4.23 Oldies [Romans Noirs]

 

Par "Oldies" j'entends par là des romans dont l'auteur n'est pas contemporain avec nous, pauvres lecteurs.

 

Attention, le critère important est l'époque dans laquelle vit l'auteur, pas celle durant laquelle se déroule son récit !


Paul Colize pourrait écrire un roman noir se déroulant en 1920 qu'il se trouverait classé dans les "contemporains" puisqu'il écrit dans les années 2000.

 

Ne seront repris ici QUE les auteurs qui ont écrit des polars noirs AVANT les années 80.

 

 

 

 

 

Titre : Nu dans le jardin d'Éden
 
Auteur : Harry Crews
Édition : Sonatine (2013)

Première publication : Naked in Garden Hills (1969)

 

Harry Crews (1935-2012) est l’auteur de seize romans, parmi lesquels Le Chanteur de gospel (Gallimard, 1995) et La Malédiction du gitan (Gallimard, 1998).

Résumé :

Garden Hills a connu des jours heureux. À l’époque où Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a fait construire le village au fond d’une mine de phosphate qu’il a découverte et exploitée. Travail assuré, salaire, sécurité. Puis, les hommes de Jack ont quitté la place. Le créateur a abandonné sa création, la mine a fermé, les habitants ont déserté le village.

 

Seules une douzaine de familles ont résisté, constituant une véritable cour des Miracles qui vit aujourd’hui encore dans l’espoir du retour de Jack O’Boylan.

 

Le village pourrait néanmoins renaître seul de ses cendres grâce à Fat Man, qui a hérité de son père, propriétaire des terrains avant la construction de la mine, une incroyable fortune.

 

Mais personne n’attend plus rien de lui : Fat Man est un obèse qui passe son temps reclus dans sa maison à ingérer d’énormes quantités de nourriture en ignorant le monde extérieur.

 

Reste Dolly, une ancienne reine de beauté, dont le souhait le plus ardent est de convertir Garden Hills à la modernité, c’est-à-dire au tourisme et à la débauche.

 

Rapports de forces, manigances amoureuses et sexuelles, trahisons et machinations ... Dolly ne lésinera sur rien pour abattre les vieilles idoles et mener son projet à bien.

 

Petit Plus : Quelque part entre Samuel Beckett et Jim Thompson, Harry Crews nous offre avec l’histoire de ces marginaux perdus dans une ville fantôme une interprétation saisissante de la Chute originelle.

 

On trouve dans ce roman, le deuxième de l’écrivain, publié aux États-Unis en 1969 et jusqu’ici inédit en France, la noirceur, l’humour et la compassion qui ont fait le succès de "Body", "Car" ou encore "La Foire aux serpents".

 

Critique : 

"Nu dans le jardin d'Éden" ne vous parlera pas d'Adam et Eve chassé du Paradis, mais plutôt le contraire : Dieu qui fou le camp, abandonnant ses misérables créatures dans ce qui se rapprocherait plus de l'Enfer que du Paradis d'Éden !

 

1960. Garden Hills, une petite ville de Floride, sorte de trou du cul du monde d'où on extrayait du phosphate, tient plus d'un enfer que d'autre chose : les tâches y sont harassantes, horriblement sales à cause du phosphate, et répétitives à la limite de l'absurde, comme ce trou qu'un homme - Wes - creuse tous les jours et qui est rebouché la nuit

 

On pourrait croire que les habitants n'étaient pas heureux, mais c'est tout le contraire : ils étaient tout content, les gens qui bossaient à l'usine d'extraction de phosphate de monsieur O'Boylan ! La routine, certes, mais l'argent de leur salaire les faisait vivre... Jusqu'à ce que O'Boylan (Dieu) se retire de ce trou à rat, laissant les gens en plan.

 

Une douzaine de familles résistent encore et toujours, s'accrochant aux collines poussiéreuses et aux lacs sans poissons au lieu d'aller chercher fortune ailleurs. car dans leur petite tête, O'Boylan va revenir, cette absence de la divinité, qui les nourrissait en les faisant travailler, ne peut être que temporaire.

 

C'est ce constat qui donne un sens à leur présence dans cet endroit désolé.

