rive droite, contre l'avis des gens du cru qui connaissent le danger encouru.

 

Une guerre s'engage alors avec les écologistes locaux, qui se targuent du Wild and Scenic Rivers Act, loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l'état naturel d'une rivière qui a obtenu le label" sauvage".

 

Très vite, le fait-divers prend une dimension nationale, le cirque médiatique se déchaîne de répugnante manière et des enjeux plus importants que la digne sépulture d'une enfant se profilent : pouvoir local, chantage politique, intérêts financiers.

 

Une jeune photographe de presse, Maggie, native du comté où se joue le drame, est chargée de couvrir les événements.

 

Consciente que l'opinion publique soutient les parents, elle penche affectivement du côté des protecteurs de la nature : comme elle, plus d'un lecteur hésitera entre les deux camps.

 

Critique : 

Munie de mon billet d'avion, je me suis envolée avec Air Ron Rash pour un voyage dont je me doutais que j'en reviendrais conquise et charmée mais aussi éprouvée par la profondeur des textes et des personnages.

 

Direction le comté d'Oconee, en Caroline du Sud, là où coule une rivière, frontière naturelle entre la Caroline du Sud et la Géorgie.

 

Vous mettez un orteil dans l'eau en Caroline du Sud et quelques mètres plus loin, vous êtes en Géorgie ! C'est amusant et la petite Ruth Kowalsky n'en pensait pas moins lorsqu'elle voulu aller se mettre à cheval sur la frontière.

 

En franchissant la Tamasse, c'est le Styx qui l'attendait dans un trou bien traitre de cette rivière tumultueuse et bardaf, ce fut l'embardée, ou plutôt, la noyade pendant que papa et maman avaient le dos tourné.

 

La rivière, cette garce qui n'en fait qu'à sa tête, elle qui bénéficie de la protection du Wild and Scenic Rivers Act (loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l'état naturel d'une rivière qui a obtenu le label" sauvage"), décide de ne pas laisser remonter le corps de la gamine et la garde bien coincée sous un rocher.

 

C'est là que les Romains s'empoignèrent...

 

Ron Rash nous emmène une fois de plus dans une petite ville peuplée d'habitants que certains qualifieraient de "culs terreux", notamment le père de la gamine noyée qui pour le moment se heurte de plein fouet à des écolos gauchistes qui refusent d'entendre parler de l'érection d'un barrage provisoire (quelques heures durant) sur leur rivière sauvage.

 

De ce qui ne pourrait être qu'un banal fait divers, l'auteur s'applique à nous décrire une région sauvage au travers de ses habitants et du regard que portent les autres sur ces gens qui ne vivent pas vraiment comme eux.

 

Un dilemme cruel se joue sous nos yeux : la sauvegarde d'une rivière, l'envie de ne pas créer un précédent en accordant le droit de monter un barrage amovible et celle d'accorder à des parents éplorés le droit de récupérer le corps de leur fillette pour l'enterre dignement.

 

Brennon semblait abasourdi. « Êtes-vous en train de me dire que vous ne voudriez pas que je construise ce barrage s’il s’agissait de votre fille ? » a-t-il demandé.

Luke a rendu les photocopies à sa voisine. Il a ôté ses lunettes et les a remises dans la poche de sa chemise. « Je n’ai pas de fille, a-t-il dit, d’une voix qui n’était plus belliqueuse mais presque tendre. Pourtant, si j’en avais une, qu’elle était morte et que je savais que rien ne lui rendrait la vie, je ne vois pas de meilleur endroit que la Tamassee où je voudrais que son corps repose. Je voudrais qu’elle soit là où elle ferait partie de quelque chose de pur, de bon, d’immuable, ce qui nous reste de plus proche du paradis. Dites-moi où, sur cette planète, il y a un endroit plus beau et plus serein. Indiquez-moi un lieu plus sacré, monsieur Brennon, parce que je n’en connais pas. »

 

Deux journalistes pour couvrir les débats dans cette petite ville : Maggie Glenn, native du comté et Allen Hemphill, finaliste à un prix Pulitzer, vont être, eux aussi, les acteurs de ce drame qui se joue à guichet fermés.

 

Sans juger l'un ou l'autre point de vue, l'auteur nous décrit les événements qui vont découler de tout ceci.

 

De sa plume toujours aussi enchanteresse, il déroule son récit tout en faisant bouger ses personnages sur un grand échiquier, nous confrontant à leurs soucis, leur vie, leurs emmerdes et leurs rancœurs, telle Maggie envers son père.

 

Nous n'avions rien ajouté. Tout ce avec quoi nous pouvions nous blesser, nous l'avions dit. Nous étions donc restés plantés là en silence, papa et moi, comme des boxeurs qui ont asséné meurs meilleurs coups et constatent que leur adversaire est toujours debout.

 

L'Enfer est toujours pavé de bonnes intentions et ce sera au lecteur d'établir son propre jugement, s'il le désire.

 

Qui est responsable de tout ce merdier ? Les parents qui ont eu deux secondes d’inattention ? Eux aussi parce qu'ils veulent absolument récupérer le corps de la gamine après 5 semaines d'immersion dans l'eau ?

 

Le concepteur du barrage qui a pris tout le monde de haut, pensant qu'ils n'étaient que des culs-terreux ? La rivière qui ne se laisse pas dompter ? Ou bien tout le monde est coupable à différentes échelles, donnant tout ce gâchis ?

 

Un roman fort, une fois de plus, des personnages bien décrits, en peu de mots, attachants et exaspérants parfois.

 

Lire Ron Rash, c'est entrer de plein fouet dans une région, dans la vie des habitants, dans leur intimité et assister, impuissant, aux déroulements des choses. C'est toujours puissant.

