4.48 Karine Giébel

 

Karine Giébel (Site officiel) est née en 1971 dans le Var, ou elle vit toujours. Son premier roman, Terminus Elicius (Editions la Vie du rail, 2004) reçoit le Prix Marseillais du Polar en 2005.

 

Suivront Meurtres pour rédemption (Editions la Vie du rail, 2006, et réédité au Fleuve Noir en 2010) qui a été sélectionné pour le Prix Polar Cognac, Les Morsures de l'ombre (Editions Fleuve Noir, 2007) tour à tour lauréat du prix Intramuros, du Prix SNCF 2009 et du Prix Derrière les murs, Chiens de sang (Editions Fleuve Noir, 2008) et Jusqu'à ce que la mort nous unisse (Fleuve Noir, 2009), Lauréat du Prix des Lecteurs au Festival Polar de Cognac.

 

Juste une ombre a reçu le Prix Marseillais du Polar et le Prix Polar de Cognac. Purgatoire des Innocents est son dernier roman paru au Fleuve Noir.

 

 

 

 

 

 

Titre : Terminus Elicius
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Pocket (2008)

Résumé :

Istres-Marseille. Pour Jeanne, la vie est ponctuée par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mère.

 

Elle attend néanmoins qu'un événement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito?

 

La résolution, peut-être, de cette affaire de serial killer qui défraie la chronique phocéenne?

 

"Vous êtes si belle, Jeanne Si touchante et si belle." Ce soir-là, une lettre, glissée entre deux banquettes, semble combler toutes ses espérances. Un peu trop, même.

 

Car derrière le mystérieux soupirant se cache le meurtrier tant recherché par la police.

 

Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n'aura de terminus qu'au bout de l'enfer... 

Critique : 

Ma vision des trains se résumait à deux choses : les nombreux retards de la SNCB (certains trajets sont moins rapide en 2014 qu'en 1934, c'est vous dire) ou Jean Lefebvre dans la 7ème compagnie et ses chipoteries dans la loco afin de trouver les freins, ponctuées de sifflet de cette même loco, additionné de "Non, c'est pas ça. Ça, c'était "touche pas à ça, p'tit con". C'est vous dire que je m'y connaissais, en réseau ferroviaire !

 

Maintenant, je pourrai frissonner en repensant aux petits mots glissés à côté du siège de Jeanne, personnage central du roman de Giebel.

 

Premier point qui m'a saisi lors de ma lecture, c'est que le personnage principal, Jeanne, n'est pas vraiment le genre de personnage que je m'attendais à trouver. On est loin d'un personnage habituel (le personnage fort).

 

Voyez pas vous-même : elle vit encore chez sa mère qui est limite castratrice, bien qu'elle travaille au commissariat de Marseille, elle n'a pas de vie sociale car pas de relations amicales avec ses collègues, dans le train, elle s'assied sur un siège solitaire.

 

En plus, elle a des tocs, parle toute seule ou plutôt à son autre moi et rase presque les murs. Bref, une femme transparente - ce qui m'a déstabilisée - m'attendant à une femme plus dans les normes.

 

Le visage de Jeanne se crispa de colère. je ne lui parlerais plus jamais ! Plus jamais ! Et je ne trahirais pas Elicius ! Le double continua à protester. Avec véhémence. Et Jeanne essaya de ne plus entendre sa voix... Depuis des années, elle essayait de ne plus l'entendre. En vain. Parfois, elle avait envie de le tuer. Tuer l'autre. Même si l'issue du combat était fatale. Pour ne plus l'entendre. Pour oublier, aussi ? Mais depuis quand la chose avait-elle envahi son âme ? Elle ne s'en souvenait pas.

 

Par contre, c'était une merveilleuse idée de la faire ainsi, la Jeanne, parce que cela faisait d'elle une personne plus facilement impressionnable, ce qui ajoutait un "truc" en plus dans le déroulement de l'histoire et ce fut une surprise bien agréable !

