4.22 Polars noirs divers [Contemporains Américains]

Sommaire :

 

1. Les Polars noirs : définition et historique

2. Quelques polars noirs [Américains et contemporains]

 

 

 

1. Les Polars Noirs

 

1.1 Définition

 

Le roman noir désigne aujourd'hui un roman policier inscrit dans une réalité sociale précise, porteur d'un discours critique, voire contestataire.

 

Le roman noir, tout en étant un roman détective, se fixe ses propres frontières en s'opposant au roman d'énigme, car le drame se situe dans un univers moins conventionnel, et moins ludique.

 

Le roman noir semble difficile à définir de par sa structure instable et ses diverses variations dans le temps.

 

Cependant on peut relever certains éléments récurrents qui le caractérisent : un univers violent, un regard tragique et pessimiste sur la société, un fort ancrage référentiel et un engagement politique ou social.

 

D'autres critères peuvent être ajoutés à cette définition par leur présence répétée dans le roman noir : l'usage de la langue verte ou argot pour être au plus près du milieu social décrit, l'écriture behavioriste ou encore un paysage essentiellement urbain que l'on retrouve dans les films noirs.

 

EDIT : la page étant devenue trop lourde vu que ces derniers temps j'ai lu beaucoup de romans noirs, je l'ai scindée selon l'année de parution et les nationalités des différents auteurs.

 

Ceux publiés avant 1960 sont en OLDIES, les autres selon la nationalité de leur auteur. Si l'auteur a été prolifique ou est incontournable, il a une section pour lui tout seul.

 

 

Romans noirs :

 

Tous les titres des "romans noirs" parus aux éditions "Payot & Rivages" se trouvent sur leur page, par ordre de numéro : ICI

 

 

 

Titre : Donnybrook
 
Auteur : Frank Bill
Édition : Gallimard (2014)

Résumé :

Bienvenue dans l'Amérique profonde d'aujourd'hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d'armes et aux combats de boxe à mains nues.

 

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture - et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.

 

Si le sud de l'Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d'appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l'énergie urbaine d'un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l'intrigue décapant, inspiré de l'écriture noire à la Jim Thompson.

 

Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l'effet à la fois d'une douche glacée et d'un coup de poing à l'estomac. 

 

Critique : 

"Chiennes de vie" n'était déjà pas pour les petits n'enfants, ni pour les âmes sensibles... Je vous rassure de suite, "Donnybrook" ne sera pas pour eux non plus !

 

Amateurs du ♫ pays joyeux des z'enfants heureux, des monstres gentils ♪ , des Bisounours ou de Mon Petit Poney, je ne vous dirai qu'une chose : Fuyez, pauvres fous !

 

Par contre, pour moi, voilà encore un livre qui va aller poser ses petites fesses au Panthéon de mes romans noirs préférés.

 

Au départ, je m'attendais à 240 pages consacrées uniquement au Donnybrook - ce tournoi de combats à poing nus qui se déroule dans le sud de l’Indiana et dont le vainqueur remporte cent mille dollars - imaginant un récit à la façon d'un mauvais film de Van Damme, genre "Bloodsport" ou "Kickboxer", le scénario béton en plus, bien entendu !

 

Vous savez, un genre de roman qui, à l'instar de ses films, mettrait en scène des combattants qui s'affronteraient dans combats "phases finales à élimination directe" afin d'en arriver aux deux derniers vainqueur du tournoi... qui s'affronteraient enfin dans l'arène ! Une sorte de coupe du monde en version "boxe" au lieu du ballon rond...

 

Il n'en fut rien ! Ce livre, c'est plus que ça ! C'est mieux que ça ! Bien mieux qu'une description de tous les combats éliminatoires qui auraient saoulé le lecteur, à la fin.

 

Nos différents protagonistes, avant d'arriver au Donnybrook - de leur plein gré ou pas - vivront quelques aventures assez mouvementées. Et une fois sur place, faudra pas croire qu'ils pourront s'affaler pour manger un hamburger à la viande d'écureuil garantie sans équidé !

 

"Les spectateurs avaient sorti leurs chaises pliantes, leurs glacières. [...] Les feux de camp au-dessus desquels grillaient les poulets, les quartiers de chevreuil, les chèvres, les écureuils, lapins et autres ratons laveurs empestaient l'atmosphère. Il en serait ainsi pendant trois jours. Ils vendraient leur nourriture, accompagneraient les cachetons et la came de grandes rasades de bourbon ou d'alcools de contrebande. Ils regarderaient un vingtaine d'hommes pénétrer sur le ring de cent mètres carrés délimité par du fil barbelé, puis combattre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un. Ensuite, on appellerait les vingts suivants. Dimanche, les vainqueurs de chaque groupe s'affronteraient. Seul le gagnant demeurerait debout. La gueule en sang, édenté, il attendrait de récupérer son dû en espèces".

 

L'écriture est sèche comme un muscle de combattant, nerveuse comme un chien de combat qui sent le sang sans cesse, piquante comme si vous embrassiez un hérisson (et pas sur le ventre !), le tout sur un fond de crise économique agrémenté de quelques métaphores choc ou de philosophie très particulière.

 

"Il se répandit au sol comme le liquide amniotique d'entre les jambes d'une femme enceinte".

 

— Pas le temps de philosopher sur ta conception tordue des rapports humains. Certains ont la bite de traviole, d'autres l'ont bien droite, mais tout le monde l'utilise pour baiser.

 

Le tout nous donnera une couleur aussi joyeuse que le costume d'un croque-mort dans Lucky Luke.

 

"Le rêve américain avait vécu, puis il s'était perdu. A présent, travailler aux Etats-Unis signifiait juste que vous étiez un numéro qui essayait de gagner un peu plus de fric pour ceux d'en haut. Et si vous en étiez incapable, il existait d'autres numéros pour prendre votre place".

 

Nous sommes face à un roman noir, sans complaisance aucune...

 

— Mettez-lui une balle dans la tête, ordonna McGill. On la donnera à bouffer aux cochons. De toute façon, elle est foutue.

 

Niveau personnages, on pourrait faire un grand trou et les mettre tous dedans pour les recouvrir ensuite, vivants, de terre ! Même le sherif, qui m'a donné envie de vomir, alors que je le trouvais sympa. Gravier m'a fortement touché, par contre...

 

Quant à Johnny "Marine" Earl, il est un des personnages un peu moins "sordide" que les autres.

 

Du moins, dans la masse des autres, il y a encore un peu d'espoir pour ce père de famille qui aime ses gosses et sa femme et veut leur offrir une vie meilleure. À n'importe quel prix : la fin justifiant l'utilisation de moyens pas réglos du tout !

 

Ce que les personnages vivront ressemblera plus à une descente en enfer qu'à un voyage de plaisance. Nous sommes à mille lieues de l'excursion d'Antoine Maréchal (Bourvil) qui emmenait, de Naples à Bordeaux, la Cadillac remplie d'héroïne de Saroyan (de Funès).

 

À propos d'héroïne, vous aurez tous les ingrédients qui entrent dans la fabrication de la meth. Admirez l'enchainement... Vous aurez même une héroïne bad girl qui a un réchaud Butagaz entre le jambes et que ne sent bien qu'avec une merguez là où je pense (et où vous pensez aussi).

 

"Le pharmacien l'avait ramenée dans sa maison style ranch [...] Liz l'avait baisé à fond. Eldon [le pharmacien] avait été obligé de s'asseoir pour pisser pendant une semaine. Il avait peur de se réveiller avec la gaule depuis que Liz lui avait mis le dard à vif".

 


"Tout ce qu'elle voulait dans la vie, c'était avoir assez de meth, de cigarettes et de Bud pour passer la journée. Et puis une bite bien raide pour satisfaire sa soif de contact humain".

 

Quand je vous disais que ce n'était pas pour les gosses ou les âmes sensibles !

 

Ici, ça bastonne, ça flingue, ça trucide, ça torture, ça plante le frangin, ça baise à tout va, ça arnaque ou plus, si affinités, le tout sans foi, ni loi, ni morale : manger ou être mangé ! Tuer ou être tué...

 

Un auteur que je vais suivre à la trace, guettant sa prochaine publication...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), Le "Challenge US" chez Noctembule et le "Challenge Ma PAL fond au soleil - 2ème édition" chez Métaphore.

 

 

Titre : Le Diable, tout le temps
 
Auteur : Donald Ray Pollock
Édition : Albin Michel (2012)

Résumé :

Dans la lignée des oeuvres de Truman Capote, Flannery O'Connor ou Jim Thompson, un roman sombre, violent et inoubliable sur la condition humaine.

 

De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Willard Russell, qui a combattu dans le Pacifique, est toujours tourmenté par ce qu'il a vécu là-bas. Il est prêt à tout pour sauver sa femme Charlotte, gravement malade, même s'il doit pour cela ne rien épargner à son fils Arvin...

 

Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et prend de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste....

 

Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Theodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

 

Petit Plus : Donald Ray Pollock s'interroge sur la part d'ombre qui est en chaque individu, sur la nature du Mal. Son écriture est d'une beauté inouïe mais sans concessions. Avec maestria, il entraîne le lecteur dans une odyssée sauvage qui marque durablement les esprits.

 

Critique : 

Ça c'est de la lecture ! Ça, c'est du serrage de tripes ! Ça, c'est du roman Noir de chez Noir ! J'avais fait le voeu d'un coup de coeur, et bien, c'est exaucé !

 

Certes, vu les échos, je m'attendais à du très trash, mais par rapport à ce que j'imaginais, c'est encore soft (mon immagination est sans limite). Désolé, à force de boire des cafés tellement noirs qu'on ne verrait pas le clocher de l'église au fond de sa tasse, l'esprit s'habitue au Noir... Heureusement, ça ne dure pas longtemps et l'horreur m'a sauté au visage, me prenant les tripes au passage !

 

Ici, les personnages, des pauvres bouseux, sont bien travaillés et ils risquent de me hanter à vie. Ils sont profonds, on sent bien toute leur misère, leur "innocence" (ils ne sont pas toujours instruit), leurs croyances, leur méchanceté, leurs blessures secrètes...

 

Le panel est varié : des salopards; des pauvres types irrécupérables qui ont le mal chevillé au corps, le sadisme charrié par leur sang; des fous qui entendent Dieu dans le fond de leur placard; des photographes qui n'auront jamais leur reportages publiés dans National Géographic; un prédicateur qui aime manier le goupillon et répandre sa semence maudite dans des cavités où il n'avait pas le droit d'aller...

 

La plume de l'auteur est acérée, sans complaisances et on s'enfonce de plus en plus dans un noir d'encre d'où on sortira ébranlé à la fin de ces 370 pages de noirceur, remplie de manque de morale de certains représentants de la loi ou de l'église. Oui, l'Homme, dans ce qu'il a de pire, menait la danse.

 

Une vraie lecture marathon, les mains tremblantes, me gavant de toutes ces pages, mais sans en redemander une de plus. À la fin, j'étais KO. Uppercuttée.

 

Au départ, une fois la première partie terminée, je pensais avoir affaire à toutes des histoires différentes, sans relations aucune, puisque l'on commençait avec d'autres personnages.

 

Mais, s'il semble n'y avoir aucune corrélation entre un gamin qui a vu sa mère mourir à petit feu et un couple qui tue les autostoppeurs, et bien, croyez-moi, il y en a ! Les trois récits ont beau être parallèles, ils ne se priveront pas de se rejoindre. Et ça là que le diable vous dira ♫ Pleased to meet you hope you guess my name ♪

 

Trois récits noirs. Trois univers rempli de violence, de sexe, de sang et de violence... Parfois aussi de tripes.

 

Arvin... Je me suis attachée à ce personnage au point que j'ai eu du mal à refermer le livre, bien que je fusse soulagée, tant il m'avait oppressée.

 

Une lecture qui restera gravée dans ma chair, marquée au fer rouge ! Seul problème, c'est que c'est addictif... on en redemande, des livres tels que celui-là.

 

"Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), Lire "À Tous Prix" chez Asphodèle (Meilleur livre de l'année 2012 par le magazine Lire) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Carnaval


Auteur :Ray Celestin
Édition : Le Cherche midi (2015)

Résumé :

Un premier roman exceptionnel, basé sur des faits réels survenus à la Nouvelle-Orléans en 1919.

Si la Nouvelle-Orléans est la plus française des capitales américaines, elle est aussi considérée par beaucoup comme la face obscure du pays, enfouie au cœur du sud profond.


Construite sur des marécages sous le niveau de la mer, la ville est depuis toujours la proie de tornades, d’ouragans, d’inondations, d’épidémies.


La nature du sol en fait une cité qui se fissure, où même les morts ne peuvent être enterrés normalement. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais.


Ses habitants ont ainsi depuis longtemps l’habitude de la menace. Et pourtant…


Lorsqu’en 1919 la ville devient la proie d’un mystérieux serial killer qui laisse sur les lieux de ses crimes d’étranges lames de tarot, la panique gagne peu à peu.


On évoque le vaudou. Les victimes étant toutes d’origine sicilienne, les rivalités ethniques s’exacerbent.


Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, et Ida, une jeune métisse, secrétaire de l’agence Pinkerton, vont tout faire pour résoudre l’affaire.