 

Un récit qui m'a envouté mais avec moins d'émotions que celles ressenties durant la lecture de "Une terre d'ombre".

 

Le "Challenge US" chez Noctembule et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (231 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Rural Noir


Auteur : Benoît Minville
Édition : Gallimard - Série Noire (2016)

Résumé :

Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un "gang" insouciant.


Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l"innocence.


Après dix ans d'absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.


Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du "country noir" américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d'une "France périphérique" oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l'amitié, la famille, la culpabilité. 

 

Critique : 

Rural Noir, ce pourrait être le nom donné à une nouvelle série qui explorerait le Roman Noir dans ce qu'il a de "rural", la cambrousse...

 

Parce que si la banlieue c'est pas rose, la banlieue c'est morose, faut pas se leurrer non plus, la campagne n'est pas toujours aussi bucolique que les citadins pourraient le croire.

 

Ce Roman Noir explore deux périodes d'une bande de copains, sorte de Club des Cinq sans le chien et dans sa version un peu moins sage puisque nos ados de 14 ans picolent un peu, fument et ont, pour certains, déjà fourré leurs doigts là où il ne fallait pas... enfin, si, c'est là qu'il fallait les mettre. Bref, vous voyez ce que je veux dire.

 

La première période correspond bien entendu à une époque où Romain, Vlad, Julie avaient 14 ans et Chris, le plus jeune, 12 ans. Ils forment une bande, un "gang" et cet été là, un événement viendra foutre en l'air leurs vacances.

 

Mais avant que l'on apprenne ce qu'il s'est passé, nous aurons droit aux bêtises d'une bande d'ados, à leurs chamailleries, leurs bêtises, leurs bagarres, les petites jalousies, les premiers émois amoureux...

 

On se retrouve dans cette bande de gamins... Surtout si l'on a grandi à la campagne et que l'on occupait ses mois de vacances à sillonner la région en pédalant ferme.

 

L'autre période, c'est maintenant. Romain a un jour planté son jeune frère, Chris, après la mort de leurs parents et 10 ans après, il fait son grand retour dans le bled où tout à bien changé.

 

Beaucoup de tensions et de secrets, dans ces 245 pages qu'on ne lâche pas avant de les avoir toutes avalées.

 

Si les deux frères sont heureux de se retrouver, il y a de la colère dans le cadet, colère qu'il aimerait diriger vers son aîné, mais qu'il garde en lui. Quant à leur copain Vlad, le Captain du gang, il a bien changé et pas dans le bon sens.

 

Toute la ruralité est exprimée dans ce roman : plus d'industries à fermer, les agriculteurs qui comment à manquer d'air, les commerces qui ont fermés, les cafés aussi et la drogue qui circule de plus en plus.

 

Une ambiance lourde dans ce récit, oppressante, comme un soir d'été caniculaire où l'orage menace d'éclater dans le ciel. On aimerait que ça éclate, mais on sait que lorsque cela arrivera, des mots seront dit et ils feront mal.

 

Heureusement qu'il y a les passages dans le passé pour adoucir un peu tout ça, même si on sait que l'on va au devant de révélations terribles pour que tout ait éclaté de la sorte ensuite.

 

Si les personnages principaux sont bien esquissés et que l'on peut se retrouver dans cette bande de gamins, leurs portraits adultes sont réussis aussi et les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus.

 

L'écriture de l'auteur est bien dosée, ni trop dure, ni trop douce, pas coupée avec de la mauvaise encre ou du marshmallow. C'est du brut noir de noir que tu avales.

 

Un roman noir avec une sacrée dose d'amitié, de fraternité, l'histoire d'un gars qui est parti du mauvais côté, mais que ses amis ne renient pas, même si les aléas de la vie les ont séparé.

 

C'est rempli de valeurs qui me sont chères, ce sont mes racines, c'est bourré de violence larvée à laquelle on lâche la bride de temps en temps. Il y a de la nostalgie, des regrets, des pardons qui ne viennent pas, des vieilles rancœurs, des vengeances...

 

Rural Noir, c'est à la vie, à la mort, à l'amitié, à la fraternité. C'est la cambrousse mais tu évites la bouse de vache à tes chaussures. Quoique, on marche dedans.

 

Bon sang, vous êtes encore à me lire alors qu'il faudrait plutôt allez lire ce roman !!

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (245 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Un prisonnier modèle


Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :

Joe Middleton s’est tiré une balle dans la tête. Par malheur, il s’est raté et a atterri à l’hôpital, escorté par une horde de policiers qui se demandent déjà s’ils n’auraient pas mieux fait de l’achever discrètement. Peut-être en effet auraient-ils dû.

Un an plus tard, Joe est toujours derrière les barreaux d’un quartier de très haute sécurité, accusé d’une série de meurtres plus horribles les uns que les autres. En attendant son procès, qui doit s’ouvrir quelques jours plus tard, il s’apitoie sur les vicissitudes de sa vie de détenu et tente encore de se faire passer pour un simple d’esprit auprès des différents experts en psychiatrie.

Mais pour ceux qui connaissent mieux Joe sous le nom du Boucher de Christchurch, seule une mort rapide est souhaitable.

 

À commencer par son ex-complice qui compte bien le faire abattre avant son entrée au tribunal ; Raphael, le père d’une de ses victimes, qui veut plus que tout au monde voir Joe payer ses crimes ; ou encore Carl Schroder, l’ancien policier qui a arrêté le tueur en série…

 

Critique : 

Quel plaisir de retrouver Joe Middleton, notre fameux Joe-Le-Lent, Boucher de Christchurch de son état. Non, il ne découpait pas des côtelette à la boucherie Sanzot, Joe, c'est tout simplement premier serial-killer qui m'avait fait rire.