 

Ici, nous sommes dans un vrai roman noir, limite huis clos puisque, en plus d'être dans le trou du cul phosphaté du monde, nous suivons la vie de trois personnages principaux (Fat Man, Jester et Dolly) et quelques autres secondaires (Wes dit "Iceman" et Lucy). Les seuls moments où nous quittons la petite ville, c'est lorsque nous suivons leur parcours de vie "antérieure".

 

Si ces habitants attendent le retour de O'Boylan comme d'autres attendent le Messie, c'est parce que Fat Man - 280 kg à poil - a entretenu cette flamme en racontant sa fable : O'Boylan reviendra !

 

Fat Man, dont le père a touché un pactole en vendant les terres à O'Boylan, trône dans sa grande baraque sur les hauteurs. Un autre Dieu puisqu'il a maintenu un simulacre de vie normale à Garden Hills depuis le départ de l'usine et que "Les hommes pour qui Dieu est mort s'idolâtrent entre eux" (Le Chanteur de Gospel - 1968).

 

Les familles qui végètent à Garden Hills sont des pathétiques doublés d'assistés. D'ailleurs, s'il n'y avait pas le talent d'écriture de l'auteur additionné à un scénario bien monté, des personnages travaillés et goupillé avec tout le reste, on pourrait même dire que ces gens sont des cons, des débiles et des gros naïfs.

 

Mais cela eut été trop simple et trop facile que d'en faire des cons, et le roman n'aurait pas mérité son titre de roman "noir". Non, on l'aurait appelé "Lost Story", tout simplement. Ces gens, on apprend à les connaître et on comprend le pourquoi du comment... Une partie de la force du roman réside là-dedans.

 

Mensonges, cupidité, trahisons, manipulations, freaks (monstres humains) prostitution soft (pelotage), espoirs entretenus, despotisme, misère, voyeurisme,...

 

C'est tout cela qui est réuni dans ce livre dont je ne puis vous en dire plus tellement le scénario est riche sans être alambiqué, bien écrit et bien travaillé, bien pensé, bien pesé, jusqu'à un final dantesque.

 

Une lecture coup de coeur, coup de poing, courte, mais bonne et qui va me trotter dans la tête durant de longues années !

 

Note : dans la salle de bain de Fat Man, construite par O'Boylan, il y avait la représentation de Michel-Ange "La Création" où Dieu et Adam se touchent le doigt, car si Dieu a créé l'homme à son image, l'homme a créé Dieu à la sienne. Et tout s'explique...

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014) et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : La malédiction du gitan
 
Auteur : Harry Crews
Édition : Gallimard (2010)

Première publication : The Gypsy's curse (1974)

Résumé :

Marvin Molar aurait de quoi l'avoir mauvaise. Il a le buste puissant et des bras de cinquante centimètres de circonférence, mais il ne pèse guère plus de cinquante kilos.

 

C'est que Marvin n'a pour ainsi dire pas de jambes, juste deux petites cuisses de grenouille. Marvin Molar est aussi muet de naissance, sourd par accident, et ses parents l'ont abandonné à l'âge de trois ans.

 

Il vit au Fireman's Gym avec Al Molarski, le vieil homme qui l'a recueilli, au milieu d'une famille de défectueux divers.

 

Contrairement à tous ces tarés, Hester, la copine de Marvin Molar, "n'a pas été oubliée le jour de la distribution". Il ne lui manque rien, tout est au bon endroit. Sauf, peut-être, le cœur... 

 

Critique : 

Que ceux qui se plaignent à tout bout de champs pour presque rien prennent exemple sur Marvin Molar :  il est né sans jambes, sauf si on considère que ses deux petites cuisses de grenouille de jambes en sont.

 

"C'est rapport à ce qu'il est tellement vilain, avec ces foutues jambes ficelées à son cul comme il a".

 

Non content d'être cul-de-jatte, il est aussi muet de naissance,  ses parents l'ont abandonné à l'âge de trois ans devant un gymnase pour les fous de fonte et Marvin devenu est sourd par accident.

 

Il a juste pour lui un buste puissant et des bras de cinquante centimètres de circonférence. Vous me direz que ça lui fait une belle jambe... je sais.

 

Nous sommes à Tampa en Floride, dans une salle de sport, le Fireman's Gym où se côtoient les boxeurs, les fous de fontes et les sportifs amateurs.