Mais eux aussi ont leurs secrets bien gardés. Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, l’Ange de la mort, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

Petit Plus : Tensions raciales, corruption, vaudou, jazz et mafia : Ray Celestin a trouvé les ingrédients idéaux dans une série de meurtres qui ont réellement enflammé la Nouvelle-Orléans après la Première Guerre mondiale.


Il nous offre un premier roman inoubliable, au suspense omniprésent, doublé d’un portrait de la ville d’un réalisme peu commun. Depuis L’Aliéniste de Caleb Carr, on avait jamais vu ça !

 

Critique : 

♫ Quand le jazz est ♪ Quand le jazz est là ♫ Le meurtrier s'en ♪ Le meurtrier s'en va ♫ Il y a de l'orage dans l'air ♪ Il y a de l'eau dans le ♪ Gaz entre les habitants de la Nouvelle-Orléans ♫ (1)


Bon, je vous le dis de suite, je ne suis pas une fondue de jazz et ce roman en est rempli, à tel point que les notes s'entrechoquent dans les pages.


Résultat ? Ma seule envie était de m'écouter du Armstrong ! Pas celui qui marcha sur la lune, pas celui qui gagna 7 Tours de France, non ! Louis Armstrong, qui en 1919 se nommait encore Lewis et faisait ses débuts, encore méconnu.


Ce que j'ai aimé dans ce roman noir ? Tout ! Cela va des dialogues avec un soupçon d'argot; à la ville de la Nouvelle-Orléans, personnage à part entière du récit, décrite telle qu'elle est, avec ses bons et ses horribles côtés, notamment ses quartiers pauvres, ses taudis, ses bordels, le tout dans une ambiance plombée par le racisme et le ségrégationnisme, très bien décrit tout les deux et où le Blanc n'en sort pas grandi.


J'ai aimé la musique qui parsème les pages, le mystère autour du tueur à la hache (qui a existé vraiment), la corruption qui gangrène tout le système, les complots, la mafia, le mélange de faits réels et de fiction, et surtout j'ai adoré les personnages principaux !


Entre l'inspecteur Michael Talbot qui enquête avec son protégé, Ida, la jeune métisse assise le cul entre deux chaises puisqu'elle n'est ni Blanche, ni Noire, secrétaire à la Pinkerton, amatrice de Sherlock Holmes et qui s'est transformée en détective, aidée par son ami Lewis Armstrong; et le dernier, Luca D'Andrea, tout frais sorti de taule et qui se lance lui aussi sur les traces du tueur à la hache.


Trois enquêteurs, dont un duo, 3 pistes, plusieurs récits, des personnages travaillés, avec leur part d'ombre, de secrets et de mystères...


Et puis, un final époustouflant dans sa résolution - que je ne vous dirai pas un mot de plus - somptueux pour le lecteur qui a suivit tout le monde alors que chacun allait sur son propre chemin.


J'espère qu'il y aura une suite des aventures de Michael Talbot et de Ida parce que ce serait trop con de ne plus assister à une enquête, même si elle ne se déroulera plus dans la ville de la Nouvelle-Orléans.


Ma foi, la ville de Chicago fera très bien l'affaire aussi ! On aura sans plus droit à du jazz, mais ce n'est pas trop grave parce que moi ♫ Toute la musique, que j'aime ♪ elle vient de là elle vient du blues ♪ les mots ne sont jamais les mêmes ♪ pour exprimer ce qu'est le blues ♫ (2)


(1) Le Jazz Et La Java - Claude Nougaro (trafiquée !)
(2) Toute La Musique Que J'aime - Johnny Hallyday


Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), le Challenge "Polar Historique" de Sharon, le "Challenge US" chez Noctembule et "A year in England" chez Titine.

 

 

 

 

Titre : Mais c'est à toi que je pense
 
Auteur : Gary A. Braunbeck
Édition : Bragelonne (2010)

Résumé :

Pour Thomas, Arnold, Rebecca et Christopher, c'est la fin du supplice. Ils viennent d'échapper à leur tortionnaire, un tueur en série pédophile qui les séquestrait depuis des années.

 

Mais une nouvelle épreuve les attend : et si on les avait oubliés ? et si on ne les aimait plus ?

 

Horriblement défigurés et mutilés, ils ont besoin d'un adulte pour les ramener à leurs parents, que certains n'ont pas vus depuis dix ans... et ils ont choisi Mark.

Critique : 

"Donnybrook" de Franck Bill était sombre et pas pour les enfants... Ce roman mériterait lui aussi un bandeau-titre "À ne pas mettre dans toutes les mains - Âmes sensibles, cassez-vous !"

 

Pourtant, au départ, on ne dirait pas que l'on va plonger dans l'horreur.

 

Déjà, le titre, est à chier (merci les traducteurs "Prodigal blues" méritait mieux que ce titre). Quant à la couverture, elle est magnifique parce qu'elle prendra tout son sens lorsque nous rencontrerons les enfants...

 

Mark Sieber, agent d'entretien dans un lycée, casse la gueule d'un ado à cause d'une blague d'un mauvais goût. Ok, elle était d'un goût douteux, mais de là à lui massacrer sa gueule ! Sa femme ne le reconnait plus depuis qu'il est revenu du Kansas, il y a quelques jours.

 

Alors quoi ? Mark va alors lui raconter toute l'histoire qu'il a vécu...

 

Tout à commencé quand il revenait de chez sa mère, décédée.

 

Sur l'autoroute, la voiture prêtée par son beauf tombe en panne, il se fait dépanner, sourit de voir passer plusieurs fois un Minibus Volkswagen argenté tirant une Airstream argentée elle aussi. S'il avait su...

 

Mark n'a rien d'un héros, pourtant, il a été choisi par 4 enfants pour mener à bien une mission... Les ramener chez leurs parents, eux qui ont disparu depuis des années, séquestrés qu’ils étaient par un pédophile. Une mission importante dont Mark ressortira ébranlé, cassé, laminé, lessivé et en larmes. Le lecteur aussi.

 

Voilà un roman noir qui vous prendra aux tripes - si vous en avez au départ - et qui vous laissera les tripes vidées ou nouées à la fin.

 

Sans jamais sombrer dans le pathos ou dans les desriptions horribles et gratuites, l'auteur nous racontera, au travers de ces quatre enfants, les supplices et le calvaire qu'ils ont vécu durant leur captivité chez Grendel, leur tortionnaire pédophile.

 

Pour la première scène vidéo, je me doutais que j'allais lire des choses horribles - tout comme Mark se doutait qu'il allait les voir - et j'ai pu blinder mon esprit.

 

Mais ensuite, je ne me suis pas méfiée et j'ai morflé grave. "Respire, me suis-je dit, ne pense plus à rien, faisons le vide dans mon esprit et"... Non, pas moyen de faire sortir les images de ma tête.

 

Les enfants ne demandent pas la pitié de Mark, mais juste son aide... La pitié ne servirait à rien, admirons plutôt leur courage et pleurons avec eux les imbécilités de la vie et sur la pâte à modeler (ceux qui l'ont lu comprendront).

 

La pâte à modeler qui sera la cause d'un grand malheur, mais d'une délivrance aussi. À quoi la vie tient, tout de même.

 

Un roman sombre, mais prenant, une écriture mêlant adroitement les moments les plus horribles, les plus intenses, avec une note d'humour, qui, croyez-moi, est souvent la bienvenue !

 

Des personnages tellement attachants qu'on voudrait ne jamais quitter le Minibus Volkswagen. Des enfants déjà si adultes, mais toujours des enfants tout de même, se taquinant, se chamaillant, veillant l'un sur l'autre.

 

Un méchant - Grendel - qui est présent psychologiquement, son ombre maléfique planant sur le Minibus. Un homme que l'on ne voudrait pas croiser la route. Si semblable à tant d'autres pédophiles sur terre qui sèment le malheur chez les enfants. Bien que lui sois d’un niveau assez élevé point de vue tortures et sadisme.

 

Ah, qu'il serait agréable de mettre les pédophiles, les prédateurs sexuels, les grands sadiques ou les serial killer dans la catégorie "Monstre"...

 

Pourtant, ce sont des humains comme nous. Et c'est là que le bât blesse dans notre conscience : l'idée qu'ils fassent partie de la même espèce que nous ne nous enchante guère. Mais faire d'eux des "monstres" leur donnerait des excuses et nous rassurerait un peu trop sur le genre humain.

 

Alors, n'oublions jamais que se sont des êtres humains comme nous et qu'ils sont capables de commettre les pires atrocités. Et ça, ça donne des sueurs froides.

 

Si vous avez des tripes, ouvrez ce roman et lisez-le...

 

Une fois dedans, on ne le lâche plus, on frémit avec eux, on hurle avec eux, on pleure et en n'en ressort pas le même car, même si ceci est une fiction, ces abominations se passent dans le monde réel et ça fait mal.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014),  "Challenge US" chez Noctembule et "Challenge Ma PAL fond au soleil - 2ème édition" chez Métaphore.

 

 

 

Titre : 911


Auteur : Shannon Burke
Édition : Sonatine (2014)

Résumé :

Lorsqu'il devient ambulancier dans l'un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d'imaginer qu'il vient d'entrer dans un monde fait d'horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l'enfer quotidien.


Alors que tous ses collègues semblent au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie commet une erreur fatale : succomber à l'empathie, à la compassion, faire preuve d'humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d'aider les victimes auxquelles il a affaire. C'est le début d'une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques.


Petit Plus : Dans un style viscéral, Shannon Burke prend littéralement le lecteur à la gorge et nous livre un portrait de la condition humaine digne d'Hubert Selby Jr ou de Richard Price.


Critique : 

911, Nine-one-one est un numéro que nous connaissons tous et toutes. C'est celui des urgences. Les urgences américaines, bien entendu.

 

New-York, années 90... Un groupe d'ambulanciers urgentistes que nous allons accompagner durant des interventions.

 

De grâce, laissez de côté vos souvenirs de la série Urgences ! Ici, pas de beau George ClooNescafé pour vous prendre en charge avec gentillesse tout en vous servant un ristretto.

 

Ici, le seul Noir que vous pourrez prendre, ce sera celui que vous chargerez - ou non - dans votre ambulance. Et si vous êtes un peu sadique sur les bords ou brisé par votre travail, vous le prendrez avec votre ambulance, mais au sens propre... Oui, "boum" dans un être humain.

 

Je vous avais dit que nous étions à New-York, mais dans le quartier de Harlem !

 

La misère humaine est celle de Zola, les êtres décharnés qui louvoient dans les rues ont tous une aiguille fichée dans le bras, ou presque. Le quartier est gangréné et l'amputation ne résoudrait rien. Des immeubles sont laissés à l'abandon et la population aussi. Ce qui ne la rend pas aimable, vous en conviendrez.

 

Vous intervenez pour essayer de sauver des vies et vous vous prenez des insultes ou des parpaing sur la tronche. Bienvenue à Harlem !

 

C'est dans cette atmosphère particulière que travaille notre unité d'ambulanciers : des anciens, des vieux de la vieille, des altruistes, des sadiques, des blasés et notre Olivier, jeune bleu qui fait ambulancier afin d'avoir de l'expérience pour entamer des études de médecine.

 

Il est jeune et rempli d'empathie, l'amertume ne l'a pas encore contaminé, lui. D'autres sont déjà passé du côté obscur, se donnant pour mission d'éradiquer les drogués en les laissant crever (sorry pour le terme, mais c'est celui qui convient vu la manière dont c'est fait).

 

Chaque personnage est bien campé, a son caractère bien à lui, sa manière de bosser. Ollie est en apprentissage et son coéquipier est important. Nous verrons comment notre Olivier va basculer lentement du côté obscur de la Force.

 

Si ceci est une œuvre de fiction, l'auteur, qui fut ambulancier, sait de quoi il parle et chaque intervention est tintée d'un réalisme qui frôle la perfusion... non, pardon, la perfection !

 

Sans jamais tomber dans l'excès de voyeurisme, sans temps mort, sans jamais gaver son lectorat de termes médicaux en tout genre qui ferait ressembler le roman à un syllabus médical, l'auteur a mis en place toute une histoire derrière et on s'attache à certains personnages, on les voit sombrer, se raccrocher, s'en sortir ou péter les plombs.

 

Attention, c'est sombre, c'est du p'tit roman noir serré et vos tripes vont se remuer parce que l'auteur a dû mettre les siennes pour l'écrire. C'est sans concession aucune.

 

Si le 911 a changé notre jeune Olivier en 11 mois, le 911 vous changera en 200 pages. Excellent !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

 

Titre : Châtié par le feu


Auteur : Jeffery Deaver
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, "le Couteau", jouit d'une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu'un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu'il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l'assassiner, Evans et Diaz, pensent que ce sera un jeu d'enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. 

 

Critique : 

Voici donc la preuve que l'on peut faire de bonnes nouvelles avec un début, une fin non ouverte et un développement au milieu !

 

Ceci est la troisième nouvelle écrite sur commande "autour du monde de la littérature" éditée chez "Ombres Noires".

 

Si "La Cavale de l'Étranger" m'avait déçue pour le fait que l'histoire promettait beaucoup et que le final avait été décevant, ici, ce ne sera pas le cas car nous sommes face à une nouvelle d’une efficacité redoutable !