 

Ici, on rigole moins... Joe est en prison - c'est sa place - et il n'a pas changé d'un iota : il pense toujours qu'il peut berner les gens, que lui seul a des droits et qu'on ne les respecte pas), que tout ceci est une erreur et qu'il va sortir libre de la prison avec sa ligne de défense imparable qui est "Je ne se souviens de rien".

 

C'est bien connu, en prison, il n'y a que des innocents et niveau mauvaise foi royale, Joe n'est pas le seul champion du monde, la concurrence est rude avec Kenny-Le-Père-Noël.

 

— C’est dingue les trucs qui nous font paraître coupables, lui dis-je. Merde, le fait que tu te sois fait prendre dans une bagnole volée en costume de Père Noël avec un gamin enfermé dans le coffre, ça veut rien dire.
— Exactement, convient Kenny.
— Et le fait que c’était en avril n’a pas aidé. Ça t’a fait sortir du lot.
— Exactement. Alors quoi, c’est un crime maintenant de porter un costume de Père Noël à Pâques ?
— Ça devrait pas l’être. Tu crois que c’est un crime d’être déguisé en lapin de Pâques à Noël ?
— Et comment je pouvais savoir que ce gosse était dans le coffre ?
— Tu pouvais pas.
— Et je volais pas la bagnole, je croyais que c’était la mienne. Elle ressemblait à la mienne. Et il faisait noir. L’erreur est humaine.
— Les choses paraissent différentes dans le noir, dis-je.
— C’est ce que je veux dire. Ce gamin, il croit que c’est moi qui l’ai enlevé, mais comment il pourrait le savoir vu que je lui avais bandé les yeux ?
— Très juste. 

 

Surprise je fus à la découverte d'une suite de "Un employé modèle". Que pouvait-on dire de plus ? N'allait-on pas tourner en rond et perdre le bénéfice d'une super lecture lors du premier opus ?

 

Vu les critiques élogieuses de mes potes blogueurs, j'ai ouvert le roman confiante, mais méfiante tout de même... Joe-Le-Lent aurait pu les payer pour qu'ils vantent la suite des ses aventures.

 

La suite est tout simplement jubilatoire, comme la première, mais dans un tout autre registre.

 

La plume de Paul Cleave est toujours remplie d'humour noir et de cynisme.

 

Le roman, lui, est composé d'une recette imparable qui comprend : du suspense, du mystère, des bons mots, des situations cocasses, des rebondissements, des changements de points de narrateurs...

 

Quant aux personnages, ils sont travaillés, on les connait, on a suivi leur parcours, ils ont leur force, leurs faiblesses. Pas de dichotomie entre les bons et les méchants, personne n'étant tout blanc ou tout noir. Quant à la mère de Joe, elle mérite l'Oscar du personnage le plus à l'Ouest !

 

Sans oublier que dans tous les romans de Paul Cleave interagissent entre eux, les personnages de l'un se retrouvant cité dans un autre, ou passant faire un petit coucou dans un autre... C'est une véritable toile d'araignée où tout se tient à merveille.

 

Il n'est pas nécessaire de les avoir tous lus pour comprendre, mais cela ajoute du piment pour le lecteur qui l'a fait, bien que ma mémoire passoire m'ait fait oublier des tas de petits détails.

 

Un employé possédait SA scène culte (dans le parc), les hommes doivent s'en souvenir, de cette perte. Et bien, la suite en possède une autre qui m'a donné envie de vomir tout mon quatre heures et mon midi aussi. Beurk !

 

Les gardiens de prison sont fort devant notre Joe emprisonné, mais ils feraient moins les mariolles et les durs devant un Joe en liberté ! Mais bon, ça risque pas.

 

« Bon appétit1 », me lance Adam, ce qui, je suppose, signifie Va te faire foutre en latin.
Je déballe le sandwich et ouvre le pain. Il y a des poils pubiens entre une tranche de fromage et une tranche de viande, suffisamment pour tricoter un pull à une souris – ce qui est ironique, car la dernière fois qu’Adam m’a apporté un sandwich, il y avait une souris crevée dedans. Je le remballe et veux le rendre à Adam, qui ne le prend pas.
« C’est soit ça, Middleton, soit tu crèves la dalle.
— Alors je crèverai la dalle. »
De la même manière que j’ai crevé la dalle après le sandwich au Mickey.

 

Une chose m'a fait réfléchir avec le comportement des gardiens de prisons et de certains flics...

 

A-t-on le droit de rabaisser un prisonnier accusé de multiples meurtres en lui faisant des saloperies ? Ne se met-on pas à son niveau en faisant cela ? Les flics auraient-ils bien fait s'ils avaient descendu Joe par "accident" lors d'une fausse tentative d'évasion ? S'ils l'avaient fait, cela aurait évité bien des drames.

 

Mais si on cautionne ce genre de comportements, n'est-ce pas la porte ouverte à tout et n'importe quoi, dont la déshumanisation de ceux qui se doivent d'être droit ?

 

Une suite aussi jubilatoire que le premier tome, mais dans un registre différent, des retournements de situation, des chocs pour le lecteur, du suspense, du rire, de la peur, des petites subtilités, des questions que l'on se posera, pas de jugements, une intrigue complexe, de haut-vol, un puzzle dont les pièces se mettront en place lentement mais sûrement et des personnages qu'on prend plaisir à retrouver.

 

Un conseil : ne faites jamais confiance à Joe-Le-Lent... Ni à Mélissa X ! Mais plongez sans crainte dans cette suite délectable que le beau Paul Cleave nous a rédigé de sa petite plume acérée et jouissive. 