 

Surprise aussi que dès la deuxième lettre, le mystérieux Elicius lui avoue d'emblée qu'il est le meurtrier qui sévit dans la région et dont les policiers du commissariat de Jeanne cherche désespérément à arrêter.

 

"Hier soir, j'étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle. Juste le temps de la tuer..."

 

Y a pas à dire, l'auteur a vraiment le don de me surprendre et de me mettre sur mon fondement sans perte de temps inutile. Je ne m'attendais pas à cette révélation, pensant que Elicius allait jouer un peu plus avec Jeanne avant de tout révéler. Ben non, et ce fut encore plus jouissif.

 

Le roman est court, juste 250 pages : pas de temps mort. Suivre les pensées, les interrogations, les angoisses, les joies et la vie minable de Jeanne furent un moment fort, impossible de décrocher.

 

Tandis que l'inspecteur Esposito ne sait plus où donner de la tête avec les meurtres qui se succèdent sans qu'il semble y avoir un mobile apparent ou des points communs entre les victimes, le cœur de Jeanne vibre d'amour pour son mystérieux Elicius qui sait lui parler et trouver les mots qu'il faut.

 

"Vous n'avez pas conscience de votre beauté, Jeanne. On dirait même que vous faites tout pour la cacher. De quoi avez-vous donc peur ? Peur que l'on vous regarde ? Que l'on vous trouve belle ? Parce que vous êtes belle, Jeanne".

 

Mais Jeanne ne nous livre pas toute sa vie, il reste des parts d'ombre et on s'interroge : comment tout cela va-t-il évoluer ? Se terminer ? Et les pages défilent plus vite, l'adrénaline nous faisant lire plus rapidement, avec fébrilité.

 

J'avais deviné un tout petit morceau du mobile, pas "toute l'affaire", loin de là, et puis hop, j'ai encore ei droit à des surprises à la fin !

 

Une belle écriture, un scénario bien pensé, bien pesé, un personnage central différent de ce que l'on pourrait croire, un récit bien rythmé et des palpitations cardiaques avec Jeanne, dans le train.

 

Madame Giebel vient encore de me faire passer un bon moment !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014) et  Lire "À Tous Prix" chez Asphodèle (Prix marseillais du polar).

 

 

 

Titre : Les morsures de l'ombre
 
Auteur : Karine Giebel

Édition : Pocket (2009)

Résumé :

Une femme. Rousse, plutôt charmante. Oui, il se souvient. Un peu... Il l'a suivie chez elle... Ils ont partagé un verre, il l'a prise dans ses bras...

 

Ensuite, c'est le trou noir. Quand il se réveille dans cette cave, derrière ces barreaux, il comprend que sa vie vient de basculer dans l'horreur.

 

Une femme le retient prisonnier. L'observe, le provoque, lui fait mal. Rituel barbare, vengeance, dessein meurtrier, pure folie ?

 

Une seule certitude : un compte à rebours terrifiant s'est déclenché. Combien de temps résistera-t-il aux morsures de l'ombre ?

 

Critique : 

"Un roman glaçant, qui ferait passer "Misery" de Stephen King pour un roman d'ados !" nous disait le 4ème de couverture. Bon, je réfuterai le fait que King ait écrit de la littérature pour ados boutonneux, mais faut avouer que sa Kathy Bates a trouvé une femme pire qu'elle ! Oui, c'est possible !

 

Analysons le tout : huis-clos dans les deux romans, sont aussi oppressant l'un que l'autre, on a des sévices corporels, mentaux, bref, des tortures au menu et un pauvre gars face à une femme tyrannique version "maîtresse/infirmière very sadique"...

 

Mais... La Kathy de King voulait juste que Paul Sheldon ressuscite Misery, son héroïne, ici, la Lydia (pas celle de Babelio... enfin, j'espère) nous donne l'impression de vouloir assouvir une vengeance.