 

Court, mais bon, rempli d'interrogations durant toute la lecture : est-ce que Diaz et Evans, les deux hommes chargés de liquider l'homme à la tête du cartel - Alonso Maria Carillo - ne sont pas en train de se tromper de cible ??

 

Où est le vrai ? Ou est le faux ? Pas de meurtres sanglants, entre ces pages, mais plus un suspense à la Alfred Hitchcock, la musique en moins.

 

En peu de pages, tout est dit, tout y est, les personnages sont attachants, travaillés en peu de mots, pas de dévellopements inutiles, pas de fin où on se demande si l'auteur n'est pas en train de se foutre de notre gueule où a fait face à une pénurie de papier.

 

Suspense, mystère, interrogations, odeur des livres rares (aah, la bibliothèque d'Alonso Maria Carillo...), vraies ou fausses pistes, adrénaline, tensions palpables, chaleur mexicaine perceptible et jeu de jambes magistral de la part de certains personnages.

 

— Il fait toujours une chaleur pareille, ici ? demanda P. Z. Evans en plissant les yeux à cause du soleil.
Ses Ray-Ban aux verres teintés ne lui étaient d’aucune utilité.
— Non.
— Heureusement.
— En général, il fait encore plus chaud, répondit Alejo Diaz avec un accent chantant.
— Sans déconner.
C’était le mois de mai et il faisait trente-six degrés. Ils se trouvaient sur Zaragoza Plaza, une place pittoresque où trônaient les statues de deux hommes austères ; des généraux, avait appris Evans. Il y avait aussi une cathédrale.
Et puis ce soleil… brûlant comme une nappe de pétrole en feu.

 

Excellent ! 128 pages de plaisir pur.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (128 pages - 708 pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : La griffe du chien
 
Auteur :  Don Winslow
Édition :  Points (2008)

Résumé :

L'agent de la DEA Art Keller, Seigneur de la frontière americano-mexicaine, a juré sur la tombe de son adjoint d'employer tous les moyens, légaux ou illégaux, pour mettre un terne au trafic qui inonde son pays.

 

Le Seigneur de la drogue Miguel Angel Barrera, puis ses neveux Adan et Raul répliquent dans le sang et écrasent quiconque, ami ou ennemi, leur barre le chemin.

 

Callan, un Irlandais né au cœur de la mafia new-yorkaise, devenu tueur, puis mercenaire presque malgré lui ; le père Juan Parada, archevêque de Guadalajara, qui lutte auprès des plus hautes autorités de l'Église pour la survie de centaines de milliers d'Indiens anéantis par la guérilla, chassés de leurs terres, empoisonnés par les produits chimiques ; son amie Nora, qui use de ses charmes tarifés et de son tempérament hors du commun pour faire et défaire alliances, marchés et compromis...

 

Tous jouent une partie mortelle sur un échiquier grand comme le monde.

 

Depuis les jungles d'Amérique centrale, la Federacion Barrera distille un poison qui conduit à la folie des hommes. Ni la justice ni la foi ne veulent plus rien dire. L'instinct seul s'impose : celui qui tue, celui qui sauve.

Critique : 

MAGNIFICOS !! MARAVILLOSO ! Voilà un roman qui ne laisse pas son lecteur indemne. J'en ressors secouée, dégoûtée, ébranlée, et ma vision, déjà assez sombre sur les États-Unis, n'en ressortira pas blanchie, mais assombrie, une fois de plus.

 

Ce roman est une véritable plongée au coeur des narcotrafiquants et de la lutte, perdue d'avance, menée par quelques flics incorruptibles mais qui ne sortiront pas grandis de leur combat.

 

Oui, Art Keller veut éradiquer le clan Barrera, narcotrafiquants en puissance, surtout depuis la mort atroce de son collègue... Oui mais... La fin justifie-t-elle les moyens ? A force de vouloir la peau de quelques gars (qui le méritent amplement, hein), on finit par se retrouver avec des dégâts collatéraux qui ne feront qu'ajouter des spectres aux nuits de Keller. L'enfer est pavé de bonnes intentions, c'est bien connu.

 

Et notre Art Keller, de par son comportement un peu borderline et sa soif de vengeance, deviendra presque cet homme qu'il n'aurait jamais voulu devenir. On est loin de l'image du chevalier Blanc et à force de traquer les chiens Barrera, il a chopé leurs puces.

 

Pas de manichéisme. Ici, les méchants ne font pas QUE dans la drogue, le mal ou la torture, ils construisent aussi des hôpitaux, des écoles pour les défavorisés, et les gentils Américains ne sont pas des anges, mais possèdent un côté obscur à faire pâlir Lucifer en personne.

 

La quête du pouvoir les rend fous et ils sont prêts à tout pour l'assouvir ou la conserver. Personne n'est ni tout noir ni tout blanc, tout est nuancé et c'est au lecteur à juger.

 

Oui, les Américains ont créé la Bête et l'ont nourrie avant de vouloir l'éradiquer. Pire, en voulant l'éliminer, ils ne font que la renforcer !  Vous brûlez nos champs de pavots ? On s'en moque, on passe à la culture de coca (et pas cola) ailleurs. A force de vouloir arrêter la coulée de cocaïne, les Américains ne font qu'augmenter le prix de la dose et enrichir les cartels qui peuvent soudoyer des politiciens, des flics, et tutti quanti.

 

Dilapider des millions de $ pour lutter contre les cartels de drogue, mais pas un "cent" pour aider les drogués qui voudraient s'en sortir et qui ne possèdent pas une assurance santé digne de ce nom... Construire plus de prison pour enfermer les dealer, mettre plus de flics... Noyer les champs de coca sous du défoliant à triple dose, foutant en l'air tout l'éco système du coin, empoisonnant les nappes phréatiques, empoisonnant les hommes, les enfants, les bêtes... Tout le paradoxe américain est là !

 

Les Américains dépensent du fric à ne pas guérir les symptômes et ignorent tout de la maladie. Les futiles non-solutions... Là, ils sont forts !

 

Oui, ce pavé que j'ai pris en pleine gueule m'a retourné les tripes. Oui, j'ai apprécié certains personnages qui auraient dû être détestables (Callan, O-Bop, Nora, Adán et Art Keller) parce tout en eux n'était pas méprisable.

 

J'ai aimé ce mélange entre personnages de fiction et réalité (le tremblement de terre au Mexique, le scandale de l’affaire Iran-Contra, la guérilla en Amérique du Sud, les FARC, les références à plusieurs politiques américains dont le tristement célèbre Bush Sr. - là, sûre que je vais être fichée ! - , la mafia dans le quartier de Hell's Kitchen).

 

Cette alternance entre l'enquête de Keller sur 25 années - et pas facile quand on ne sait pas qui est est clean ou pourri dans le système Américain - l'incursion dans le clan des Irlandais à Hell's Kitchen, la présence de la mafia, d'un évêque, d'une belle prostituée de luxe... Toutes ces histoires séparées et ce brassage de personnages qui, à priori, n'ont rien à voir entre eux, avant qu'on ne les retrouve tous impliqués dans le bazar,... Magnifique !

 

Une leçon à tirer ? Dans cet Enfer, tout le monde est susceptible de se faire baiser un jour où l'autre...

 

Quand les Américains pensent avoir niqué les gomeros en faisant partir en fumée leurs champs de pavots, en fait, ils se font eux-mêmes baiser (hampe du drapeau comprise) par les gomeros qui ont tout prévu. "Mhouahahaha, la sécheresse allait tout détruire" fait-il... Ah tiens, non... L'arroseur est arrosé... avec des balles ! Par celui qu'il avait soudoyé... qui un jour tombera à cause de... La roue tourne et vous écrasera sous elle, qui que vous soyez.

 

Non, dans ce monde infernal là, vaut mieux pas mettre les pieds : aujourd'hui, vous êtes craint, vous êtes dans le cartel régnant, le Seigneur du quartier ou dans la "Famille" et demain... paf, paf, deux balles dans la tête, la nuque, la bouche, le bide, les corones,... Au choix !

 

Les 600 premières pages se lisent à leur rythme, c'est pas du page-turner en puissance, mais je ai les tournées sans problème, passionnée que j'étais pas cet univers de la drogue et cette vaine lutte; transportée par "cette vision grandiose de l'Enfer et de toutes les folies qui le bordent" (dixit James Ellroy).

 

Il faut s'imprégner de ces pages, les aspirer lentement, les laisser se diffuser dans vos veines, dans tous les pores de votre peau, dans votre esprit. On ne commence pas cette lecture par-dessus la jambe, comme un quelconque roman. C'est du lourd !

 

Les 200 dernières pages ? Waw ! No répit ! Tout se met en place et oui, une fois de plus, certains vont se faire couillonner... À force de se croire invincible, on finit par trébucher et on se fait écraser par la roue qui tourne toujours...

 

Mais n'allez pas croire que vous aurez du Happy End, on est dans un chef-d'oeuvre certes, mais dans du Noir !

 

Pour ma 700ème critique ici, je ne pouvais pas publier une critique sur un roman moyen, il me fallait du costaud, du chef-d'oeuvre. Voilà qui est fait.

 

Me reste plus qu'à lire un "Mickey" pour me remettre de mes émotions grandioses ressenties à la lecture de ce pavé et remercier ceux qui m'ont donné envie de le lire grâce à leurs critiques dithyrambiques.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014) et le "Pavé de l'été" chez Sur Mes Brizées.

 

 

 

Titre : Viens avec moi


Auteur : Castle Freeman Jr.
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :

Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.

 

Bien résolue à affronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.

 

Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.

 

Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l'aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.

 

Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s'expliquer avec lui.

 

De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s'annonce promet d'être mouvementée, l'affrontement final terrible.

 

Critique : 

On pourrait résumer en disant que c'est l'histoire de deux gars qui vont aider une bonne femme qui a bien des soucis avec l'espèce de caïd de la région :  Blackway.

 

Rien que son nom, ça sent déjà l'homme malfaisant, l'homme que tout le monde craint, l'homme qui pense que tout lui est dû et que si vous n'êtes pas d'accord pour lui faire ce don désintéressé, et bien, il le prendra à l'insu de votre plein gré.

 

Une fois de plus, je viens de plonger dans un infâme trou du cul du Vermont nommé Est Connardville par le regrétté Kevin qui est parti la queue entre les jambes à cause justement de Blackway.

 

Dans le couple que formait Kevin avec Lilian, c'était elle qui portait la paire de... la paire de vous devinez quoi ! Notre Lilian nationale, elle en a marre des agissements de Blackway, du fait qu'il la suive, qu'il lui ait bousillé sa bagnole et bien d'autres saloperies encore dont je tairai la chose.

 

Le sherif ne sachant pas appliquer la loi, il lui conseille de s'adresser à ce que je nommerai "une bande de paumés" qui passent leur journée à boire et à bavasser dans le vieux moulin de Whizzer.

 

Elle s'en ira régler son affaire avec Lester, un vieux qui a dû voir Napoléon perdre à Waterloo - morne plaine - et le jeune Nate qui lui ne pourra pas revendiquer le surnom de Futé, juste celui de Bison car il est barraqué et sait se battre.

 

Le trou du cul du Vermont, le caïd local que tout le monde craint, la criminalité tellement apparente qu'elle fait partie du décor, des bars glauques sans vitres, une recherche du fameux Blackway en demandant poliment - oups - à ses accolytes et une vendetta locale qui a tout de l'opération de la dernière chance qui va mal tourner.

 

Cela aurait pu donner quelque chose de super, les ingrédients étant là.

 

Ajoutons à cela des chapites qui se mélangent entre le trio qui cherche Blackway et les zozos qui sont restés au moulin, en train de discutailler sur des lieux communs, sur leur patelin, les moeurs de certains, racontant leurs souvenirs embrumés - tout en éclusant des bières -  leurs conversations étant enflammées, humoristiques mais... lourdingues !

 

Et bien, c'est loupé ce roman ! Certes, j'ai aimé ce portrait peu flatteur de l'Amérique profonde avec ses paumés marginaux, ses sociétés qui n'existent plus, sa consanguinité, ses truands...

 

J'ai aimé l'enquête du trio afin de remonter la piste de Blackway, la visite de la ville m'a enchanté, ses moeurs aussi - même si je n'irai jamais en vacances chez eux - mais j'en reviens à la chose qui m'a énervé prodigieusement : les DIALOGUES !

 

Leur redite, leur "quoi ?" à tout bout de champs, comme s'ils étaient des crétins congénitaux, ces pages de dialogues courts où à la fin, je ne savais plus qui parlait, m'a pompé l'énergie et à rendu ma lecture difficile à certains moments.

 

Lilian aussi, m'a pompé l'air ! Voilà une femme qui veut qu'on lui résolve son affaire, qui veut trouver Blackway, qui se plaint quand ses deux aidants ne se bagarrent pas et qui s'offusque quand ils le font - à leur manière - et que Lester boussille le genou d'un homme à terre.

 

— Vous saviez à quoi il servirait. On peut pas faire peur à Blackway. Vous le saviez. Vous l’avez dit vous-même. Blackway a pas peur. Il marche pas au bluff. On vous avait prévenue : quand vous commencez avec Blackway, vous devez être prêt à aller jusqu’au bout.