 

J’ai un jour donné un coup de pied dans les couilles à un sans-abri et menacé de lui foutre le feu dans cette rue – même si, évidemment, je plaisantais. Je ne suis pas sûr qu’il ait saisi la plaisanterie – c’est le problème avec les gens, ils ne comprennent pas l’ironie.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (565 pages - xxx pages lues sur le Challenge)

 

 

 

 

Titre : Promesse


Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :

Bornholm, une île danoise de la mer baltique, fin des années 1990. Le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans un arbre, son vélo broyé au bord de la route. Aucune trace du chauffard : affaire classée.

 

Sauf pour un inspecteur de la police locale qui finit dix-sept ans plus tard par demander l'aide de l'inspecteur Carl Mørck. Avant de se tirer une balle dans la tête.


À l'initiative de Rose, l'assistante du flegmatique Mørck, l'insolite trio du Département V en charge des cold cases débarque sur l'île de Bornholm. En remuant le passé, ils prennent le risque de réveiller de vieux démons...

 

Critique : 

Lire le dernier Adler-Olsen, c'est comme revoir des amis très chers chez soi, des amis que l'on ne verrait qu'une fois par an.

 

Alors, on est partagé entre la hâte de les retrouver tout de suite ou l'envie de faire trainer les choses pour ne pas que le plaisir finisse si vite et devoir attendre 1 an avant de les retrouver...

 

Notre trio - quatuor en comptant Gordon - est toujours aussi frappadingue.

 

Entre le vice-commissaire Carl Mørk qui ne demande qu'à poser ses pieds sur le bureau pour une sieste; son adjoint Assad, le ténébreux et mystérieux syrien avide de citations sur les camélidés et Rose la... pétillante (veux pas risquer de perdre ma vie en écrivant qu'elle est plus barrée que les 2 autres), on peut dire que l'équipe est originale et sors des sentiers rabattus des équipes de flics.

 

Mais le vent de Sibérie était une tiède brise comparé au regard glacial de Rose.

Assad secoua la tête, l’air désolé. Il ne devait pas y avoir de dicton de dromadaire qui convienne à la situation.

 

Un cold case qui va les entrainer sur des pistes plus froides que la libido d'une nonne morte il y a 600 ans, des indices plus maigres qu'un moineau qui mange pas et cette horrible sensation qu'ils sont dans une impasse et qu'ils n'arriveront pas à faire la lumière sur cet accident qui eut lieu vers 1999.

 

Servi par une écriture qui fait mouche et un scénario tip-top composé de l'enquête et des moments de vie, notre équipe va remonter la piste cahin-caha, entrainant le lecteur avec lui pour arriver à un final inattendu et à cent lieues de ce que je pensais. L'auteur m'a encore bien berné.

 

— Tu es drôlement pâle aujourd’hui, Rose. Mais au moins on avance, comme le chameau dit au dromadaire qui se plaignait de son cavalier qui lui donnait des coups de cravache.

 

Ce que j'aime, avec cette équipe, c'est qu'au fil de leurs enquêtes, on en apprend un petit peu plus sur eux et je dois dire qu'il y a des secrets assez chaud boulette dedans ! Mais je ne sais pas encore tout... Déjà que le cousin a lancé un pavé dans la mer suivit par un hypnotiseur... Ça promet pour la suite.

 

Mon seul bémol sera pour le manque d'émotions... Ici, nous sommes face à un excellent cold case, certes, mais qui n'explore pas une partie sombre du Danemark.

 

Le frère de Merete m'avait émue dans le premier, j'avais frémi de dégoût devant les frasque des étudiants dans le 2ème, les femmes de l'asile m'avaient fait mal au cœur dans le 4ème (pas lu le 3ème) et Marco du 5ème tome m'avait mis de l'eau dans les yeux.

 

Ici, nous avons une enquête, excellente et qui réserve son lot de surprise, mais je n'ai pas sorti les kleenex comme d'habitude.

 

Un trio hors norme, des personnages bien calibrés, une enquête palpitante, un pied dans deux époques, une piste froide mais qui se réchauffe au fil des pages, de l'humour, des dictons sur les chameaux ou les dromadaires, du cynisme, du suspense, un final survolté (mdr), des références à Holmes et l'envie de retrouver mes amis du Département V l'année prochaine.

 

— Élémentaire, mon cher Watson. Si vous me permettez, répliqua Rose.

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour imaginer ce qui s’était passé cette nuit, et s’en amuser.

 

Avec le côté sombre du Danemark et l'émotion, je l'espère, parce que l'auteur est doué pour me coller une crasse dans l’œil. Juste un 4/5 pour cette fois.

 

Parce que, comme disait le dromadaire au chameau : l'humidité de l’œil, c'est important.

 

— Vous avez déjà marché contre le vent derrière un chameau qui a la colique, chef ? demanda Assad après avoir reniflé l’air ambiant.

— Ouh là là ! gémit Assad en voyant l’étendue du désastre. Vous ne connaissez pas le dicton, chef, alors : Un homme avisé ne pisse pas contre le vent.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et le Challenge "Nordique 2016" chez Mes chroniques Littéraires.

 

 

 

Titre : Retour à Oakpine


Auteur : Ron Carlson
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :

La petite ville d'Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c'est à cela qu'aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida.

 

Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents.

 

Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d'enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd'hui à un tournant de leur existence.

 

Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent.

 

Avec pour décor des images lumineuses et émouvantes de l'Ouest américain, Ron Carlson dépeint toute l'humanité de ses personnages et offre un portrait bouleversant de l'amitié, dans un nouveau roman qui confirme son infini talent à sonder les âmes.