 

Les personnages sont toute une histoire à eux seuls. Le maître des lieux, Al Molarski, ancien lutteur au corps bodybuildé qui a perdu un peu de sa masse musculaire puisqu'il a 70 balais. Sa manière de parler est aussi assez originale puisqu'il inclut son prénom dans les conversations.

 

— T'avais pas dit à Al qu'elle s'exerçait.

 

C'est lui qui a récupéré Marvin et en a fait un artiste, un équilibriste, une bête de foire, notre homme arrivant à faire pivoter ses 45kg sur un seul doigt. Al est accompagné de Pete, un ancien boxeur Noir qui parle tout seul et de Leroy, un jeune qui pensait savoir boxer.

 

Tout ce petit monde tournait assez bien jusqu'au moment au Marvin a cédé aux sirènes d'Hester, sa copine - qui possèdent des jambes interminables - et l'a amené vivre avec eux...

 

"Bordel de merde, Hester, on peut pas avoir une bonne femme dans un gymnase pour hommes - habiter avec trois mecs, en plus !
"T'as dit qu'y en avait deux qui étaient sonnés".
"Putain, ils sont sonnés tous les trois, mais ils ont quand même des bites."
"J'ai déjà vu des bites", elle a fait. "Les bites, c'est pas ça qui m'effraie".

 

Sa gonzesse a beau avoir tout ce qu'il faut là où il faut, savoir réaliser des prouesses sexuelles à damner des Bonzes Tibétains ou à faire triquer un régiment d'eunuques, il lui manque un truc essentiel : le cœur !

 

Hester elle a des cuisses à vous en donner un arrêt du cœur.

 

— T'aimes ça quand je te le fais, non ? qu'elle disait.
— À en tourner de l’œil.

 

"¡ Que encuentres un coño a tu medida !" est la malédiction du gitan qui signifie "Trouve-toi un con à ta taille et tu ne seras plus jamais le même"... Amis de la poésie, bonjour !

 

Si Marvin ne possède ni la parole ni des jambes, il a une cervelle et sait s'en servir, il a compris, lui, ce qui allait se passer... Malheureusement, quand on se fait tenir par le bout de la bistouquette, on n'est plus bon à rien. Et puis, quand on a fait entrer le loup dans le poulailler, c'est trop tard.

 

J'ai pris un plaisir énorme avec la plume de Harry Crews et son monde de Freaks (monstres humains) tellement drôles, cyniques, qui, sous leur carapace et leur air grognon possèdent un cœur. Al est comme un père pour eux et tous les 4 se complètent tellement bien.

 

Marvin fut mon préféré, son statut de narrateur donnant au récit une touche plus profonde, plus belle, plus touchante. Il y a un tel réalisme dans l'écriture que les personnage vous paraissent réels, surtout que leur langage est des plus fleuri et n'a rien d'académique.

 

"J'ai tenu plus de roustons dans ma main que Willie Mays a jamais lancé de balles de base-ball" elle a fait en prenant bien soin de paraître désinvolte.

 

Et puis, Marvin, petit personnage cabossé, est attendrissant au possible.

 

Le malheur, je l'ai vu venir... leur monde était fragile et on l'a senti vaciller à l'arrivée d'Hester. On sait que tout finira mal, mais on ne peut pas lâcher le livre, espérant un happy end.

 

C'est un grand moment d'émotion que j'ai passé en lisant ce roman noir qui jongle avec le cruel et le tendre, l'espoir et le désespoir, le machiavélisme et le cynisme, la renaissance et la mort, la bêtise des uns et l'intelligence de Marvin.

 

Drôle et dramatique en même temps. Machiavel avait dû donner des leçons à certaines.

 

Oui, Marvin, je t'ai compris... Oui, Marvin, tu vas me manquer.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), le "Mois Américain - Septembre 2014 - chez Titine et "Ma Pedigree PAL - La PAL d'excellence" chez The Cannibal Lecteur.

 

 

 

 

Titre : La Mouche du coche


Auteur : Donald Westlake
Édition : Payot et Rivages (2004) pour la nouvelle traduction intégrale

Première publication : The Busy Body (1966)

Publié en français sous : Les Cordons du poêle - Série noire n°1068 (1966)

Résumé :

Aloysius Eugene Engel est entré dans la mafia pour suivre les traces de son père et en révolte contre sa mère qui voulait lui faire faire des études.