 

Un roman noir qui manque de corps, de charpente, de dialogues un peu plus travaillé, même si ce sont des bouches de loosers qui les prononcent. Sérieusement, si j'avais été à la table de ces gars là, je me serai levée et j'aurais fichu le camp de suite.

 

Plus de pages n'auraient pas fait de mal à ce roman ultra court (185 pages) afin de lui donner une meilleure charpente sur laquelle les dialogues de ces pilliers de comptoirs auraient pu venir s'arrimer sans faire tanguer tout le récit de par leur courtes phrases et leurs répétitions à gogo.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le "RAT a Week, Winter Édition" chez Chroniques Littéraires (185 pages - 893 pages lues sur le Challenge).

 

 

 

Titre : Petit traité de la fauche


Auteur : Jim Nisbet
Édition : Payot et Rivages (2016)

Résumé :

"Klinger s'était maintenu dans la ceinture d'astéroïde de la petite délinquance à San Francisco, sans jamais trop s'approcher de la chaleur solaire dispensé par le gros coup, ni s'aventurer trop loin dans les confins glaciaires du système pénitentiaire."

 

Dans un monde désormais gouverné par les applications et les smartphones, un petit voleur comme Klinger a du mal à survivre.

 

Alors qu'il erre dans San Francisco avec juste quelques dollars en poche et son pote Frankie Zigue en remorque, un pigeon à plumer se présente. Malheureusement, le pigeon sait se défendre et les choses tournent mal...


Armé de son style unique et de son humour au vitriol, Nisbet invite le lecteur à une ballade surréaliste dans les rues de San Francisco en compagnie de ses personnages de losers, qui attendent le prochain dollar comme on attend Godot.

 

Critique : 

San Francisco, rien que le nom de la ville éveille en moi des tas d'images et de son.

 

Que ce soit la série avec Michael Douglas "Les rues de San Francisco" ou la chanson de Scott Mckenzie ♫ If you're going to San Francisco ♫ Be sure to wear some flowers in your hair ♪ ou Maxime Le Forestier et ♪ C'est une maison bleue Adossée à la colline ♫...

 

Je ne pouvais qu'empocher ce petit roman dont l'histoire se passe dans cette ville et dont nous allons suivre les pérégrinations de Klinger, petit délinquant qui n'est pas au fait des nouvelles technologies.

 

J'ai eu du mal au départ à m'attacher à Klinger, le trouvant fade, sans volonté aucune, toujours à courir après le moindre dollar et à tout dépenser ensuite en verres d'alcool pas toujours bon marché, ne pensant qu'à dormir, boire et manger.

 

Et puis, face à ce grand paumé, j'ai commencé tout doucement à le trouver attachant, ce roublard. Au fil des pages, son personnage s'étoffe et j'ai terminé avec de l'empathie pour cet alcoolo de looser qui regarde un smartphone avec le même air ahuri qu'un homme des tavernes. Pardon, des cavernes !

 

Notre voleur à la petite semaine a de l'humour, assez acerbe, je dois dire et il nous livre ce qu'il pense du monde dans lequel il évolue.

 

Là, je n'avais plus envie de décrocher de mon comptoir et j'ai bu des double Jameson, des baby, des grogs tout en écoutant notre Klinger causer.

 
Si le départ avait tout des airs d'un roman noir conventionnel, on bifurque ensuite vers une tout autre histoire où notre pauvre Klinger va être dépassé. Et là, moi, je dis "bravo" parce que c'est du grand art niveau arnaque.
À partir du moment où Klinguer a suivi son pote, Frankie Zigue, pour un plumage de pigeon imbibé d'alcool, on est monté d'un cran dans le niveau du récit et le coup du pigeon est devenu un succulent canard laqué.
Léger bémol : malgré la présence de l'histoire dans un San Francisco froid et pluvieux, je n'ai pas ressentit le présence de la ville comme c'est parfois le cas dans certains romans où la cité est un personnage à part entière.
Un petit roman noir qui prend de la saveur au fur et à mesure que l'on vide la tasse, et, bien que j'en ai bu des plus corsés que cela, il avait tout de même un bon goût de caféine.
Dans ce roman, tout n'est pas toujours ce qu'il paraît être : les coupables sont parfois des innocents et les gens biens ne le sont pas toujours...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Ville noire, ville blanche
 

Auteur : Richard Price
Édition :  10-18 (2009)


Résumé :

Une jeune femme blanche, en état de choc, se réfugie aux urgences d'un hôpital. Un inspecteur qui l'interroge relève très vite dans son récit et son comportement des contradictions...

 

Roman choc entre deux communautés - la noire et la blanche, dans une banlieue new-yorkaise -, ce livre n'est qu'en apparence un thriller et révèle une ampleur sociale et psychologique d'une intensité impressionnante.

 

Critique : 

620 pages pour 48h... 48h réparties sur 620 pages. Y'a pas à dire, on aura pas le temps d'aller faire pipi. Enfin, moi j'ai eu le temps parce que ça m'a pris un certain temps pour en venir à bout...

 

Écrit en tout petit, imprimé très haut jusque très bas de la page, et une histoire qui prend son temps de se développer : j'ai failli lâcher prise mais je me suis retenue et j'ai continué la lecture parce qu'intéressée par ce qui pouvait bien se passer dans ces pages.

 

Après un speech sur l'assassinat de deux habitants d'un quartier chaud dans la banlieue de New-York surnommé "Darktown", une femme Blanche arrive aux urgences après avoir traversé à pied le quartier noir. Elle est blessée aux mains et ne veux rien dire.

 

C'est Big Daddy (Lorenzo Council), le flic noir, qui prendra sa déposition. Lui, c'est le pilier de la cité, l'icône, celui qui peut parler aux dealers, celui que l'on écoute et que l'on respecte.

 

Par bribes, Brenda lui explique qu'elle s'est faite car-jacker sa voiture par un Noir et que le voleur l'a trainée à terre, ce qui explique ses mains en sang.

 

Dès le départ, il a compris que Brenda cache quelque chose. Qu'est-ce qu'une Blanche est venue foutre dans un quartier Noir ? Dans cette ruelle où trainent des dealers ? Pourquoi traverser la ville pour venir dans cet hôpital ? Pourquoi... ? Il y en aura des tonnes, de "pourquoi" !

 

Brenda et l'inspecteur Lorenzo... Ces deux là ne vont plus se quitter ! Non, pas de "chabadabada", mais en raison du caractère explosif que l'affaire va déclencher : en effet, Brenda avoue - trois heures après - que son gamin était dans la voiture !

 

Une Blanche, agressée par un Noir et son fils enlevé... il n'en faut pas plus pour faire chauffer les esprits des gens en ces chaleurs de l'été.

 

Ce roman ne va pas vite, il prend le temps de faire monter la température entre les deux communautés : les Blancs et les Noirs. Une communauté qui vit dans les beaux quartiers et l'autre pas...

 

Entre les flics du quartier de Gannon qui investissent le quartier Noir d'Armstrong - le bien nommé "Darktown" - pour retrouver le fils de Brenda, soeur d'un flic Blanc, les journalistes, les arrestations arbitraires, les coups, les insultes, le ton monte et l'ambiance du livre devient plombée.

 

Si la sueur coule dans le dos des protagonistes, elle coule aussi dans la nuque du lecteur qui "sent" venir le bordel à plein-nez.

 

On ne peut pas dire non plus que Brenda aide l'inspecteur Lorenzo "Big Daddy" Council dans son enquête. Tout est dit par bribes, elle se renferme comme une huître, colle ses écouteurs sur les oreilles, se comporte bizarrement et pendant ce temps, la haine raciale monte comme la température dans un four allumé.

 

À un moment donné, on se rend compte qu'on a posé ses fesses sur un baril de poudre et qu'une flamme se rapproche dangereusement de la mèche. Les Noirs sont mécontents, ils savent que si le gosse avait été noir, jamais on aurait déployé de moyens pour le retrouver ! Les flics Blancs ont dépassé les bornes et tout le monde sait que "les bornes ont des limites" !

 

Vaut mieux pas se trouver dans les parages lorsque ça explosera... Et l'inspecteur Lorenzo aura fort à faire pour essayer que sa cité garde son sang-froid. L'émeute et le bain de sang sont proches et plus les minutes passent, plus ça chauffe !

 

Et Brenda, dit-elle toute la vérité ? Quels secrets leur cache-t-elle ? Pourquoi est-elle aussi capricieuse ? Pourquoi ne fait-elle pas plus pour retrouver son fils ?

 

620 pages oppressantes, noires, sombres, dures, longues. La haine monte lentement mais sûrement, les vieilles rancoeurs entre les deux communautés ressortent, l'huile est sur le feu, le lait aussi et l'auteur nous décrit cette poudrière de manière magistrale.

 

Les personnages sont légion, certains tordus, d'autre bizarre, bref, chacun a son caractère.

 

Un roman à lire lorsqu'on a du temps devant soi, afin de le lire sur quelques jours et pas sur deux semaines comme moi.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), le "Pavé de l'été" chez Sur Mes Brizées et le Challenge "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel.

 

 

Titre : Chiennes de Vies (Chroniques du Sud de l’Indiana)

Auteur : Bill Frank
Édition : Gallimard

Résumé :

Bienvenue dans l'Amérique profonde d'aujourd'hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d'armes et aux combats de boxe à mains nues.

 

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture – et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.


Si le sud de l'Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d'appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l'énergie urbaine d'un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l'intrigue décapant, inspiré de l'écriture noire à la Jim Thompson.


Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l'effet à la fois d'une douche glacée et d'un coup de poing à l'estomac.

 

Critique : 

Ce roman, plus noir que le fond d'un encrier est composé de 17 nouvelles. 17 tranches de vie du sud de l'Indiana... 17 histoires noires, violentes, qui explorent les tréfonds de l'Homme dans ce qu'il a de plus vil.

 

Il ne fait pas bon vivre dans le sud de l'Indiana. Des paumés, des alcoolos notoires, des trafiquants de drogue, des bandes organisées, des pédophiles, des papys ou pères incestueux, des assassins, des voleurs, des traumatisés des guerres (la Seconde, le Vietnam, l'Afghanistan), des maris violents, des drogués accros aux méthamphétamines, tous vivant dans une crasse monstre et dans une dépravation qui frise souvent avec le point de non retour.

 

Toute cette tripotée de rednecks bouseux se retrouvent dans les pages de ce court roman qui vous fiche un coup de trique dans les gencives avant de vous étaler par un uppercut qui vous laissera K.O.

 

17 nouvelles qui pourraient être indépendantes les unes des autres, mais dont certaines sont la continuité des autres. Les trois premières histoires sont une suite, les protagonistes se connaissant bien. Et elles vous plombent déjà bien l'ambiance, les trois premières nouvelles.

 

Il y a un fil rouge dans tout cela et ce n'est pas que dû au sang qui coule, car certains personnages sont récurrents et nous croisons quelques fois leur route de misère.

 

Ici, pas une étincelle d'espoir. L'espoir, on l'a étouffé dans l'oeuf,  noyé dans la Blue River. L'espoir a été décapité sur l'autel des oubliés, sous un fronton où devait être inscrit "Vous qui entrez, abandonnez toute espérance".

 

Le sud de l'Indiana, c'est l'Inferno de Dante. Même Charon, le nocher des Enfers, le fuirait !

 

La seule lueur d'espérance se trouvera dans la dernière nouvelle.

 

Franck Bill possède une plume acérée, acide, sans concession, sans fioritures et il pique là où sa fait mal, fouraillant dans la plaie, crevant les abcès de pus.

 

L'auteur tire à boulets rouge sur l'Amérique qui n'a pas aidé ses anciens combattants à guérir leurs traumatismes, qui ne les a pas aidés, qui a oblitéré les blessures secrètes qu'ils pouvaient avoir dans l'âme et qui les a transformé en machine violente.

 

Le portrait est au vitriol sur les maris qui battent leurs femmes, sur les gangs, les combats clandestins de chiens, et tout ce qui fait la noirceur de l'être humain.

 

Ce livre ne vous laisse pas indemne, ça vous remue les tripes avant de vous laisser K.O.

 

Les personnages sont puissants, violents, noirs, sombres, sans âme et ils ont une forte présence.

 

Lire Franck Bill, c'est se plonger dans le sud de l'Indiana et en ressortir comme après un combat de boxe : tabassé en règle et cassé de partout.

 

Magnifique, tout simplement. Mais noir, horriblement noir.

 

Livre participant au Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), Le "Challenge US" chez Noctembule, le challenge "Il était une fois dans l'Ouest" chez Arieste et Lire "À Tous Prix" chez Asphodèle (Meilleures Nouvelles de l'année 2013 élues par le magazine "Lire").

 

 

Titre : Cul-de-sac (Paru aussi sous le titre de "Piège nuptial")
 
Auteur : Douglas Kennedy
Édition : Gallimard (2006) / Folio Policier

Résumé :

Ce récit d'un voyage au paradis des grands espaces australiens qui vire au cauchemar éveillé est un petit bijou. Nick, héros malgré lui de ce thriller féroce, n'avait rien contre ce pays avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune.


Sa rencontre avec la jeune et robuste Angie va le mener en plein cœur du bush. Au milieu de nulle part. Au sein d'un clan d'allumés coupés du monde, sans aucune route pour quitter ce traquenard.