 

Critique : 

♫ C'est un beau roman, c'est une belle histoire... ♪

 

Oui, voilà comment on pourrait résumer ce roman qui ne comporte pas de meurtres, de cadavres ou de tout autre ingrédients qui me font monter mon plaisir habituellement.

 

Ici, c'est une vieille histoire d'amitié entre 4 garçons qui, après la mort du frère aîné de l'un d'eux, se sont séparés, chacun sa route, chacun son destin...

 

Et puis, un jour, l'un d'eux fait son grand retour à Oakpine : malade du SIDA, Jimmy s'en revient chez ses parents qu'il avait quitté un peu brutalement lorsqu'il était jeune et son père refuse toujours de lui adresser la parole.

 

Lorsqu’il entendit la voix de son père, il sentit quelque chose se déchirer dans son cœur, comme une feuille de papier qu’on déchire, qu’on déchire lentement, la page d’un livre, mais la déchirure était si ancienne.

 

Puis, quelques jours auparavant, c'est Mason, avocat, un autre du groupe qui est revenu pour vendre la maison de ses parents... Lui aussi a des vieilles blessures mal refermées et l’impression qu'il est passé à côté des choses essentielles de la vie.

 

C'est fou comme les grandes amitiés de notre jeunesse résistent souvent peu au passage à l'âge adulte.

 

Craig, Frank, Jimmy et Mason. De vieux potes qui répétaient dans le garage de l'un, chacun a suivi sa route et ils se sont un peu perdu de vue, totalement, même, pour certains. Ne sont resté à Oakpine que Craig et Frank.

 

L'écriture est belle, sans pour autant être pompeuse ou pompante. Elle est joyeuse, gaie, triste parfois, remplie de souvenirs que ces gamins ont partagés un jour dans cette petite ville du beau Wyoming.

 

Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité.

 

La plume de l'auteur vous prend par la main afin de vous montrer cette belle et vieille amitié qui renaît tout doucement de ses cendres, tel le Phoenix, il vous parlera aussi de l'amour qui peut aussi prendre des tournants inattendus ainsi que des espoirs que certains avaient en sortant de Terminale et qui se sont mués en désillusions.

 

Ce roman n'est pas à lire en espérant qu'il se passera un truc de fou, c'est juste l'histoire de 4 mecs, de leur famille, leurs enfants (quand ils en ont) qui aspirent eux aussi à une autre vie, comme leurs parents en leurs temps; ces 4 garçons dans le vent qui, un jour, montèrent leur groupe de musique sans jamais se prendre pour les Rolling Stones.

 

Ces garçons, qui, comme nous en sortant de notre dernière année, la Terminale (ou la Rétho, en belgique), avaient de grands projets, de grandes ambitions et qui sont passé à côté de bien des choses.

 

C'est plus qu'un roman sur l'amitié qui a tout de même perduré, malgré le temps, ce sont aussi des personnages empreints d'une humanité, des gens qui, même sans s'identifier à eux (j'ai jamais joué de la musique dans un groupe), arrivent à vous faire sentir bien dans leurs pages.

 

Venant d'un petit patelin, moi aussi je me suis exilée ailleurs parce qu'il n'y avait aucun avenir à rester là, tout comme beaucoup de jeunes d'Oakpine firent et feront. La désertion sociale, ça me connait...

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire...

 

Ou comment passer un moment de grâce dans un roman...

 

Le "Challenge US" chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

 

 

 

 

Titre : La nuit derrière moi


Auteur : Giampaolo Simi
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :

J'ai une deuxième vie : celle de Furio Guerri, le monstre. ". C'est ainsi que commence la confession du héros de ce livre, commercial dans une société d'imprimerie, bien sous tous rapports. Soigner son sourire et ses chaussures, tel est le secret, selon lui, du bon vendeur.

 

Il a une belle maison dans la province de Pise, une femme qu'il aime, une fille pour qui il s'efforce d'être un père présent et compréhensif. Un modèle.

 

Mais, derrière les apparences, il y a la face obscure de Furio, qui passe certaines de ses journées sous une identité d'emprunt, rôde pour une raison obscure près d'un lycée, et épie les jeunes filles.

 

Quand il commence à connaître quelques soucis professionnels et qu'il découvre que sa femme, Elisa, lui cache des choses, son "vernis de respectabilité" commence peu à peu à se fissurer.

 

La tension monte, jusqu'à devenir insupportable. Va-t-il parvenir à se contrôler encore longtemps ? 

 

Critique : 

Si je devais faire une comparaison entre ce roman et un cheval e course, je dirais que de prime abord, en regardant son pedigree, il casse pas trois jambes à un pur-sang !

 

Le coup de l'homme qui est un monstre, qui nous raconte sa vie, ma foi, c'est du déjà lu et la course sera vite jouée.

 

C'est ce que j'ai pensé en ouvrant tout de même ce roman dont mes potes blogueurs disaient le plus grand bien.

 

Pourtant, après une cinquantaine de pages de chevauchée molle, pour moi, il avait tout de l'outsider tocard qui ne gagnerait jamais un Grand Prix d'Amérique ou même le Grand Steeple Chase !

 

Je suivais, sans plus, la vie de VRP de Furio Guerri, qui tout en nous expliquant qu'il était un "monstre" nous parlait de sa petite vie pèpère, de sa femme, de la fille, un peu trop enfant gâtée et que j'aurais bien baffée.

 

Certes, niveau coups bas dans le boulot, c'est un salaud, mais rien de neuf sur le champ de course et pas de quoi en faire un monstre puisque, jusqu'à présent, Furio n'avait rien d'un Furioso.