 

Par accident, il est devenu le bras droit du caïd Nick Rovito. Ce qui implique des besognes souvent terre à terre, comme porter le cercueil d’un collègue nommé Charlie.

 

Mais la journée n’est pas finie que Nick ordonne à Aloysius d’aller déterrer Charlie. En effet, ce dernier a été enseveli avec sa veste bleue, dont les coutures regorgent... d’héroïne !

 

Violer un cimetière en pleine nuit n’est pas une partie de plaisir. D’autant plus que le cercueil est vide et que le cadavre s’est envolé...

 

Petit Plus : Publié à la Série noire sous le titre Les cordons du poêle dans une version tronquée, ce cocktail d’action et d’humour est aujourd’hui disponible dans une traduction révisée et complétée.

 

Critique : 

Lire un Westlake est toujours un plaisir, même si ce n'est pas un avec le cambrioleur malchanceux Dortmunder.

 

New-York, années 60. Nous voici dans une Organisation qui a tout de la Mafia...

 

Alyosius Engel est devenu le bras droit du patron de l'organisation, Nick Rovito. C'est un peu par accident qu'Al est devenu le bras droit parce qu'il a tout du bras gauche.

 

Voilà que notre pauvre Al est chargé par son boss d'aller déterrer le corps d'un membre de l'organisation, Charlie Brody. Pourquoi ? Parce que ce passeur a été enterré dans son complet bleu, celui dont les doublures contiennent de la Blanche !

 

Pas de bol, le cercueil est vide ! Plus de corps, plus de complet, plus de Blanche et les emmerdes vont commencer pour ce pauvre Al qui va avoir des journées fort chargées !

 

Si vous aimez l'humour noir et les situations cocasses, ce roman est fait pour vous car Al Engel a tout d'un Dortmunder : il ne tue pas, il lui arrive des tas de trucs, il se retrouve dans des situations qu'il n'a pas voulu et à l'impression que tout va de travers.

 

Il a beau être un truand, Al est un personnage que l'on aime d'entrée de jeu. Le pauvre, il a été un peu trop étouffé par sa mère, limite castratrice et s'il a tout fait pour entrer dans l'Organisation, c'était pour faire plaisir à son père et aller contre sa mère. Maintenant, la voilà toute fière que son gamin soit un homme de l'Organisation.

 

Il a beau n'avoir rien d'un Sherlock Holmes lorsqu'il mène son enquête sur le cercueil vide, il arrivera tout de même à remonter la piste du cadavre et du gros soucis qui lui est tombé dessus en prime.

 

La plume de Westlake fait mouche, une fois de plus, nous donnant des petits traits d'humour durant le déroulement du récit et nous proposant des personnages bien campés.

 

De plus, c'est une version non caviardée que nous propose Payot & Rivages, au contraire de la version de la Série Noire qui était tronquée (et parue sous le titre de "Les cordons du poêle").

 

Tout ça pour vous dire que c'était un pur moment de jouissance littéraire.

 

La minute de culture : Autrefois, tenir les cordons du poêle, c'était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil.


Car le "poêle", entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l'autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Aujourd'hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu'ils tiennent les cordons du poêle.

 

La mouche du coche désigne quelqu'un qui s'agite beaucoup sans rendre de réels services ou qui est empressé inutilement.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

 

 

 

Titre : Scarface
 
Auteur : Armitage Trail
Édition : Rivages Noir

Première publication : Scarface (1930)

Résumé :

Après l'avoir perfectionné dans toutes les branches du bel art du meurtre, le gouvernement relâchait Tony Guarino avec sa bénédiction, sous la forme d'un diplôme de bon soldat.

 

Tony rentrait avec un nouveau visage et un tas d'idées qui s'exerceraient inévitablement lors de leur mise en pratique, au détriment de la communauté.

 

Cette atroce nuit de bataille dans les bois qui lui avait rapporté ses médailles lui avait laissé aussi une longue cicatrice livide sur le côté gauche du visage. Les muscles et nerfs qui entouraient sa bouche avaient dû être impliqués dans l'affaire et, à présent, le coin gauche de ses lèvres tirait en permanence vers le bas.