 

Nick, désormais, n'a qu'une seule obsession : comprendre ce qu'il fait là et sauver sa peau. Fuir alors que toute la communauté le surveille...

 

Critique : 

WAW, quel voyage en terre australe je viens de me faire, moi ! Par contre, je maudis tous ces auteurs de polars qui me font rayer des destinations sur ma carte des voyages de rêves : Caryl Férey m'a fait rayer la Nouvelle-Zélande et Kennedy (Douglas, pas John) vient de m'ôter toute envie de sillonner le continent des marsupiaux.

 

D'ailleurs, pour mieux vous parler de ma lecture, je vais laisser la parole à Jacquouille la Fripouille qui pourra mieux que moi résumer en un mot ce livre : DIIINNNGGUUEEE !

 

Imaginez un peu : Nicholas Hawthorne fait partie de ce que ne nommerais des journalistes "pisse-copie", heu, pardon, Nick est un journaliste pigiste, il a 38 ans et bosse pour des petits journaux aux États-Unis.

 

Rien de bien transcendantal. Oui, mais voilà, il vient de trouver une vieille carte de l'Australie et en est tombé amoureux. Son rêve ? "L'Australie ! L'Australie ! Je veux la voir, et je l'aurai" chantonne-t-il dans sa salle de bain.

 

Il vend tout (il a pas grand-chose) et le voilà débarqué au pays des Aborigènes, claquant ses économies pour acheter un combi Volkswagen avec la ferme intention traverser le bush (mais pas Georges W.).

 

Le con oublie une règle simple : ne pas conduire la nuit parce vu qu'il fait plus noir que dans le ...., et bien, on risque de percuter un 'rou. Je parle de "Kangourou", pas d'un type avec des cheveux couleur de feu.

 

Les emmerdes sont arrivées quand il a pris une auto-stoppeuse, Angie, et qu'il a joué à la bêbête à deux dos avec elle.

 

"Angie", si Mick Jagger l'avait connue, il n'aurait sûrement pas écrit une sublime chanson sur son pire cauchemar !

 

Notre Angie, elle est aussi douce et tendre qu'un pilier de mêlée, elle a une sacrée descente et rote comme deux hommes. C'est Nick qui le dit.

 

Quand elle fait l'amour c'est... Nick, précise-nous un peu plus, si tu veux bien !

 

"Le sexe, avec elle, ressemblait à une resucée du sac de la Gaule par Attila : on se retrouvait nettoyé en deux temps trois mouvements. Elle ne faisait pas l'amour, elle vous prenait d'assaut. Sans plus de tendresse que de sentiments. Comme la majorité des hommes au plumard, quoi...".

 

Merci, Nick, pour ces précisions.

 

"Ce n'est pas tous les jours qu'une femme se roule sur vous avec l'ardeur d'un bulldozer, ou sollicite instamment vos hommages toutes les deux heures".

 

Stop, nous avons tous bien compris l'affaire que tu as levée, mon vieux Nick (sans Barbe-Noire, les lecteurs de vieilles bédés comprendront) !

 

Ce livre est jouissif, tout simplement ! Des éclats de rire, des pouffements, des yeux écarquillés tellement on n'en croit pas ses yeux.

 

Un voyage de malade au pays des kangoufous (non, pas de faute de frappe) ! Sérieux, nous sommes bien dans le pays des dingos !

 

Chez Angie, il y a de la mauvaise foi à faire pâlir de jalousie un ministre surpris en train de nier ses comptes offshore ou un président en train de nier une relation buccale avec sa stagiaire. Face à elle, ils ne font pas le poids. Effroyable. Ma mâchoire s'en est décrochée, de stupeur et de rire.

 

Mauvaise foi aussi dans le cadre des trois dirigeants du village d'allumés, qui, tels des bons petits communistes, mettent leurs ouailles au régime "steak de 'rou" mais s'empiffrent, en cachette, de rôti et d’aloyau cent pour cent pur boeuf. Tiens donc...

 

Vous cherchez de la tendresse dans votre prochaine lecture ? Passez votre chemin.

 

De l'amour ? Heu, pas au sens d'Harlequin, en tout cas. De la baston et des coups ? Oh oui. Ruez-vous dessus.

 

Et en prime, on vous servira du 'rouburger à tous les repas. C'est 'Rounald Macdonald à domicile. Ici, la bière coule à flot et on fume comme des dragons. Artères bouchées garanties sur facture.

 

J'ai dévoré mes 290 pages presque d'une traite, accélérant la cadence de lecture sur les 40 dernières, tellement je voulais connaître la fin.

 

La seule chose qui m'ait déroutée, au départ, c'est le langage un peu argotique utilisé par Nick (le livre est à la première personne du singulier) et venant de mes dernières lectures où j'étais dans les pensées d'un chien de traineau dans le Grand Nord... ça dépote. Mais on s'y fait très vite et on ne le lâche plus.

 

Un vrai truc de ouf !

 

Livre participant au Challenge "Thrillers et polars" (2012-2013) de Liliba.

 

 

 

 

Titre : Satan dans le désert
 
Auteur : Boston Teran
Édition : Folio (2005)

Résumé :

Bienvenue en Californie comme au Nouveau-Mexique ! Vous y trouverez des folles sans identité, isolées en plein désert dans des caravanes en ruine, des bandes non identifiées, insaisissables, menées par des gourous en quête de gibier, des taulards cuits et recuits par le soleil, surveillés par des flics improbables et des hommes prospères protégés par les murs de leurs villas discrètes...

 

Vous y trouverez l'enfer sur terre. Parce que son ex-femme a été massacrée et que sa fille a disparu, le flic Bob Hightower sort enfin de sa léthargie. Ce qu'il découvrira au bout du chemin dépasse l'entendement.

"Les mots de Boston Teran vous hantent longtemps après que vous avez refermé son livre. Je suis encore sous le choc" : Harlan Cohen.

Petit Plus : Boston Teran, auteur sous pseudonyme, dit seulement de lui qu'il est né dans le Bronx de parents italiens et qu'il vit aujourd'hui en Californie.

 

"Satan dans le désert" a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

Critique : 

Ça, c'est ce qui s'appelle une lecture "coup de poing uppercut"... Assurément, âmes sensibles, abstenez-vous d'ouvrir pareil livre, vous le refermeriez bien vite. Ce roman est donc à ne pas mettre entre toutes les mains, c'est pour cela que je ne le conseillerai qu'aux lecteurs avertis.

 

Comment vous expliquer cette lecture très sombre, cette violence qui suite de toutes les pages, tout en vous expliquant que "Satan dans le désert" est un roman hallucinant et que je l'ai apprécié ?

 

Le pitch : Bob Hightower est ce qu'on appelle un flic "pèpère", assis derrière son bureau, dans un bled proche de Los Angeles, à la frontière du désert.

 

Il est divorcé, adore sa fille et tout irait bien dans sa vie si on n'avait pas retrouvé son ex-femme et son nouveau mari plus que sauvagement assassinés... Et quand je dis "sauvagement", je suis encore gentille... Le chien et le cheval sont dans le même état et Gabi, sa fille chérie de quatorze ans, est introuvable parce qu'enlevée.

 

Bob est dépourvu de moyen, il n'a pas de piste, contrairement au lecteur, puisque nous savons déjà "qui" est le commanditaire de toute cette sauvagerie, nous savons "qui" l'a perpétré, mais nous ignorons le "pourquoi".

 

C'est une ancienne toxico, Case, qui va donner une piste à Bob. Lorsqu'elle a lu le fait divers qui se rapportait à la tuerie, elle a reconnu la marque de Cyrus : un mec taré, violeur, assassin, dealer, nihiliste, maquereau, tortionnaire... La totale, quoi. Un type qui prend plaisir à détruire l'innocence, à faire plonger des enfants dans la dépendance et à leur faire subir les pires perversions sexuelles ou tortures de malade. Il pratique aussi son art de la torture sur des adultes, juste pour le plaisir.

 

Comment elle le sait ? À votre avis ? Case a fait partie de sa bande, enfin le mot "secte niant Dieu" serait plus adapté. Elle a réussi à s'en sortir, plus morte que vivante et elle accepte d'aider Hightower, le "mouton" qui veut s'attaquer à des "loups", trouvant ainsi une occasion de se venger de ce qu'elle a subit. Et puis, Case, c'est aussi un loup...

 

Road movie d'enfer, traque sans pitié où tous les coups sont permis, où les chasseurs prennent le risque de devenir gibier et où notre flic pèpère va devoir se transformer en loup pour faire couleur locale et tenter de se frayer un passage entre les crocs du diable sans y laisser trop de plumes.

 

Et puis, parfois, les braves gens peuvent cacher une face sombre qui est aussi tordue que les pires psychopathes avec lesquels ils font affaire...

 

De toute façon, on sait que s'ils sortent gagnant de leur cavale contre Cyrus, personne n'en ressortira indemne psychologiquement parlant.

 

Bien que la prose de l'auteur ne soit pas toujours d'une grande finesse (c'est pas Lehane), j'ai été emporté par cet espèce de road-movie, cette course vers la mort qui se déroule dans la chaleur suffocante du Nouveau Mexique et il me fut impossible de lâcher le bouquin avant d'être arrivé à la fin ! J'étais excité comme une puce au salon de la moquette.

 

Niveau dialogues, ils sont percutants, très crus et imbibé de discours sur la religion, le Bien, le Mal, Dieu... et autres imprécations démentes. Bref, ça clashe souvent.

 

Si la prose de Bostan Teran n'est pas "exceptionnelle",  ses mots ont tous été des coups de poings dans ma face, ses phrases sont tranchantes comme la lame affûtée du couteau de Jack l'Éventreur et quand je pensais qu'il m'avait amené au bout de l'horreur, et bien non, il est allé encore plus loin. Simple mais incisif et saisissant.

 

Au final, une sacrée descente en enfer de plus de quatre cent pages qui se dévorent  la rage aux tripes, sans pouvoir lâcher le bouquin, tant on a envie de savoir si Bob et Case vont arriver victorieux au bout de leur voyage dans les entrailles du Mal et si Gabi, la fille de Bob, en ressortira vivante. Savoir dans quelle mesure ce voyage les aura changé, aura changé leur vision des choses.

 

Niveau des personnages, j'ai eu un gros faible pour Case, sans cesse en lutte avec ses vieux démons qui sont "cocaïne" et "souvenirs horribles".

 

Elle et Bob forment un duo détonnant qui ne se serait jamais croisé sans la tuerie et l'envie de Case d'en finir avec son passé. Ils sont plausibles et l'auteur ne brûle pas les étapes dans le récit de leur animosité qui se transforme petit à petit en respect profond, la confiance s'installant au fur et à mesure. De plus, nos deux amis ne sont pas des héros tout blanc... Ils ont leur part d'ombre.

 

Niveau du Méchant et de sa bande, ils sont abominables, sans pitié, sans coeur, sans empathie, ayant eu, eux aussi, leurs traumatismes. On aurait d'ailleurs tort de considérer Cyrus comme "juste" un dingue ou juste un "simple" psychopathe. Ce sadique possède de multiples talents et l'intelligence ne lui fait pas défaut. Un expert dans la propagation du Mal : la peur est un bonheur pour lui, la souffrance une plénitude, la violence un véritable orgasme ou une thérapie à l'hypocrisie de ce monde.

 

Rien ne sera épargné aux personnages : des morts violentes, du sang, des scènes de tortures, des viols, un petit shoot,... Bref, ils peuvent déposer plainte de suite contre l'auteur !

 

Niveau rythme de l'histoire, je ne savais pas à quoi m'attendre, pestant un peu que, dès le départ, on sache "qui" a commandité la tuerie et qui l'a exécuté...

 

C'était sans compter sur le talent de l'auteur pour me réserver quelques belles surprises durant ma lecture et pour m'emmener dans un voyage apocalyptique où quand on pense que tout est fini, ben non, il en reste encore dans le moteur !


On peut dire que Boston Teran a porté son polar à des sommets de violence que je n'avais pas encore rencontrés... sans jamais se départir d'un style d'écriture étonnant (simple mais percutant). Assurément, "Satan dans le désert" ne m'a pas laissée indifférente et j'en suis sortie groggy.

 

Alors, si vous adorez les cocktails "violence" mélangés à la poudre de fusil, additionné de drogues-sang-viols-tortures, le tout macérant dans du mezcal  avec une touche de tabasco pimenté, foncez !

 

"Satan dans le désert" a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

 

Livre participant au Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), au "Challenge US" chez Noctembule et Lire "À Tous Prix" chez Asphodèle.

 

 

 

Titre : La Rivière de sang
 
Auteur : Jim Tenuto
Édition : Gallmeister

Résumé :

Ex-star de football universitaire et vétéran de la guerre du Golfe, Dahlgren Wallace n'aspire qu'à poser ses valises.

 

Aussi, lorsque le magnat des médias Fred Lather lui propose de devenir guide de pêche dans sa propriété du Montana, l'occasion est trop belle. Jusqu'au jour où l'un des invités se fait assassiner à quelques pas de lui.

 

Accusé du meurtre, Wallace est contraint de mener sa propre enquête. La liste des suspects ne tarde pas à s'allonger, tandis que la violence se déchaîne : milices néo-nazis, éco-terroristes défenseurs des droits des animaux, ranchers véreux sont prêts à tout pour mettre la main sur le ranch de Lather.