 

Sorry, mais je ne l'avais toujours pas vu enlever des petites filles, torturer des jeunes demoiselles ou éventrer des putes à Whitechapel ! Ah non, nous sommes en Italie (à Pise) on dira à "Cappellabianca".

 

Non, jusque là, notre tocard se contentait d'observer des jeunes adolescentes dans une cour d'école et de jouer aux réparateurs informatique non conventionné.

 

Et puis tout à coup, tel Ourasi le roi fainéant, voilà que notre Furio mets les gaz en grand et me prends le mors aux dents pour un galop infernal, dépassant les grands champions qui pensaient avoir course gagnée.

 

Moi qui le prenait pour un tocard, moi qui croyait la course jouée - au moins cent fois, telle la soupe réchauffée - moi qui pensait être en face d'un bête récit de serial-killer qui ne killait pas, et bien, j'en ai pris pour mon grade et je n'ai plus qu'à aller réviser mes Galops sur un vieux cheval de carrousel.

 

Méfiez-vous des monstres qui se cachent sous d'innocents habits de VRP avec des chaussures cirées... Méfiez-vous du tocard sur lequel vous n’auriez pas parié un kopeck et qui avait une cote de 400 contre 1 car il pourrait vous surprendre par un galop furieux, le Furio !

 

286 pages que je comptais lire à un train de sénateur et qui m'a fait faire des heures supp' tant je voulais le terminer avant d'aller au lit. Le réveil fut dur le lendemain.

Le suspense est distillé avec plus de discrétion que du produit dopant dans le moteur d'un vélo au Tour de France, c'est à l'insu de votre plein gré, le tout sans débauche de violence, sans effusion d'hémoglobine, sans cadavres empilés à tous les chapitres.

 

Non, la violence, elle sera psychologique. Nous avons beau être à Pise, le récit ne s'écroulera pas et ne penchera jamais vers le n'importe quoi ou le non plausible.

Pour un canter (galop d'essai) ce ne fut pas une promenade de santé... j'ai pris un pied au cul alors que je ne m'y attendais pas du tout.

 

Allez, Furio, on rentre à l'écurie parce que là, je suis cassée à cause de toi.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016).

 

 

 

Titre : Corrosion


Auteur : Jon Bassoff
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :

Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac.

 

L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat.

 

Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte.

 

Critique : 

Qui a éteint la lumière ? Parce que ce roman est noir de chez noir. Il n'y a d'ailleurs personne à sauver dans ses pages.

 

Si la corrosion désigne l'altération d'un matériau par réaction chimique avec un oxydant, ici, il est question que de corrosion de l'âme des gens, de leur cœur, de leur esprit.

 

Et quand la corrosion lente commence, on ne l'arrête plus.

 

Le début nous présente Joseph Downs, un vétéran d'Irak, le visage mutilé par la guerre... Mais il n'a pas que ça de mutilé, son âme aussi l'est.

 

Dans cette histoire, tout n'est que noirceur, crasses, ténèbres et j'en passe. C'est noir de chez noir et même pas un petit peu blanc.

 

J'ai eu un peu de mal au début, avec la narration inhabituelle des dialogues : pas de tirets cadratins, pas d'ouverture de guillemets mais des dialogues plaqués sans rien sur la feuille, au milieu des autres phrases.

 

Le deuxième récit est encore plus noir que le premier (j'aurais pas cru ça possible) et la corrosion de l'âme de Benton Faulks se réalisera sous nos yeux horrifiés, pétrifiés, avant que le récit ne revienne ensuite dans sa troisième partie sur Joseph Downs.

 

C'est à ce moment là que l'ultime corrosion sera atteinte. Comme quoi, c'est toujours possible de faire pire que le précédent.

 

Un roman noir de chez noir mais qui ne m'a pas fait battre le cœur. J'ai frémi, j'ai été horrifiée mais pas conquise à cent pour sang.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

 

 

 

Titre : Une affaire de sang - Une aventure inédite de Sherlock Holmes


Auteur : Bonnie MacBird
Édition : City Editions (2016)

Résumé :

Londres, 1888. Sherlock Holmes est déprimé après une enquête désastreuse. Même son fidèle Watson ne parvient pas à le sortir de la léthargie dans laquelle l’enquêteur de choc s’enfonce.

 

Jusqu’au moment où une lettre lui parvient depuis la France. Elle est signée de Mademoiselle La Victoire, une star de cabaret, qui a besoin de l’aide de Holmes. Le fils illégitime qu’elle a eu avec un lord anglais vient en effet d’être enlevé.

 

À Paris, Holmes découvre que cet enlèvement n’est que la partie émergée d’une affaire tentaculaire. Une inestimable statue a été dérobée et des enfants employés dans une usine de soie disparaissent les uns après les autres.

 

Les indices conduisent à un seul et même homme qui semble intouchable. Et extrêmement dangereux….

 

Critique : 

1888. Londres et Sherlock Holmes se remettent péniblement des meurtres atroces de Jack The Ripper, à la différence que Holmes le fait avec de la cocaïne et s'enfonce de plus en plus dans la léthargie.

 

L’abattement du grand détective est complet. Tellement complet qu'il se fiche pas mal du vol de la déesse de la Victoire trouvée à Marseille et qu'il a réussi à foutre le feu dans son appart !

 

Watson ne sait plus à quel saint se vouer...

 

Heureusement, une missive originale vient de tomber dans les mains du grand détective. Ouf, sauvé ! Il veut bien s'en occuper, de cette affaire d'enlèvement, le voilà même qui vient de se reconnecter et de repartir comme en 40 !

 

Allez, Watson, the game is afoot ! On oublie le vol de la déesse de la victoire, la fameuse Nikê, et on s'occupe de la disparition du gamin de la demoiselle.