 

Que s'est-il passé pour que le commandant de police Benoît Lorand se retrouve enfermé dans une cellule chez cette sculpturale sadique rousse ? On boit un verre, on flirte et on fini derrière les barreaux avec une folle qui vous torture ?

 

Non, ceci n'est pas la dernière méthode pour vous empêcher de boire... Ni pour vous punir d'avoir trempé votre biscuit ailleurs que dans la tasse de café de votre légitime... C'est plus que ça, mais je ne dévoilerai pas les bijoux de la couronne !

 

Ce roman, c'est un "Tu n'iras pas te coucher de sitôt" que j'ai lu en une journée, les pages défilant devant mes yeux jusque bien tard le soir.

 

Ambiance des plus oppressantes, violences, folie, Lydia est une femme dangereuse qui a l'air d'avoir deux fils qui se touchent dans la tête.

 

Au fur et à mesure de l'histoire, on apprend la sienne (d'histoire !) et on comprend mieux certaines de ses errances verbales quand elle affirmait être morte.

 

Benoît est un personnage qui a priori pourrait être détestable : dragueur, séducteur, sûr de son pouvoir, il trousse les filles plus vite que son ombre, les prends, les reprends parfois et ensuite, basta ! Dès que sa zézette est retournée dans le slip, il oublie sa conquête d'une nuit. Pourtant, on s'y attache et on souffre avec lui. Il a du caractère et une sacrée paire de cou***** !

 

Tête de mule, il préféra crever de faim plutôt que de s'abaisser devant la rouquine aussi froide que Bree Van De Kamp et aussi tortionnaire qu'une nazie.

 

En 278 pages, l'auteur nous fait monter l'adrénaline, alternant ses chapitres ou ses paragraphes, nous montrant la calvaire inhumain de Benoît, l'enquête de ses collègues flics ainsi que des morceaux de vie de sa tyrannique geôlière qui jouit de sa souffrance.

 

Ce n'est qu'à la fin, dans un suspense insoutenable, que les fils se dénouent tout à fait, nous infligeant quelques coups de pieds bien sentis.

 

Oh, la vache ! J'étais loin d'être au "courant" d'une fin pareille (ceux qui ont lu apprécieront le jeu de mot avec le courant).

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014).

 

 

 

Titre : Chiens de sang
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve noir (2008)

Résumé :

Courir; toujours plus vite. Plus loin. Fuir la mort qui plane au-dessus d'eux; oiseau de proie aux ailes gigantesques dont l'ombre les dévore déjà.

 

Diane a choisi la fuite. D'instinct. Elle sait qu'ils sont derrière. Juste derrière. Avance minime, infime. Comme son espérance de vie, désormais. Pourtant, elle marche. Pourtant, elle veut vivre.

 

Rémy avance. Avec le poids de la peur qui comprime son cœur. Le poids de la fatigue, comme un boulet enchaîné à ses jambes. Il devrait être ailleurs, en ce moment même. En compagnie de sa femme et de sa fille. Mais non, il est là, errant dans ces bois inhospitaliers, avec ces inconnus qui fuient comme lui. Il est devenu une proie. Rien qu'une proie. Il n'existe plus. Déjà mort. Alors, pourquoi a-t-il aussi peur ?

 

Le monde est ainsi fait, qui ne changera jamais. Les chasseurs d'un côté, les proies de l'autre.
 

Critique : 

 

 

 

 

Titre : Jusqu'à ce que la mort nous unisse
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve noir (2009)

Résumé :

L'Ancolie est une fleur aussi belle que toxique. Belle, à l'image de certains souvenirs. Toxique, à l'image de certains regrets.

L'Ancolie, c'est aussi le nom d'un chalet perdu en pleine montagne.

C'est là que vit Vincent, un homme seul et meurtri. Rejetant son passé et redoutant son avenir, il préfère vivre dans le présent. Une existence éprise de liberté qu'il consacre entièrement à sa passion pour la montagne et à son métier de guide.

Jusqu'au jour où la mort frappe tout près de lui, l'obligeant à sortir de sa tanière.