 

Quand il souriait, ce coin-là refusait de sourire et conférait à son visage un aspect étonnamment sinistre. Désormais on le surnommerait Scarface.

 

Petit Plus : Écrit à la fin des années vingt, resté inédit en France, Scarface est un grand roman noir précurseur de l'âge d'or du genre. Il a servi de base au Scarface de Howard Hawks (avec Paul Muni et George Raft), le chef-d'œuvre incontestable du film de gangsters

 

Critique : 

Scarface, c'est un peu comme Sherlock Holmes : un personnage littéraire bien que de nombreuses personnes soient persuadées qu'ils ont réellement existé.

 

Autre point commun des deux personnages, ils furent tout les deux basés sur des personnes existantes.

 

Le professeur Joseph Bell pour Holmes, Al Capone pour Scarface. Et il fallait avoir des couilles pour publier un roman tel que Scarface alors que Capone était toujours de ce monde.

 

Pour écrire, l'auteur avait de la matière puisqu'il vivait à Chicago et fréquentait les gangs siciliens locaux. C'est dire si ce roman est quasi un témoignage.

 

Nous sommes en 1917. Tony Guarino est un jeune homme beau, ambitieux et charismatique. Ses parents, d'origine italienne, possèdent une épicerie et son frère aîné fait partie de la maison poulaga.

 

Mais  Tony sera gangster, lui. Attention, pas le gangster qui braque le petit commerçant, non, Tony voit plus loin, lui !

 

D'ailleurs, il commencera gros en descendant Al Spingola, le caïd du quartier, pour lui chiper sa meuf, Vyvyan Lovejoy. Ce meurtre lui permettra de faire ses premières armes dans la bande de l'irlandais O'Hara (pas un O'Hara de Lucky Luke).

 

Une énorme bévue due à sa jalousie lui vaudra de prendre la fuite pour l’Europe - qui se débattait dans un conflit sanglant - pour se faire oublier dans l'armée.

 

Une armistice et une balafre plus tard, le voilà de retour avec une nouvelle identité et des idées mauvaises plein la tête. Et deux cadavres de plus.

 

Ce roman fait partie de ce que l'on nomme le "hardboiled" (dur-à-cuire).

 

Une véritable immersion dans le milieu des gangsters qui rackettent les commerçants et vendent de l'alcool, au temps béni de la prohibition. Le tout sous l’œil bienveillant de la police, copieusement arrosée par les dirigeants des gangs afin de fermer les yeux. Les District Attorney aussi.

 

C'est aussi le bon temps où on emmène de temps un membre d'un autre gang "en ballade"... cela se termine raide mort dans un talus, après torture.

 

Tony est un sale gamin. Niveau marketing et business, il est champion, mais niveau caractère, ça fait froid dans le dos.

 

Monsieur a des grandes idées, des grands moyens, mais est d'une jalousie crasse. Alors qu'il était encore avec Vyvyan, il ne se privait pas de lorgner sur une autre belle nana, faisant ses commentaires flatteurs à voix haute, mais lorsqu'un homme, éméché, demanda une danse à Vyvyan, il se fit casser la gueule !

 

Malgré le fait qu'il est avec sa nouvelle copine - qu'il a absolument voulu - il continue de zieuter les autres.

 

Et ce qui fait tomber les hommes, ce sont les femmes. Les femmes qui s’estiment bafouées ou trompées (à tort ou à raison, le doute étant un poison sournois qui tue autant que les certitudes).

 

Ah, Tony, on te l'aurait bien dit qu'une femme qui s'estime trompée est plus dangereuse qu'un gang armé jusqu'au dents et que le poignard sera planté dans le dos.

 

PS : Le Scarface de Brian de Palma est un remake du film éponyme de 1932, qui relate l'histoire d'un immigré bâtissant à Chicago un empire sur le trafic d'alcool pendant la Prohibition. L'histoire est réactualisée en changeant l'origine du héros et les trafics auxquels il est lié.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015)Challenge "La littérature fait son cinéma - 4ème année" chez Lukea Livre et le Challenge "Le Mois Américain" chez Titine.