 

Après une brève visite à Paris pour rencontrer sa cliente, la jolie Mademoiselle La Victoire, chanteuse de son état; vite, une visite au cabaret du Chat Noir, à Montmartre; hop, une rencontre avec Toulouse-Lautrec et avec un espèce détective du dimanche qui se prétend être le descendant de Vidoq...

 

Purée, on commence sur les chapeaux de roues - sans aller trop vite non plus - avec cette traversée de Manche pour une petite visite à Paris qui sera toujours Paris.

 

J'ai aimé l'ambiance enfumée des cabarets, mais je me plaindrait du service car on m'a servi une fée verte et non le mojito commandé ! Mdr

 

Allez, on reprend le chemin inverse après notre petite enquête dans la ville lumière et voilà nos amis qui reviennent en Angleterre pour la suite de leur affaire.

 

Direction le Lancashire, ses campagnes isolées, ses petits villages sinistres et les horreurs qui y ont lieu à l'insu de tous. Tout bon holmésien le sait !

 

Du rythme, du dépaysement, deux enquêtes qui bougent, qui ont l'air différentes mais peut-être pas tant que ça, de l'action, des déguisements en tout genre, des déductions et un Sherlock Holmes en difficulté, parfois. Il est humain, aussi.

 

Les personnages de Holmes et Watson sont bien campés, ce ne sont pas les originaux, mais ils y ressemblent fort. Quant à Mycroft, il reste fidèle à lui même, tirant les ficelles depuis le Diogenes Club.

 

Le reste des personnages est bien décrit aussi, que se soit la demoiselle La Victoire ou le fameux - fumeux ? - descendant de Vidoq qui a tout de la grande gueule.

 

L'aristocrate auquel Holmes va devoir se frotter a tout d'un taré de collectionneur - et il l'est ! - mais son personnage n'est pas figé, et c'est encore mieux. Sera-t-il pire ? Je ne puis vous le dire...

 

Si le format des nouvelles vont mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes que les romans, ici, ce n'est pas le cas : cette affaire lui va comme un gant ! On part d'un point et on arrive à un tout autre, ce qui rend les choses plus piquantes.

 

On croit que tout est terminé et ben non, il y en reste sous le coude et hop, ça rebondit.

 

Bref, 296 pages de plaisir à l'état brut qui a fouetté mes plaisirs de lecture. Oui, fouetté... les lecteurs seront les seuls à comprendre l'astuce.

 

Un roman qui plaira aux holmésiens comme aux novices. Une belle aventure, des rebondissements et des personnages au poil (mais pas à poil).

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Challenge "Polar Historique" de Sharon, le Challenge "Sherlock Holmes" de Lavinia sur Livraddict, le Challenge "Victorien" chez Camille, le "Challenge US" chez Noctembule, le Challenge "XIXème siècle" chez Netherfield Park, "A year in England" chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (296 pages - 1521 pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Viens avec moi !


Auteur : Castle Freeman Jr.
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :

Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.

 

Bien résolue à afronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.

 

Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.

 

Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l'aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.

 

Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s'expliquer avec lui.

 

De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s'annonce promet d'être mouvementée, l'affrontement final terrible.

 

Critique : 

On pourrait résumer en disant que c'est l'histoire de deux gars qui vont aider une bonne femme qui a bien des soucis avec l'espèce de caïd de la région :  Blackway.

 

Rien que son nom, ça sent déjà l'homme malfaisant, l'homme que tout le monde craint, l'homme qui pense que tout lui est dû et que si vous n'êtes pas d'accord pour lui faire ce don désintéressé, et bien, il le prendra à l'insu de votre plein gré.

 

Une fois de plus, je viens de plonger dans un infâme trou du cul du Vermont nommé Est Connardville par le regrétté Kevin qui est parti la queue entre les jambes à cause justement de Blackway.

 

Dans le couple que formait Kevin avec Lilian, c'était elle qui portait la paire de... la paire de vous devinez quoi ! Notre Lilian nationale, elle en a marre des agissements de Blackway, du fait qu'il la suive, qu'il lui ait bousillé sa bagnole et bien d'autres saloperies encore dont je tairai la chose.

 

Le sherif ne sachant pas appliquer la loi, il lui conseille de s'adresser à ce que je nommerai "une bande de paumés" qui passent leur journée à boire et à bavasser dans le vieux moulin de Whizzer.

 

Elle s'en ira régler son affaire avec Lester, un vieux qui a dû voir Napoléon perdre à Waterloo - morne plaine - et le jeune Nate qui lui ne pourra pas revendiquer le surnom de Futé, juste celui de Bison car il est barraqué et sait se battre.

 

Le trou du cul du Vermont, le caïd local que tout le monde craint, la criminalité tellement apparente qu'elle fait partie du décor, des bars glauques sans vitres, une recherche du fameux Blackway en demandant poliment - oups - à ses accolytes et une vendetta locale qui a tout de l'opération de la dernière chance qui va mal tourner.

 

Cela aurait pu donner quelque chose de super, les ingrédients étant là.

 

Ajoutons à cela des chapites qui se mélangent entre le trio qui cherche Blackway et les zozos qui sont restés au moulin, en train de discutailler sur des lieux communs, sur leur patelin, les moeurs de certains, racontant leurs souvenirs embrumés - tout en éclusant des bières -  leurs conversations étant enflammées, humoristiques mais... lourdingues !

 

Et bien, c'est loupé ce roman ! Certes, j'ai aimé ce portrait peu flatteur de l'Amérique profonde avec ses paumés marginaux, ses sociétés qui n'existent plus, sa consanguinité, ses truands...