Aux yeux de tous, un tragique accident, une chute mortelle. Seul Vincent est persuadé qu'il s'agit d'un meurtre, que ce n'est pas la montagne qui a tué, et que les vrais coupables doivent payer.

Alors, aidé par Servane, une jeune recrue de la gendarmerie avec laquelle il a noué une étrange relation, il se lance dans une quête de vérité.

Une quête qui va le conduire sur d'effroyables sentiers, le confronter à ses propres démons.

Critique : 

 

 

 

 

Titre : Meurtres pour rédemption
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Presse Pocket

Résumé :

Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.

 

Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes.

 

Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l’esprit au-delà des grilles. Grâce à l’amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.

 

Pourtant, un jour, une porte s’ouvre. Une chance de liberté.

 

Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n’aspire qu’à la rédemption…

 

Critique : 

Ami lecteur/trice, si tu cherches un roman dégoulinant d'amour, de bons sentiments, de guimauve, de joie et de bonheur, rempli de Bisounours, de preux chevaliers, de jolies princesses et tout et tout, et bien, je n'ai qu'un mot à te dire "Casse-toi de ce livre, pauv'lecteur !"©.

 

Pour les autres, bienvenue à CARCÉRAL LAND, le pays d'où on ne s'évade qu'avec des rails de coke... Le pays de la violence gratuite, l'univers impitoyable des matonnes et de des prisonnières, une jungle où il faut écraser les autres pour ne pas se faire écraser soi-même.

 

Ici, une seule loi, celle de la plus forte. Ici, l'omerta règne en maître. Ici les coups pleuvent, la brutalité se promène dans les couloirs et peut vous tomber à tout moment, de manière arbitraire ou pour délit de "ta tête qui ne me reviens pas".

 

A Carcéral Land, la devise pourrait être celle qui était gravée sur le fronton des Enfers, dans "La divine comédie" : Lasciate ogne speranza, voi ch'entrate - Vous qui entrez, abandonnez toute espérance.

 

Ami lecteur, vous qui entrez dans ce roman noir, attendez-vous à prendre des coups sans possibilité de les rendre, attendez-vous à vous faire remuer les tripes, à les sentir se nouer, à avoir envie de hurler, à avoir vos yeux qui picotent plusieurs fois, à avoir envie de flinguer un tas de gens et à penser jouer le remake de "La grande évasion" pour Marianne.

 

Ami lecteur, je vous conseille de respirer un grand coup avant d'entamer votre lecture parce que la plongée sera rude et la remontée laissera des séquelles.

 

Ici, c'est du noir de chez noir ! Du chocolat à teneur cacao de 90% (© jeranjou). Noirceur, ténèbres, mais de temps en temps, un rayon de soleil viendra vous éclairer... et vos yeux en pleureront. De joie ou de douleur.

 

Attendez-vous aussi à avoir, durant votre lecture, un autre avis sur les maisons d'arrêt ! Je vous explique...

 

Dans la première partie, nous sommes dans une maison d'arrêt, en compagnie de Marianne. Elle a vingt ans et elle a pris perpète pour plusieurs meurtres.

 

"Bien fait pour sa gueule !" criera la société bien pensante, vous et moi avec. Pourtant, ce n'est pas en enfermant un fauve qu'on va réussir à le calmer... La prison ne rend personne meilleur. Du moins, les exceptions sont rares.

 

Pour le restant de ses jours, Marianne n'aura pour seul horizon que les barreaux de sa cellule. "Bien fait pour sa gueule, l'avait qu'à pas tuer !" criera la société bien pensante, vous et moi avec.

 

C'est une meurtrière, elle est indomptable, incontrôlable, violente... Daniel Bachman, le gradé et seul homme de cette maison d'arrêt féminine le sait, lui qui l'a souvent collée au mitard après l'avoir rouée de coups.

 

"Bien fait pour sa gueule, faut les mâter, ces délinquantes !" criera la société bien pensante, vous et moi avec.