 

Les étendues sauvages du Montana constituent le décor somptueux et menaçant d'une enquête riche en rebondissements.

 

Portrait acide d'une Amérique déglinguée, "La Rivière de sang" est la première aventure de Dahlgren Wallace. 

 

Critique : 

Dahlgren Wallace est un personnage comme on pourrait en croiser des tas dans les romans américains : ex-star de football universitaire, vétéran de la guerre du Golfe, un caractère soupe au lait et les poings qui savent parler. Vu sous cet angle, ça pue le cliché.

 

Oui, mais... Le cliché étant bien écrit, il passe comme une lettre à la poste.

 

Bon, je ne vous cacherai pas que le roman coule lentement comme une rivière et que l'auteur profite que son personnage soit guide de pêche pour nous instruire sur la pêche à la mouche.

 

Ami de la vitesse, va voir ailleurs, ici, c'est pas la vitesse des chutes du Niagara.

 

On pourrait penser que la vie pour Dalhgren Wallace allait couler comme la rivière, lui qui était devenu guide de pêche pour le magnat des médias Fred Lather... Ce type qui possède un gros ranch entouré de prairies, de gibier, de bisons et au milieu de tout cela coule une rivière.

 

Jusqu'au jour où l'un des invités se fait assassiner à quelques pas de Dalhgren. Oui, c'est dangereux la pêche à la mouche !

 

Vu que le gus refroidit était seul dans le bras de la rivière et que c'est notre ami qui l'y avait emmené, les options sont peu nombreuses quand à l'identité d'un présumé coupable...

 

Hormis un coup d'une truite tueuse, qui d'autre aurait pu tuer l'homme ? Pas sa veuve, elle était restée dans l'autre bras de la rivière.

 

Accusé du meurtre, embarqué en hélico par le FBI et l'agent Sully (et non pas SCully), Wallace devra répondre à des questions mais sera relâché. Le voici bien décidé à mener sa propre enquête, en digne émule de Sherlock Holmes qu'il devient.

 

Le Montana a p'têt des décors somptueux, mais la ville est remplie de barjots (pas frigides en plus) : entre les milices de néo-nazis dont le chien se nomme Himmler, entre des éco-terroristes sois-disant défenseurs des droits des animaux, on a aussi des ranchers véreux qui sont prêts à tout pour mettre la main sur le ranch de Lather ou lui faire cesser son élevage de bisons futés.

 

Bon, si l'enquête possède quelques rebondissements en tout genre, elle prend son temps et j'avoue que cela ne m'a pas dérangé. Wallace a ses défauts, mais je l'aime bien. Il sait réfléchir, prendre des risques, rendre les coups et mener son enquête à l'insu (pas toujours) de l'agent Sully ou du shérif de la ville.

 

Le roman se lit de manière agréable, parsemé de répliques humoristiques ou de bons mots. On s'instruit sur la pêche à la mouche, sur les Mormons, sur d'autres communautés religieuse de l'Amérique et le temps de lecture file comme l'eau de la rivière.

 

Petit bémol : que Dalhgren se fasse enlever/menacer par les nazillons de service, ça passe. Mais qu'ensuite ce soit les écolos limite "coco et sadico" qui s'en prennent à lui, ça fait beaucoup pour un roman !

 

Ma seule remarque... Quant au final, il était... J'ai adoré l'initiative de cette tête brûlée de Dalhgren ! Il a bien mené son enquête et sa persévérance a payée.

 

"La Rivière de sang" ou le portrait acide de l'Amérique qui part en couille... Première aventure de Dahlgren Wallace que je suis et je compte bien garder un oeil sur lui !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014).

 

 

 

 

Titre : Pike
 
Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister

Résumé :

Pike n'est plus l'effroyable truand d’autrefois, mais il a beau s'être rangé, il n’en est pas plus tendre.

 

De retour dans sa ville natale des Appalaches proche de Cincinnati, il vit de petits boulots avec son jeune comparse Rory qui l'aide à combattre ses démons du mieux qu’il peut.

 

Lorsque sa fille Sarah, disparue de longue date, meurt d’une overdose, Pike se retrouve en charge de sa petite-fille de douze ans. Mais tandis que Pike et la gamine commencent à s'apprivoiser, un flic brutal et véreux, Derrick Kreiger, manifeste un intérêt malsain pour la fillette.

 

Pour en apprendre davantage sur la mort de Sarah, Pike, Rory et Derrick devront jouer à armes égales dans un univers sauvage, entre squats de junkie et relais routiers des quartiers pauvres de Cincinnati.

Pike est un remarquable roman noir dans lequel Benjamin Whitmer, digne héritier de Jim Thompson et David Goodis, plonge dans l’âme du lecteur pour y laisser une empreinte indélébile.

 

Critique : 

♫ Noir c'est noir ♪... chantait Johnny. Moi, je viens de faire "noir SUR noir" en ne trouvant rien de mieux à faire que de lire Whitmer juste après Thompson. Deux polars trèèès sombres... ♫ Il n'y a plus d'espoir ♪

 

"L'Express" disait que Benjamin Whitmer avait sans doute avalé du Jim Thompson dans ses biberons et je constate qu'il en a eu aussi dans ses panades. Son roman est cinglant, dur, noir, sans espoir.

 

La première ligne nous met de suite dans l'ambiance plus que noire du roman puisque la scène inaugurale est celle d'un meurtre : Derrick Krieger, dit Derrick, vient de tuer un gosse d'une balle dans le dos.

 

Derrick est un flic qui n'a rien à voir avec son homonyme aux grosses lunettes et qui menait ses enquêtes avec la nonchalance d'un Droopy...

 

Ce flic plus que salaud serait-il la face sombre de ce que l'on a découvert sur la jeunesse de son homonyme, le commissaire Derrick (qui fit les beaux jours des après-midi dans les maisons de repos) ?

 

Je ne puis me prononcer pour l'acteur, mais le flic du roman, c'est une saloperie d'ordure qui pense qu'il peut jouer au justicier dans la ville, tuant des pédophiles ou autres raclures.

 

Le problème, c'est qu'il est bien pire que les raclures qu'il descend allégrement ! Le côté obscur de la Force est toujours plus attirant... et ce flic pense valoir mieux que tous les autres représentants de la loi réunis.

 

L'autre gars du livre, celui qui a donné le titre, c'est Douglas Pike : un ex-truand impitoyable, autrefois, rangé des voitures depuis quelques années, bien qu'il ne soit pas devenu un tendre, faut pas pousser.

 

Notre truand s'est converti en travailleur honnête qui réalise de petits petits boulots avec Rory, un jeune boxeur amateur qui a échoué à devenir professionnel. Un type qui a une faute originelle à expier lui aussi. Rory, c'est un peu le fils que Pike n'a pas eu.

 

♫ Noir, c’est noir ♪… Leur vie est sombre et là où les nuages commencent à s'amonceler encore plus au-dessus de leur tête, c'est lorsque Wendy, une gamine de 12 ans débarque. C'est la petite-fille de Pike, la fille de sa fille qu'il n'a quasi pas connu, ou si peu. Sa fille faisait la pute et est morte d'une overdose. ♪ Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir... ♪

 

Les retrouvailles seront tendues entre le grand-père et la petite-fille...


Pour ce qui est des portraits psychologique des personnages, rien à dire, ils sont travaillés et les dialogues sont incisifs. Pike, Rory, Wendy, malgré leurs défauts ou leur langage borderline sont des gens auxquels on s'attache. Derrick, pas du tout.

 

Par contre, j'ai quelques reproches à faire sur l'écriture. Certes, l'auteur a de l'aisance avec les mots de plus de dix lettres, son vocabulaire est riche, mais l'alternance de phrases courtes avec des plus longues très imagées casse un peu le fil du récit.

 

Trop de métaphores tuent la métaphore. Dire que le type qui le regardait avait des yeux qui étaient comme des trous de neige rempli de pisse, heu, j'ai du mal à imaginer... Ils étaient jaunes et fumants ?

 

Pour le style narratif, j'apprécie plus un récit au passé simple que au présent. Dans ma tête, lire "Pike haussa les épaules" passe mieux que "Pike hausse les épaules".

 

Il n'y a pas que ça : les chapitres sont fort courts, très très courts et ils me donnèrent l'impression d'être arrêtée non-stop dans ma lecture. Certains ne font même pas une page ! Vous l'entamez et hop, terminé.

 

Pourtant, le principe narratif était bon avec cette alternance de chapitres concernant Pike ou Derrick, dans le but de faire s’entrechoquer le destin de ces trois personnages.

 

Trois ? Bien sûr, il faut ajouter aussi la gamine qui sera le déclencheur de tout le reste... En ayant marre de ce grand-père qu'elle ne connaît pas et de son comparse, elle fugue et croise sur la route le fameux Derrick Krieger.

 

Pike, en apprenant qu'il a aguiché la petite, décidera de se mettre en chasse. Ce flic, il ne le connaît pas et tout le monde lui conseille de l'éviter comme la peste. De plus, tant qu'il y est, il aimerait aussi en apprendre un peu plus sur la mort de sa fille...

 

Étrange que ce livre dont le flic est aussi sombre qu'une nuit sans lune, semant les cadavres derrière lui et qui se fait pourchasser par un ex-truand qui mène une vie plus réglo que la sienne. Le monde à l'envers. Celui qui devrait être au service de la population n'est que pourriture tandis que le truand s'est blanchi. Enfin, on ne peut pas dire que Pike enquête avec gentillesse non plus...

 

Son enquête deviendra pour Pike une vengeance, comme une sorte de rédemption pour lui, mais le chemin sera long et semés de cadavres, de violence, de sang...

 

Si les chapitres sont trop courts, par contre, ils nous font descendre toujours un peu plus bas dans la noirceur et dans la violence purement gratuite. Noirceur dans l’âme des personnages principaux, pour qui la vengeance est ce qui les fait avancer  dans ce monde où le repos de leur âme n’existe pas.

 

"Pike", c'est un roman qui nous plonge brutalement dans un univers sauvage, rude, sans complaisance, où tout est noir. L'auteur nous traînant dans des squats de junkies ou dans les relais routiers des quartiers pauvres de Cincinnati, en passant par des ring de boxe.

 

Tout ici n'est que violence, qu'elle soit psychologique ou physique. Le tout est purement gratuit, parfois.

 

Et c'est là que le bât blesse un fois de plus : il manque de la profondeur dans l'histoire. Dommage, ce petit plus en aurait fait quelque chose de grand.

 

Malgré toutes mes critiques, j'ai passé un sacré moment de lecture et j'en ressors groggy, comme si je m'étais faites boxer par Rory, juste bonne à lire "Oui-Oui part en vacances".

 

Livre participant aux challenges "Thrillers et polars (2013-2014)" de Liliba et au  "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Cry Father


Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :

Depuis qu’il a perdu son fils, Patterson Wells parcourt les zones sinistrées de l’Amérique pour en déblayer les décombres. Le reste du temps, il se réfugie dans sa cabane perdue près de Denver.

 

Là, il boit et tente d’oublier le poids des souvenirs ou la bagarre de la veille dans un bar. Mais ses rêves de sérénité vont se volatiliser lorsqu’il fera la rencontre du fils de son meilleur ami, Junior, un dealer avec un penchant certain pour la bagarre.

 

Les deux hommes vont se prendre d’amitié l’un pour l’autre et être peu à peu entraînés dans une spirale de violence.

 

Critique : 

Il est des gens qui ont une propension à se détruire de l'intérieur et de l'extérieur, brûlant la chandelle par tous les bouts et cherchant misère à tous les coins de rue.

 

Patterson Wells, déblayeur de décombres aux États-Unis en est un et son plus sérieux concurrent est Junior, le fils de son ami Henry, ancien champion de foutage en l'air de sa life.

 

"Pike" était déjà fort sombre mais pour "Cry Father", on vient de franchir encore un pallier dans la noirceur de certains personnages.

 

Patterson Wells n'est pas le genre de gars dont on chercherait la compagnie pour faire la fête. Le moral en berne depuis la mort de son fils, il ressasse cette perte au point qu'elle l'entraine vers le fond, dans l’abîme.

 

Sa vie est remplie de rouille et il la soigne à coup d'alcool ou avec d'autre substances ressemblant au bicarbonate du tonton qui toussait. Pour lui, la solitude est une vieille copine.

 

Le pire, c'est que lorsque son gamin était en vie, il ne s'en occupait pas des masses, trop occupé qu'il était à bosser comme un dingue, à faire les 35h en deux jours et à écluser comme un régiment.

 

On peut dire que c'est cette propension à foutre leur vie en l'air à l'aide d'alcool, de drogues et de bagarres qui a réuni Patterson et Junior, bien que ce dernier fasse aussi dans le crystal meth.

 

Junior n’a pas envie de quitter la I-25 à Walsenburg. Il sniffe sa cocaïne directement dans le flacon, maintenant. En buvant du café de station-service noyé de bourbon. Tout est bon pour rester éveillé. Il sait qu’il ne devrait pas rallonger son trajet. Surtout pas pour faire route sur la San Luis Valley. Mais quand tu restes suffisamment longtemps sans dormir et que tu carbures à la cocaïne et aux vapeurs d’essence, tes mains font plus ou moins ce qu’elles veulent.