 

 

 

 

Titre : La nuit du chasseur
 
Auteur : Davis Grubb
Édition : Série Noire Gallimard / Folio

Première publication : The Night of the Hunter (1953)

Résumé :

"Pendi, pendu, pendant ! Vois ce qu'a fait celui qui pend. Pendu, pendi, pendant ! Vois le voleur se balançant !".

 

C'était la chanson que chantaient les enfants : tous les enfants du débarcadère de Cresap sauf, bien entendu John et Pearl.

 

Car leur père qui s'était promis de ne plus voir des gamins mourant de faim a fini au bout d'une corde. Et parce qu'il a planqué un magot, ses orphelins vont croiser la route meurtrière de Prêcheur. Son charme. Sa si belle voix. Sa violence cachée...

 

John, neuf ans, devra se défendre seul et protéger sa sœur. Il devra résister au charme immonde du Mal, être plus fort que sa naïve mère, que les odieux voisins...

 

Il devra fuir pour survivre, pour tenir sa promesse...

 

Critique : 

Il est des livres terrifiants, ceux qui vous font dresser les cheveux et qui vous malmènent le palpitant sans avoir besoin de vous sortir des monstres du placard, des vampires de tombes sinistres ou des cadavres sanginolants et torturés.

 

Tout l'art de foutre la trouille se trouve dans l'atmosphère de ce roman : sombre, plombée, angoissante, étouffante, oppressante. Ce combat psychologique entre un homme (un magnifique salaud) et un enfant qui gardera les lèvres scellées...

 

Que lui veut-il ? Faisons un bref retour en arrière.

 

La crise de 1929 fut terrible. Tout le monde garde en mémoire ces banquiers se défenestrant ou ces gens jetés sur les routes, ces familles Joad partant en quête d'une hypothétique vie meilleure en Californie.

 

Les années qui suivirent furent dures pour tous et parce qu'il ne voulait pas voir ses enfants souffrir de la faim et parce qu'il voulait leur offrir une vie meilleure, Ben Harper a braqué la banque, dérobant 10.000$ et tuant les deux caissiers.

 

Les hommes en bleus (pas des membres de l'UMP) sont venus l'arrêter devant ses enfants mais avant cela, il avait eu le temps de cacher le magot, faisant jurer à John et à la petite Pearl de ne jamais rien dire et de garder le secret.

 

Ces incommensurables imbécilités qui furent de voler et de faire jurer le silence sur sa planque à deux enfants de 9 et 5 ans seront complétées par la pire autre connerie qu'il pouvait faire...

 

Attendant sa pendaison, Ben Harper se vantera devant un autre détenu que l'argent existe toujours, un homme qui se présente comme un homme de Dieu et nommé le Prêcheur, Robert Mitchum pour le cinéma.

 

Les anciens se souviennent que "Love-Love" était le surnom donné à Marlène Jobert par Charles Bronson dans "Le passager de la pluie".

 

Ici, nous avons "Love-Hate" : les mains du Prêcheur Harry Powell sont tatouées au niveau des phalanges. Sur la droite, le mot "LOVE" et sur la gauche, celle dont il dit que ce fut la main avec laquelle Caïn tua Abel : "HATE".

 

Cette dualité qui habite le Prêcheur a plus tendance à basculer du côté obscur de la Force, heu, de la haine.

 

Portant le masque de la gentillesse et de l'Amour Divin, Harry Powell est prêt à tout pour mettre la main sur le pactole. Il a du charme, c'est un beau parleur, un bon prêcheur et les femmes l'aiment bien.

 

Toutes les femmes ? Oui ! Ne reste pour lui résister que le petit John, neuf ans, qui a très bien compris que cet homme ne vise qu'une chose : la magot de son père.

 

Le petit John sait pourquoi Powell veut s'introduire dans la maison, il sait très bien pourquoi il séduit sa mère... Il sait qu'il doit garder le silence et protéger sa soeur au péril de sa vie, s'il le faut. Le plus mature dans tous les adultes qui l'entourent, c'est John, neuf ans ! Sa mère, elle, est bête à manger du foin.

 

Les scènes entre le Prêcheur et John sont des moments fort pour le petit coeur fragile du lecteur. Cet homme est d'une cupidité qui fait froid dans le dos, le tout camouflé derrière sa foi intransigeante et ses belles paroles sur le péché, le tout enrobé de paroles doucereuses et mielleuses.