 

Pourtant, Justine, une des matonne, sait que Marianne n'est pas si mauvaise que ça et que si on la traite correctement, elle ne vous mordra pas. De plus, brutaliser quelqu'un, ça n'a jamais fait revenir les morts...

 

Le roman vous plonge dans cet univers carcéral plus que dur, plus que noir, plus que violent, où tous les coups bas sont permis (j'me répète, si jamais certains n'avaient pas bien compris) et durant toute ma lecture, j'ai souffert avec Marianne, cette adolescente qui, malgré ses crimes, est attachante. J'ai aimé son caractère frondeur, fier et borderline.

 

Fière, mais étant accro aux cigarettes et à l'héroïne, sans un sou en poche, pour obtenir ses deux vices, elle n'aura pas d'autre choix que de s'agenouiller devant le maton Daniel pour fumer son cigare personnel en échange.

 

En isolement - à cause de son caractère violent qui a causé la mort d'une surveillante dans la prison précédente -, sans visite, sans amour, méprisée, incomprise, battue et humiliée par une matonne surnommée "La Marquise" (en référence à Sade, c'est vous dire le degré de sadisme), obligée de se prostituer pour obtenir des cigarettes, Marianne a déjà entamé sa descente aux enfers depuis des lustres. On descendra avec elle.

 

Heureusement qu'elle a pratiqué les arts martiaux, cela peut vous aider en prison, parce que des coups, elle en donnera, mais elle en recevra plus que son compte. Certains matons abusent un peu trop de leur statut et de leur force. Il est facile de tabasser une personne qui ne peut se défendre car blessée ou entravée par des menottes.

 

Durant ma lecture, j'ai pensé à ce qui s'était passé dans des camps, quand les surveillants abusent de leur supériorité sur les détenus et en profitent pour les brutaliser, les avilir, les considérant comme moins que de la merde. Le contexte n'est pas le même, mais le résultat final l'est : le fait de traiter des humains pire que des bêtes.

 

Vous me direz que les prisonniers des camps étaient innocents, alors que ceux dans les maisons d'arrêt, non. Que les surveillants dans camps étaient des sadiques et que les matons des prisons ne font que leur boulot.

 

Et moi je vous dirai "Qu'en savez-vous de qui est innocent et de qui ne l'est pas ?". Je n'ai pas précisé de quels "camps" je parlais... Imaginez que les soldats du pays envahisseur X se retrouvent dans un camps de prisonnier du pays envahi Y...

 

Les prisonniers du camp ne sont pas si innocents que cela puisque c'est l'envahisseur. Les autres ont-ils le droit de les battre comme des plâtres et de se comporter comme le fit l'envahisseur ? Non. Sinon, ils se descendront à leur niveau et moi, je refuse de me mettre à ce niveau.

 

C'est ce que j'ai compris en lisant le livre. Marianne a mis un peu plus de temps à le comprendre, elle qui reproduira le comportement de ceux qu'elle méprise sur une pauvre prisonnière qui arrivera dans sa cellule.

 

Pourtant, Marianne n'a pas toujours été le monstre que la société bien pensante dit. Orpheline élevée par ses grands-parents avares d'amour, elle n'a jamais rêvé que d'intégrer l'équipe nationale de karaté, rêvé de liberté et de voyages en train. C'est tout ce qu'elle voulait, c'est tout ce qu'on lui a refusé.

 

Bien qu'elle assume ses crimes, elle les considère comme des accidents ou des dérapages. Et c'est à cause de "La Marquise" que Marianne franchira une fois de plus la ligne rouge. Un accident, un malheureux accident qui ne serait jamais arrivé si La Marquise avait fait son boulot au lieu d'aller provoquer Marianne.

 

La vengeance des matons est terrible quand on s’en prend à l’un des leurs. Marianne en avait déjà fait les frais avant. Pourtant, si les deux surveillantes amochées avaient fait leur travail au lieu de lui chercher des poux, rien de tout cela ne serait arrivé.