 

L'écriture est aride, cherchez pas de traces de bonheur, vous n'en trouverez pas, pour la rédemption, vous repasserez aussi. Ici, tout est noir, sombre, rouillé, tout n'est que vies en lambeaux et ces deux âmes en perdition qui se télescopent un jour.

 

Comme dans Pike, on se trouve face à des pères qui n'assument pas, qui sont incapables de montrer leur affection ou de protéger leurs gosses, qui sombrent dans la violence, fréquentes assidument les bars et se laissent entrainer vers le fond de la piscine alors qu'il leur suffirait de lâcher le poids qui les y entraine.

 

Il est presque impossible d'évaluer les blessures que les jeunes hommes blessés sont capables de s'infliger. Passant leurs nuits à boire, prenant toutes les drogues qu'ils peuvent se payer, pataugeant dans le type de conversations circulaires et sans fin que seuls les jeunes hommes blessés peuvent supporter. Des conversations à tel point saturées d'auto-apitoiement et de haine de soi qu'elles ne peuvent s'achever que par imposition soudaine de la force physique.

 

Pas de jugement de la part de l'auteur, ses personnages sont libres, majeurs, vaccinés (je crois) et s'ils se foutent eux-mêmes dedans, on ne peut s'empêcher d'avoir mal pour eux, d'avoir les tripes nouées en les voyant presque se mettre le canon du révolver dans la bouche (métaphore).

 

La vie ne leur a pas fait de cadeau mais ils n'ont pas fait grand-chose pour garder la tête hors de l'eau non plus.

 

Un roman fort sombre, sans fard, sans pincettes, sans concession, une écriture tout, sauf froide, et qui décrit, crûment, la VDM de certaines personnes.

 

Les après-midi chaudes où le rouleau de puanteur d'huile et de charogne vient submerger la zone, vous avez l'impression que vous allez mourir étouffé dans une conduite d'égout. On appelle ça la grande puanteur, et la rumeur dit qu'on peut s'y faire avec le temps. La rumeur dit aussi que parmi les résidents de troisième génération certains prétendraient ne plus la remarquer du tout. Mais il y a très peu de résidents de troisième génération.

 

Comme le disait Raoul Volfoni "Faut r'connaître... c'est du brutal !".

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et "Une année avec Gallmeister : les 10 ans" chez LeaTouchBook.

 

 

 

 

Titre : Corrosion


Auteur : Jon Bassoff
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :

Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac.

 

L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat.

 

Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte.

 

Critique : 

Qui a éteint la lumière ? Parce que ce roman est noir de chez noir. Il n'y a d'ailleurs personne à sauver dans ses pages.

 

Si la corrosion désigne l'altération d'un matériau par réaction chimique avec un oxydant, ici, il est question que de corrosion de l'âme des gens, de leur cœur, de leur esprit.

 

Et quand la corrosion lente commence, on ne l'arrête plus.

 

Le début nous présente Joseph Downs, un vétéran d'Irak, le visage mutilé par la guerre... Mais il n'a pas que ça de mutilé, son âme aussi l'est.

 

Dans cette histoire, tout n'est que noirceur, crasses, ténèbres et j'en passe. C'est noir de chez noir et même pas un petit peu blanc.

 

J'ai eu un peu de mal au début, avec la narration inhabituelle des dialogues : pas de tirets cadratins, pas d'ouverture de guillemets mais des dialogues plaqués sans rien sur la feuille, au milieu des autres phrases.

 

Le deuxième récit est encore plus noir que le premier (j'aurais pas cru ça possible) et la corrosion de l'âme de Benton Faulks se réalisera sous nos yeux horrifiés, pétrifiés, avant que le récit ne revienne ensuite dans sa troisième partie sur Joseph Downs.

 

C'est à ce moment là que l'ultime corrosion sera atteinte. Comme quoi, c'est toujours possible de faire pire que le précédent.

 

Un roman noir de chez noir mais qui ne m'a pas fait battre le cœur. J'ai frémi, j'ai été horrifiée mais pas conquise à cent pour sang.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

 

 

 

Titre : L'enfer de Church street


Auteur : Jake Hinkson
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :

Alors qu'il est victime d'un braquage sur un parking, Geoffrey Webb propose à l'agresseur de lui donner tout ce qu'il veut à condition qu'ils partagent ensemble cinq heures en voiture jusqu'à Little Rock dans l'Arkansas.

 

Webb a quelque chose à dire et a besoin de se confesser, même avec un forcené. 

 

Critique : 

Encore un petit Noir savoureux que je viens de déguster. Avec une légère goutte de lait tout de même.

 

Oui, j’ai honte de l’avouer mais j’ai failli pouffer de rire quand la vie de Geoffrey Webb a basculé dans l’horreur, à Church Street.

 

Oui, j’ai vraiment honte… C’est horrible, j’en ai conscience mais ce petit salaud m’a fait rire devant toute l’horreur de la scène. Tout ça à cause de sa bite qu’il n’a pas su contenir dans son pantalon…

 

Webb pourra dire ce qu’il veut, accuser un autre d’être plus sordide que lui, c’était entièrement de sa faute… Et moi, je riais en imaginant la tête de l’Autre quand il se rendrait compte que Webb était un fou furieux dans le fond.

 

Oui, j’ai aimé le voyage dans l’Arkansas, la ballade vers Little Rock avec Webb et son agresseur – auquel il raconte sa vie – m’a entrainé dans un autre monde, celui des Baptiste, que je n’ai pas l’intention de fréquenter. Pas besoin d’intermédiaires entre moi et Lui (si vous voyez de Qui je parle).

 

Oui, j’ai pris du plaisir avec son récit, même si je n’ai pas frémi devant toute sa noirceur et le nombre de morts. À force, on devient blindé, vous m’excuserez. Il aurait passé un chat dans un micro-ondes que là j’aurais eu les poils qui se seraient hérissés.

 

Mais ici, non, je jubilais littéralement. Va p’têt falloir que je consulte, moi.

 

Par contre, je n’aurais pas voulu habiter Church Street pour tout l’or du monde, quand bien même j’ai pris du bon temps avec ses habitants dont certains avaient l’âme et le cœur plus noir que le trou de cul d’un mineur occupé à creuser une galerie au fond d’une mine, à minuit par une nuit sans lune. ♫ Black is black ♪

 

— Nous ne sommes pas vraiment dans la petite maison dans la prairie, Frère Webb.

 

Je n’ai jamais aimé la bigoterie et dans ce roman, elle s’en prend plein la gueule.

L’écriture est sèche, elle claque comme un coup de fusil dans ta gueule, elle est remplie de cynisme et charge à fond l’hypocrisie de certains croyants qui pensent laver plus blanc que blanc ou être plus croyant que Jésus-Christ lui-même.

 

Pourtant, la fautive n’est pas la religion mais la manière dont on s’en sert et dont on impose certaines choses aux autres.

 

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage… J’espère que l’auteur l’a compris au moins.

 

Un petit roman noir jouissif, cynique, sans une once de lumière et où personne n’est à sauver non plus. Malgré tout, j’ai eu de l’empathie pour ce bon gros Geoffrey – amateur de branlette et de porno – qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

 

Je marquai une pause dans l’étude de mon plan parce que le porno avait atteint un point crucial, et j’atteignis un point crucial en même temps que lui. J’allai à la salle de bain me nettoyer et retournai sur mon lit.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), Le "Challenge US" chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

 

 

 

 

Titre : Dernier jour sur terre
 
Auteur : David Vann
Édition : Gallmeister

Résumé :

Le 14 février 2008, Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort.


À l'âge de treize ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours d'un coup de revolver.


Quel itinéraire a suivi Steve Kazmierczak avant de se faire l'auteur de ce massacre ? Quel parcours l'écrivain David Vann devra-t-il emprunter pour se libérer de son héritage ?


L'auteur retrace ici l'histoire de ce meurtrier, paria solitaire, comme tant d'autres. Comme lui par exemple, qui enfant se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.


Dans une mise en regard fascinante, l'auteur plonge dans la vie et l'esprit d'un tueur pour éclairer son propre passé, illuminant les coins obscurs de l'Amérique d'aujourd'hui où l'on se protège de toutes ses faiblesses une arme à la main.


Critique : 

Autopsie d'un meurtre de masse...


Comment un type qui a reçu le "Dean's award" en 2006, attribué par son université, la Northern Illinois University, peut-il, deux ans plus tard, entrer dans un amphi et tuer 5 personnes et en blesser 18, avant de se donner la mort ?

 

Que s'est-il passé dans le cerveau de Steve Kazmierczak, 27 ans, pour en arriver à une extrémité pareille ? Quel dommage a-t-il subi dans son enfance, son adolescence, pour basculer de telle manière ?


C'est ce que David Vann va essayer de comprendre en étudiant et en passant au crible la vie de cet étudiant solitaire et paria.


L'écrivain aussi aurait pu tourner aussi mal que Steve Kazmierczak. Du moins, leurs parcours sont parfois étrangement parallèles.


Pourtant, d'après les rares amis de Steve, ce n'était pas un méchant garçon... Alors quoi ?


Ceci n'est pas vraiment un roman, mais plus une étude sociologique que l'on aurait pu intituler "autopsie de l'esprit d'un meurtrier".


Lors de la tuerie et après, les médias et les journalistes, charognards patentés, ont écrit tout et n'importe quoi sur le tueur et l'auteur nous dressera ici un portrait bien plus juste, sans fioritures, sans atermoiements, un portrait brut du tueur et de cette Amérique qui pense que tout le monde a le droit de se promener armé pour se protéger.


Si certains passages du roman sont un peu limité niveau construction de la phrase, le reste passe tout seul et les parallèles mis en place entre l'enfance de l'auteur et celle de Steven sont très instructives.


Chapitres et phrases courtes, récit rythmé, enquête fouillée : ça claque et c'est lapidaire.


Steve est certes coupables d'avoir acheté des armes et de les avoir utilisées contre des innocents, mais il ne devrait pas être seul dans le box des accusés posthumes : l'Amérique, sa société, les lobbies des armes à feu, la couverture de santé et tout le système qui devrait être à revoir afin de se prémunir contre ce genre de meurtres de masse.


Un récit détaillé, fouillé et qui a pour but de remettre les pendules à l'heure, tout en vous laissant choisir votre coupable, bien que ce roman soit un véritable réquisitoire à charge contre l'Oncle Sam.


L'auteur a beau enrober le venin de ses phrases afin d'éviter une diatribe, on le sent quand même bien passer.


Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Filles
 
Auteur : Frederick Busch
Édition : Gallimard (2010) / Folio Policiers (2013)

Résumé :

Dans l'interminable hiver nord-américain, Jack, flic déchu au rang de vigile pour campus chic, ne pense qu'aux filles : adolescentes heureuses disparues sans laisser de traces, dont les portraits le dévisagent et le cernent ; et puis ce bébé mort accidentellement, à peine une fillette, dont son couple ne finit plus de faire le deuil.

 

Rongé par la perte et de silence, Jack cherche à se racheter en retrouvant ses réflexes d'enquêteur : consoler des parents en découvrant la vérité sur leur fille. Mais l'enquête tourne à l'obsession. Et sa liaison impossible avec une jeune enseignante ravive en lui un désir qui va le sauver ou le détruire.


La peinture du microcosme provincial et universitaire dessine un portrait saisissant des hantises d'une Amérique à la fois bien-pensante et ravagée par le ressentiment social, la guerre des sexes et les pulsions obscures.

 

Sur un argument aux échos dérangeants, Frederick Busch réussit miraculeusement, par un mélange de pudeur et de franchise, un roman aussi digne que poignant. 

Critique : 

Me voici devant une critique fort peu aisée à faire. J'ai aimé le roman, mais... Ben oui, il y a un "mais".

 

Qu'est-ce qui m'a empêché de savourer le roman alors que les autres l'ont adorés ?

 

Serait-ce le manque d'action ? Non, pas vraiment. Le récit prend son temps, ce qui nous laisse tout le loisir de faire plus ample connaissance avec Jack, un ancien flic devenu vigile dans une université fréquentée par des gosses de riches.

 

Les personnages seraient-ils mal travaillés, alors ? Non, pas du tout ! Que du contraire ! Notre Jack est un homme blessé par la mort de sa petite fille et lui et sa femme, Fanny, ont bien du mal à communiquer entre eux.

 

Leur souffrance est latente, comme prête à exploser. Ils s'aiment mais chacun vit sa vie de son côté, lui travaillant la journée, elle la nuit. Leur couple ne tient que pas habitude, la souffrance vécue étant leur ciment. Ciment qui a tendance à foutre le camp...

 

Durant toute la lecture, j'ai tenté de savoir ce qu'il s'était passé avec leur enfant, de comprendre pourquoi Fanny avait l'air de reporter toute la culpabilité sur son mari. Comme si c'était lui qui faisait tout à l'envers, comme s'il ne souffrait pas assez, comme si Fanny était la seule à avoir du chagrin...

 

Comme si le couple voulait oublier les causes de la mort de leur enfant : accident, fatalité, meurtre, omission... Chape de plomb coulée sur la chose.