 

J'ai aimé l'enquête du trio afin de remonter la piste de Blackway, la visite de la ville m'a enchanté, ses moeurs aussi - même si je n'irai jamais en vacances chez eux - mais j'en reviens à la chose qui m'a énervé prodigieusement : les DIALOGUES !

 

Leur redite, leur "quoi ?" à tout bout de champs, comme s'ils étaient des crétins congénitaux, ces pages de dialogues courts où à la fin, je ne savais plus qui parlait, m'a pompé l'énergie et à rendu ma lecture difficile à certains moments.

 

Lilian aussi, m'a pompé l'air ! Voilà une femme qui veut qu'on lui résolve son affaire, qui veut trouver Blackway, qui se plaint quand ses deux aidants ne se bagarrent pas et qui s'offusque quand ils le font - à leur manière - et que Lester boussille le genou d'un homme à terre.

 

— Vous saviez à quoi il servirait. On peut pas faire peur à Blackway. Vous le saviez. Vous l’avez dit vous-même. Blackway a pas peur. Il marche pas au bluff. On vous avait prévenue : quand vous commencez avec Blackway, vous devez être prêt à aller jusqu’au bout.

 

Un roman noir qui manque de corps, de charpente, de dialogues un peu plus travaillé, même si ce sont des bouches de loosers qui les prononcent. Sérieusement, si j'avais été à la table de ces gars là, je me serai levée et j'aurais fichu le camp de suite.

 

Plus de pages n'auraient pas fait de mal à ce roman ultra court (185 pages) afin de lui donner une meilleure charpente sur laquelle les dialogues de ces pilliers de comptoirs auraient pu venir s'arrimer sans faire tanguer tout le récit de par leur courtes phrases et leurs répétitions à gogo.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (185 pages - xxx pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Petit traité de la fauche


Auteur : Jim Nisbet
Édition : Payot et Rivages (2016)

Résumé :

"Klinger s'était maintenu dans la ceinture d'astéroïde de la petite délinquance à San Francisco, sans jamais trop s'approcher de la chaleur solaire dispensé par le gros coup, ni s'aventurer trop loin dans les confins glaciaires du système pénitentiaire."

 

Dans un monde désormais gouverné par les applications et les smartphones, un petit voleur comme Klinger a du mal à survivre.

 

Alors qu'il erre dans San Francisco avec juste quelques dollars en poche et son pote Frankie Zigue en remorque, un pigeon à plumer se présente. Malheureusement, le pigeon sait se défendre et les choses tournent mal...


Armé de son style unique et de son humour au vitriol, Nisbet invite le lecteur à une ballade surréaliste dans les rues de San Francisco en compagnie de ses personnages de losers, qui attendent le prochain dollar comme on attend Godot.

 

Critique : 

San Francisco, rien que le nom de la ville éveille en moi des tas d'images et de son.

 

Que ce soit la série avec Michael Douglas "Les rues de San Francisco" ou la chanson de Scott Mckenzie ♫ If you're going to San Francisco ♫ Be sure to wear some flowers in your hair ♪ ou Maxime Le Forestier avec ♪ C'est une maison bleue Adossée à la colline ♫...

 

Je ne pouvais qu'empocher ce petit roman dont l'histoire se passe dans cette ville et dont nous allons suivre les pérégrinations de Klinger, petit délinquant qui n'est pas au fait des nouvelles technologies. Le mot "appli" n'éveille rien en lui.

 

J'ai eu du mal au départ à m'attacher à Klinger, le trouvant fade, sans volonté aucune, toujours à courir après le moindre dollar et à tout dépenser ensuite en verres d'alcool pas toujours bon marché, ne pensant qu'à dormir, boire et manger.

 

Et puis, face à ce grand paumé, j'ai commencé tout doucement à le trouver attachant, ce roublard. Au fil des pages, son personnage s'étoffe et j'ai terminé avec de l'empathie pour cet alcoolo de looser qui regarde un smartphone avec le même air ahuri qu'un homme des tavernes. Pardon, des cavernes !

 

Notre voleur à la petite semaine a de l'humour, assez acerbe, je dois dire et il nous livre ce qu'il pense du monde dans lequel il évolue, nous parlant de sa découverte de la ville de San Francisco à une époque où tout était plus simple et où les gens s'entraidaient, où les gens, en ville, de parlaient.

 

Là, je n'avais plus envie de décrocher de mon comptoir et j'ai bu des double Jameson, des baby, des grogs tout en écoutant notre Klinger causer. Et on en a bu, des verres !

 
Si le départ du récit avait tout des airs d'un roman noir "conventionnel", on bifurquera ensuite vers une tout autre histoire où notre pauvre Klinger va être dépassé. Et là, moi, je dis "bravo" parce que c'est du grand art, niveau arnaque. Du baisage de première classe.
 
À partir du moment où Klinguer a suivi son pote, Frankie Zigue, pour un plumage de pigeon imbibé d'alcool, on est monté d'un cran dans le niveau du récit et le coup du pigeon est devenu un succulent canard laqué. Mijoté aux petits oignons...
 
Léger bémol : malgré la présence de l'histoire dans un San Francisco froid et pluvieux et de quelques passages sur la ville, je n'ai pas ressentit le présence de Frisco comme c'est parfois le cas dans certains romans où la cité est un personnage à part entière.
Un petit roman noir qui prend de la saveur au fur et à mesure que l'on vide la tasse, et, bien que j'en ai bu des plus corsés que cela, il avait tout de même un bon goût de caféine.
Dans ce roman, tout n'est pas toujours ce qu'il paraît être : les coupables sont parfois des innocents et les gens biens ne le sont pas toujours...
À découvrir ! Du moins pour les amateurs de romans noirs...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "Challenge US" chez Noctembule.


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