 

Ce que j'ai apprécié, c'est que l'auteur nous présente Marianne tantôt en monstre, tantôt en victime. Pas de dichotomie "elles sont méchantes, les prisonnières, elles sont gentilles, les matonnes".

 

Les salauds sont des deux côtés de la barrière, et chacun alterne avec son côté sombre de la Force. Et je peux vous assurer que des salauds, il y en aura à l'extérieur, en totale liberté ! Bien pire que les détenues. En col blanc, eux.

 

Marianne, elle est victime de ses failles, de sa soif d’amour, de ce corps qui sait trop bien se battre, de son trop plein de frustration.

 

Incapable de ne pas provoquer l’autre, elle sait que son plus grand ennemi n’est autre qu’elle-même. Malgré sa colère et sa haine, elle doit apprendre à se maîtriser, à contrôler ses pulsions meurtrières et vengeresses. Elle est capable d'aimer et d'avoir de l'amitié aussi.

 

J'ai aimé son histoire avec Daniel, le surveillant qui, de tortionnaire, va devenir le défenseur de cette enfant sauvage.

 

Le seul qui a réussi à la dompter, à canaliser ses peurs, ses provocations.  Le rayon de soleil de toute cette noirceur.

 

Ici, ami lecteur, de l'amour tu trouveras quand même, mais pas à la sauce Harlequin... Ce que tu obtiens, tu le paieras au prix fort et on t'en fera baver. N'oublie pas que tu en Enfer et que tes espérances ont fichu le camp.

 

Dans la seconde partie, on offrira à Marianne le moyen de racheter ses crimes... La descente aux enfers sera encore pire dans cette partie là et mon coeur s'est serré de nombreuses fois, ouvrant les vannes des yeux. Après le soleil, c'est la pluie...

 

Marianne va souffrir et elle comprendra peu à peu qu’elle est seule responsable de ses actes, qu’elle seule est à l’origine de ce qui lui arrive.

 

Un livre qui ne m'a pas laissée indifférente, qui m'a fait réfléchir, pleurer, qui m'a serré les entrailles, me laissant le souffle coupé, le mot "non" bloqué plusieurs fois au fond de ma gorge.

 

Un livre coup de poing.

 

Ici, tout n'est que béton...

 

Pourtant, là-bas, dans un coin, le béton s'est fendu, laissant apparaître de la terre. Terre prête à accueillir une graine qui donnera peut-être une fleur ou mieux, un arbre !

 

J'ai terminé cette lecture anéantie, les yeux picotant étrangement, mes tripes nouées, retournées.

 

Après une telle lecture, j'ai ouvert un vieux Picsou Magazine. Bizarrement, j'ai trouvé qu'Oncle Picsou était perfide, les Rapetou sordides, que Daisy était cynique, et que Donald était un canard violent...

 

Non, après un tel roman, on s'arrête de lire durant quelques jours...

 

Bienvenue à Carcéral Land, le pays d'où on ne s'évade jamais tout à fait.

 

Et comme le chantait Renaud dans sa "Balade Nord Irlandaise" :

Je voulais planter un oranger
Là où la chanson n'en verra jamais
Il a fleuri et il a donné
Les fruits sucrés de la liberté

 

Titre participant au Challenge   "Thrillers et polars" de Liliba.

 

 

 

 

Titre :
 
Auteur : Karine Giebel
Édition :

Résumé :

 

Critique : 

 

 

 

 

Titre : Purgatoire des innocents
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve noir (2013)

Résumé :

Raphaël a passé des années en prison pour vols à main armée puis pour récidive. Pendant son absence, sa mère est morte de chagrin tandis que son jeune frère William prenait le même chemin que lui. Raphaël, à sa libération, entraîne celui-ci dans leur premier braquage en commun, une bijouterie de la place Vendôme, avec la complicité d’un jeune couple.

 

L’affaire tourne mal, un policier et une passante sont tués, et William est grièvement blessé.