 

En tout cas, de ce point de vue là, je ne peux pas reprocher à l'auteur de ne pas avoir su me faire ressentir toute la souffrance de ce couple et de ne pas m'avoir démontré que la perte d'un enfant, dans un couple, pouvait le dévaster profondément. Ici, c'est à petit feu que tout se désagrège.

 

Alors quoi ? Le fait que ce polar tienne plus du drame psychologique que d'une enquête dite "classique" ? Non, pas vraiment... Cela ne m'a pas trop dérangé que l'enquête sur la disparition de Janice Tanner passe un peu au second plan.

 

Jack n'est pas le meilleur enquêteur de cette petite ville de l'Amérique du Nord, il part parfois dans tous les sens, cassant la gueule à un petit dealer, omettant de fouiller aussi la chambre de la gamine, mais bon, ce n'est pas son job et il a accepté de s'occuper de l'affaire un peu à contrecœur.

 

Le temps démoralisant m'aurait-il tapé sur les nerfs ? Non plus, la neige, tombant quasi sans discontinuer, donne un faux air de huis clos à ce récit et le rend même oppressant à force d'étaler tant de blancheur sur tant de noir.

 

En fait, mon problème est venu du style d'écriture de l'auteur auquel je n'ai pas accroché. Jack, le narrateur, du fait de sa souffrance intérieure, a une manière de nous raconter les choses et c'est là que le bât à blessé entre lui et moi.

 

Bon, vers la moitié, ça allait mieux, m'étant habituée...

 

Voilà pourquoi je râle en écrivant ma chronique : ce roman avait tout pour me plaire de par sa psychologie des personnages poussée très loin, leurs blessures profondes, un couple déchiré, un environnement sombre, noir, de la neige pour rendre l'affaire plus complexe et ajouter une note dramatique à une partition qui l'était déjà.

 

Et moi, je bloque sur le style et la manière de construire le texte...

 

Y'a des jours comme ça où un grain de sable fait dérailler toute une belle machinerie bien huilée. Malgré tout, no regrets !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Canel (2014-2015), Le "Challenge US" chez Noctembule, Lire "À Tous Prix" chez Asphodèle (New York Times Notable Book en 1997) et Ma PAL "Canigou"… C’est du massif !

 

 

 

 

Titre : Et ne cherche pas à savoir
 

Auteur : Marc Behm
Edition : Payot et Rivages (1996)


Résumé :

A l'aéroport, Lucy achète "Moby Dick" et une bouteille de scotch. De quoi tuer le temps avant de prendre livraison d'un client. Lucy collecte les âmes pour Lucifer.


À la morgue, le Dr Hegel remercie "le piqueur", un serial killer qui a déjà poignardé onze victimes avec un pic à glace, de lui envoyer sur sa table de dissection de superbes jeunes femmes.


Au cimetière, Véronique Hegel converse avec sa mère, enterrée depuis des années.


Quant à Walter Gösta, il se planque. Son délai terrestre a expiré, mais il refuse d'honorer son contrat. Lucy est à sa recherche.


Le sens de tout ça ? "Ne cherche pas à savoir. De toute façon, qu'est-ce que signifient la vie, la mort, toutes ces foutaises ?"


Un serial killer, un ange de l'enfer, un médecin nécrophile, un cadavre en fuite, des damnés qui croient échapper à leur destin en s'aspergeant d'eau bénite...


Ce sont quelques-uns des personnages de ce thriller de Marc Behm, l'auteur inclassable et génial de La Reine de la nuit, Mortelle randonnée, Trouille et A côté de la plaque. "La grâce behmienne est indicible.

Critique : 

Walter Gösta avait un gros soucis : il n'arrivait pas à faire durcir son petit oiseau... Quelque soit le moyen utilisé, son instrument restait tout pantelant. Embêtant.

 

Passa alors un homme qui lui proposa un petit contrat. Il suffisait d'apposer sa signature en bas du papier et il avait la garantie de pouvoir baiser comme un malade durant les dix prochaines années.

 

Pour baiser, il a baisé, mais tout à un prix et c'est son âme qu'il a vendue en échange de dix années de folie sexuelle. Et Lucy est là pour récupérer son dû.

 

Voilà une lecture qui me laisse avec un sentiment mitigé, n'arrivant pas coter ce roman burlesque. Pourtant, habituellement, le burlesque, ça passe bien, chez moi. N'avais-je pas l'esprit à ça en entamant ma lecture ? Sans doute.

 

Composé de chapitres extrêmement courts, ce roman se lit assez vite. Particularité des chapitres ? Ils donnent tous la paroles aux différents protagonistes, ce qui peut vous faire perdre la tête à un moment donné.

 

Niveau personnages, ils sont tous plus tarés les uns que les autres. Entre le médecin légiste qui a des relations sexuelles avec les jolies femmes assassinées par le tueur en série "Le Piqueur"; Véronique, son épouse, qui parle à voix haute à sa mère morte; le District Attorney,  jumeau du légiste, qui a commis des bourdes dans son travail; Ken, le travelo et sa sœur, Bess, qui est capable de raconter des histoires délirantes dès qu'elle croise quelqu'un; Nan Corey, le fliquette qui marche de l'autre côté du trottoir; Buzz, le camé, Tibère, le croco du légiste qui vit dans la piscine...

 

Devant moi s’étendait une immense piscine. Ça, c’était une découverte ! L’eau était irrésistible, aussi invitante qu’un parfum aromatique. Je me déshabillai prestement et piquai une tête.
Je fis rapidement trois longueurs de bassin, puis je plongeai et touchai le fond.
Tapi dans un coin du grand bassin, il y avait un crocodile. Un très grand crocodile.
Il tourna la tête vers moi, la gueule ouverte.

 

Et je ne vous parle pas de tout le reste des personnages qui vont interagir, c'est encore plus fou que ce dont je vient de vous parler.

 

Les dialogues sont assez cru, mais ils m'ont souvent fait sourire de par leur drôlerie ou leur cynisme.

 

— Et vlan ! Je me suis retrouvée ronde comme une montgolfière. Sur le moment, j’ai cru que c’était une tumeur. Quand j’ai appris que ce n’était pas ça, j’ai été tellement soulagée que j’ai décidé de mettre bas le petit salopard.
— Diantre ! Où est-il maintenant ce paquet d’amour ?
— Aucune idée. Et, comme le disait Rhett Butler à Scarlett O’Hara : "Franchement, ma chère, je m’en tamponne le coquillard".

 

Sans compter que dans ce roman, tout le monde, ou presque, à couché avec tout le monde. Hommes et femmes, femmes ensembles, hommes entre eux. Ajoutons à cela de l'inceste entre neveu et tante, frère et sœur, ainsi que de la nécrophilie et nous aurons fait le tour.

 

"Encore une ! Youpi ! […] Elle gisait sur la table aussi désirable qu’un mannequin posant en couverture de Vogue. Manteau de vison, boucles d’oreilles en or, visage exquis !
Son nom était écrit sur l’étiquette d’identification :
"FIFI". Etait-ce donc canaille !
— Allez, Fifi, fais voir ton mimi !
Je tremblais. Je bavais presque d’excitation. Quelle déesse ! Ooooooooh ! C’était la plus jolie de toutes jusqu’à présent. En comparaison, les autres avaient été des laiderons. J’étais impatient de m’allonger sur elle. Rhaaaaah ! Youpiii !
J’ouvris son manteau, relevai sa jupe, baissai fébrilement sa petite culotte…
Elle avait un penis !

 

Vaut mieux pas le laisser traîner sur une table à proximité des enfants car le sexe est omniprésent dans les pages. C'est bien simple, des tas d'hommes ouvrent leurs braguettes et sortent leur truc dès qu'ils voient une femme, même les flics.

 

Ce roman est un délire permanent, vous l'avez sans doute compris. D'habitude, j'adore ce genre de récit mais ici, il a coincé un peu à certains moments (les passages avec l'éléphant, le fantôme et les rats).

 

Pourtant, on ne s'ennuie pas une seule minute, c'est limite du vaudeville, surtout les passages avec la cavale de Bess et Buzz et le cadavre dont il voudraient bien se débarrasser.

 

Mais... certains passages étaient trop "exagérés" et j'ai coincé à ce niveau là.

 

Tout ça ne m'empêchera pas de me pencher sur les autres titres de Marc Behm, je vous rassure de suite.

 

En tout cas, si vous êtes déprimés, ce genre de roman fou vous remettra à flots.

 

Par contre, ne signez jamais rien en échange de votre hypostase ! N'essayez pas non plus de vous soustraire à votre chasseur. Quand bien même il ne vous retrouverait pas, votre contrat étant terminé, tout redeviendra comme avant, comme Walter Gösta a pu le constater :

 

Ma queue est aussi molle qu'une tresse. J'ai beau la pistonner, elle refuse de durcir. Je l'ai arrosée d'eau bénite, mais elle s'est ratatinée encore plus.
Je suis redevenu comme avant. Les photos de Playboy et de Penthouse ne me font aucun effet. Tous ces nénés, ces culs et ces chattes me laissent froid.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), Le "Challenge US" chez Noctembule et "Challenge Ma PAL fond au soleil - 2ème édition" chez Métaphore.

 

 


 

Titre : American Psycho
 
Auteur : Bret Easton Ellis
Édition : 10-18 (2005)

Résumé :
"Je suis créatif, je suis jeune, [...] extrêmement motivé et extrêmement performant. Autrement dit, je suis foncièrement indispensable a la société".

 

Avec son sourire carnassier et ses costumes chics, Patrick Bateman correspond au profil type du jeune Yuppie des années Trump.

 

Comme ses associés de la Chemical Bank, il est d'une ambition sans scrupules. Comme ses amis, de il rythme ses soirées-cocktails pauses cocaïne.

 

À la seule différence que Patrick Bateman viole, torture et tue. La nuit, il dévoile sa double personnalité en agressant de simples passants, des clochards, voire un ami. Mais il ne ressent jamais rien. Juste une légère contrariété lorsque ses scénarios ne se déroulent pas exactement comme prévu...

 

Critique :

ABANDON !! Oui et je vous jure que ça me fait bien râler (pour rester un tant soit peu polie) parce que ce roman, je voulais à tout prix le découvrir, surtout en lisant toutes les critiques positives sur Babelio.

 

Et oui, je savais ce qui m'attendait, du moins en ce qui concerne les scènes gores.

 

En fait, ce n'est pas ça qui m'a fait décrocher, mais les quantités de ce que je nommerai "des élucubrations" (celles d'Antoine me faisaient rire, pas celles des personnages du roman).

 

Déjà, dès les premières pages, j'ai soupiré en découvrant la scène du taxi et les dialogues sans queue ni tête. Surréaliste...

 

Et ce ne fut qu'une longue suite de soupirs en tournant les pages et en tombant sur des pavés indigestes de bla-bla, de liste de marques pire que si je me trouvais sur une chaîne consacrée aux pubs.

 

Ok, c'est bien que l'auteur insiste sur le fait que l'argent a fait d'eux des esclaves, que le dieu fric est leur maître et que ces gens ont perdu toute notion de ce qu'est la réalité. Mais de là à nous décrire, jusqu'à l'indigestion, les détails de leurs repas et toutes leurs vaines distractions... Soupirs, soupirs. 

 

Heureusement que ces divagations endormantes étaient entrecoupées de scènes plus sanglantes pour me réveiller.

 

Patrick Bateman, notre personnage principal est psychopathe à ses heures perdues et il dézingue des SDF. On passe son temps comme on peu, non ?

 

Golden boy friqué, il est élégant, ne porte que des costumes qui valent votre mois de salaire, il est plus brillant qu'un sapin de Noël illuminé et nous pouvons dire que c'est une espèce de bôgosse. Bôgosse infernal et infect, oui !

 

Le pire, c'est que nous entrons à un moment dans l'ère du surréalisme poussé à pleine puissance puisque personne ne s'émeut des traces de sang sur les draps, le sol, les journaux imbibés de fluide vital que la femme de ménage dépose tout simplement dans la poubelle.

 

Il l'a vraiment fait ou pas ? Il a rêvé, fumé, disjoncté tout seul ?

 

Je n'en sais rien parce qu'au final, j'ai zappé des centaines de pages, les tournant en grimaçant pour finir par lancer le livre sur la table, de rage.

 

Même le sang qui giclait m'énervait à cause de tout le reste.

 

Le plus râlant ? Au boulot, tout était terminé, plié, encodé, clôturé, bref, j'avais le droit de m'affaler dans mon fauteuil de bureau, de mettre les pieds sur la table et de lire durant 4h...

 

Non, je n'avais rien d'autre à lire avec moi... et là, ce fut un long cri de douleur. Mes collègues ont cru que le PC avait planté, serveur y compris et que toutes les données étaient perdues. Z'ont eu peur.

 

No stress, c'était juste ma frustration de lecture après quelques chef-d'oeuvre littéraires. American Psycho ne sera pas mon coup de coeur et ma critique ira dans le sens contraire des autres.

 

Le livre qui a ébranlé l'Amérique ne m'a pas ébranlé, moi...

 

P'têt que le film avec Christian Bale sauvera les meubles ?

 

Titre participant aux Challenges "Romans Classiques" de Métaphore et "La littérature fait son cinéma" de Kabaret Kulturel.


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