 

Leur cavale devient pour Raphaël une véritable course contre la montre : il faut sauver son frère. Les quatre fuyards atterrissent à quelques heures de Paris, et trouvent le numéro d’une vétérinaire, Sandra, qu’ils prennent en otage chez elle, dans sa ferme isolée, et forcent à soigner William. Sa vie contre celle du braqueur. C’est dans cet état d’esprit que Sandra doit opérer dans son salon, sans trembler, elle qui n’est pas chirurgienne.

 

Mais les jours passent et William n’est toujours pas en état de reprendre la route. Et lorsque le mari de Sandra prévient sa femme de son retour, tous attendent. Les uns de le prendre également en otage et Sandra d’être sauvée… ou peut-être autre chose…

 

Critique : 

Une fois de plus, madame Giebel vient de me lessiver, de m'essorer, me broyer, me concasser, me laminer, me laissant à la fin dans un état pitoyable, les larmes aux yeux.

 

Ceci est un livre fort, pas conseillé aux gens sensibles... Sauf si ils veulent passer à un autre genre.

 

Une écriture qui fait mouche, des phrases qui claquent, un scénario qui ne vous laisse aucun répit, un huis-clos oppressant qui fera basculer toutes vos certitudes...

 

C'est ça la marque de fabrique de cette auteure : d'une situation bien claire telle que "Quatre braqueurs, dont un blessé grave, qui viennent de réussir le casse du siècle - qu'à côté le Glasgow-Londres commence à rougir - et qui se réfugient chez une pauvre vétérinaire seule durant quelques jours, l'obligeant à recoudre le blessé et lui menant la vie dure" l'auteure peut changer toutes les cartes et vous faire chavirer dans un scénario qui fera capoter totalement vos petites certitudes du départ, vos empathies sur les personnages et toussa toussa...

 

Sérieux, quel serait le comble pour une bande de braqueurs, une bande de loups enragés, prêt à tout parce qu'ils ont des millions en bijoux, un blessé dont le frère ne veut pas le laisser dans cet état, et qui font irruption dans une bergerie où une femme - faible mouton - se trouve toute seule durant quelques jours, son mari étant absent ??

 

Le comble du comble pour ces loups affamés et sans émotions, infiltrés dans une bergerie serait que... Non, laissez tomber, vous ne trouverez pas !

 

Madame Giebel excelle dans l'art de nous rendre sympathiques des personnages qui seraient détestables de prime abord. J'avais déjà tremblé pour Marianne dans "Meurtre pour rédemption", alors qu'elle était une criminelle recluse, et ici, j'ai tremblé pour des êtres que je n'aurais pas voulu croiser au détour d'une bijouterie ou d'une banque.

 

Le huis-clos est oppressant, tendu, mais le dernier quart est le plus dur à lire, c'est celui qui fait le plus mal, la violence abjecte devant notre lot permanent dans ces pages.

 

Certains hurleront à la surenchère de violence, mais moi, je dis "non, elle est logique" et on nous laisse souvent imaginer ce que fut le calvaire plutôt que de nous l'écrire.

 

Moi, j'ai vibré, j'ai tremblé, j'ai espéré... et quelques larmes j'ai versé.

 

Il est des personnages de ce livre que je ne suis pas prête d'oublier de sitôt.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014).

 

 

 

Titre : Satan était un ange
 
Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve Éditions (2014)

Résumé :

— Tu sais Paul, Satan était un ange... Et il le redeviendra.

 

Rouler, droit devant. Doubler ceux qui ont le temps. Ne pas les regarder. Mettre la musique à fond pour ne plus entendre. Tic tac... Bientôt, tu seras mort.

 

Hier encore, François était quelqu'un. Un homme qu'on regardait avec admiration, avec envie. Aujourd'hui, il n'est plus qu'un fugitif qui tente d'échapper à son assassin. Qui le rattrapera, où qu'il aille. Quoi qu'il fasse.

 

La mort est certaine. L'issue, forcément fatale. Ce n'est plus qu'une question de temps. Il vient à peine de le comprendre.

 

Paul regarde derrière lui; il voit la cohorte des victimes qui hurlent vengeance. Il paye le prix de ses fautes. Ne pas pleurer. Ne pas perdre de temps. Accélérer. L'échéance approche. Je vais mourir.

 

Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents. Rouler droit devant, admirer la mer.

 

Faire ce qu'ils n'ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout... Car après tout, pourquoi tenter sans cesse de trouver des explications ?

 

Critique : 

Ne cherchez pas une intrigue, il n'y a pas vraiment une. Montez plutôt en voiture, attachez votre ceinture et laissez-vous emporter dans cette fuite en avant, dans ce road-movie assez court mais bourré d'adrénaline.

 

Deux hommes : un de 47 ans et un de 19 ans, chacun fuyant leurs Némésis qui, ils le savent, les retrouveront.

 

Sauf que pour Paul, le plus jeune, il a une chance d'échapper à ses poursuivants. François, l'avocat, la fuite en avant ne sert à rien, la Faucheuse le rattrapera où qu'il aille.

 

Voilà deux hommes réuni alors que tout les oppose : l'âge, le milieu, le passé, le travail, le vécu... Deux hommes qui en temps normal n'auraient jamais dû se rencontrer, deux hommes qui n'auraient jamais dû s'apprécier. Mais les circonstances ont fait que...

 

Nos deux personnages sont creusés, torturés, et l'auteur, sadique comme elle est, ne nous dévoile pas tout du jeune Paul. Non, c'est au compte-goutte, à dose homéopathique, qu'elle nous en brosse le portrait.

 

Tous deux sont parfois à baffer, aussi, mais cela les rend encore plus attachants et après les avoir fessé, on leur ferait bien un gros câlin. Paul est celui pour lequel j'ai oscillé le plus et à la fin, je l'appréciais énormément. Il m'a ému.

 

Ce roman se lit d'une traite comme on avalerait les kilomètres de bitume afin d'arriver le plus vite possible à la fin du voyage. Sans être tout à fait un huis-clos, ça y ressemble furieusement et les nerfs sont à vifs durant la lecture.

 

On suit la relation qui s'installe petit à petit entre les deux hommes et on espère une fin heureuse lorsque l'on agrippe plus fort les pages du livre.

 

Sans oublier une pique assez forte envers nos Gouvernements et la merde qu'ils aiment semer ailleurs...

 

Quelques coups de théâtre ponctueront la lecture, faisant monter votre tension artérielle et les dernières pages filent à la vitesse d'un BMW lancée comme un boulet de canon sur un anneau de vitesse.

 

À la fin, je n'en pouvais plus... mes tripes étaient nouées. Je voulais arriver au terme du voyage, mais je ne voulais pas descendre de la voiture non plus.

 

Alors, j'ai appuyé sur le champignon mais je n'ai pas ouvert la portière tout de suite après être arrivée au mot "Fin". J'ai fermé les yeux tout en me remémorant ce merveilleux voyage que je venais de faire avec nos deux hommes.

 

Ceci est le 5ème livre que je lis de l'auteure et cette fois-ci, c'est décidé, je prend un avocat et je lui demande des dommages et intérêts pour mes tripes qui se sont nouées à chacun de ses romans, pour mes emballements cardiaques, pour mes respirations saccadées, mes mains moites, mes tiraillements au cœur quand j'ai dû quitter certains de ses personnages que j'aimais beaucoup et mes déchirements d'âme.

 

Et puis souvent, je les termine ne chialant comme une gonzesse. Bon, ok, j'en suis une, mais mince, ça me coûte bonbon en kleenex !

 

Bref, c'était un roman court, mais intense. Court, mais excellent ! Comme quoi, la taille ne fait pas tout...


Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015).

 


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Ne copie pas ma prose, fais la tienne ! Elle sera bien meilleure que la mienne...