 

Un huis clos qui vous oppressera et un  Méchant qui renverrait presque l'infirmière Annie Wilkes (Misery) au rayon des gentils.

 

Heureusement que dans tous ces crétins bêlant devant le Prêcheur, il y en aura d'autre pour se dresser devant lui.

 

Pas de temps mort, une ambiance à vous glacer les sangs, des personnages forts, un style qui frappe et une lecture qui vous laisse groggy, mais heureuse.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), Challenge "La littérature fait son cinéma - 4ème année" chez Lukea Livre, Le "Challenge US" chez Noctembule et le "Challenge Ma PAL fond au soleil - 2ème édition" chez Métaphore.

 


 

Titre : Aucune bête aussi féroce
 
Auteur : Edward Bunker
Édition : Payot et Rivages

Première publication : No Beast So Fierce (1973)

Résumé :

Le discret Mister Blue de Reservoir Dogs eut une vie avant d'étaler son faciès vérolé sur le grand écran. Bunker, le bien nommé, était l'auteur d'un traité postcarcéral sans égal publié en 1973 et alors épuisé outre-Atlantique.

 

L'une de ces vraies fausses autobiographies qui ne s'encombre d'aucune couenne littéraire. La chair, les os et les tripes suffisent à faire de ce roman noir un aller simple pour l'enfer d'une vie toute tracée dès le berceau.

 

Un parcours horriblement classique, balisé et implacable : problèmes familiaux, délinquance juvénile et au bout une succession de séjours "au château"...

 

Rien de vraiment neuf, si ce n'est la violence aride, impitoyable, voire clinique, avec laquelle Edward Bunker décrit le quotidien du taulard en liberté conditionnelle et, surtout, l'impossibilité de modifier, voire seulement de rectifier une destinée ou de réécrire ce scénario.

 

Son héros, Max Dembo (Bunker lui-même, évidemment), s'applique ainsi consciencieusement en sortant de prison à ne pas s'engouffrer dans les culs-de-sac de son passé.

 

Mais le milieu et la prison sont des aimants dont on n'interrompt pas l'attraction à coup de rédemption. La cavale se fait alors allégorique, avec un terminus on ne peut plus kafkaïen.

 

Petit plus : En 1978, Dustin Hoffman achètera les droits d'"Aucune bête aussi féroce", confiant à Ulu Grosbard la mise en scène de l'adaptation.

 

Le film, "Le Récidiviste" (Straight Time), superbe road movie nu comme un haïku, amplifiait ce sentiment tragique d'impossible rachat.

 

Bref, "Aucune bête aussi féroce" confirme que le roman noir demeure un genre idéal pour sonder l'esprit humain. Dostoïevski ou Chandler s'en doutaient bien ; Bunker n'eut qu'à confirmer.

 

Critique : 

Si Harlequin est le champion de l'Amûûr, on peut dire que "Aucune bête aussi féroce" est LE champion des bas-fonds et des vols à main-armée.

 

Max Dembo vient de sortir de prison, en liberté conditionnelle, s'entend. Il a vraiment envie de mener une vie honnête et de trouver un travail. Son désir est de tirer un trait sur son ancienne vie de braqueur et de faussaire.

 

Mais... Il n'est pas facile pour un ex-taulard de se dégotter un travail, surtout si on doit prévenir son employeur de son ancien statut.

 

Pas évident non plus quand votre responsable de conditionnelle vous tient la laisse un peu trop courte et le collier trop serré car il ne vous fait pas confiance.

 

Peut-être que s'il avait laissé un peu de mou dans la laisse, Max n'aurait pas replongé. Bien que...

 

Une chose est sûre : c'est son responsable de conditionnelle qui l'a poussé à la faute, le faisant replonger dans son ancienne vie.

 

Dans ce roman, écrit par un ancien taulard, on comprend que le monde n'est pas fait pour la réinsertion. Confrontés, dans le meilleurs des cas à l'indifférence ou, au pire, à l'hostilité ou la haine, les anciens détenus n'ont pas facile et on leur en demande beaucoup dès le départ. C'est ce qui est arrivé à Max.

 

Ce roman, c'est presque une autobiographie de l'auteur. Lui qui, jusque ses 40 ans, avait passé plus d'années en cabane que libre. Bref, il sait de quoi il nous parle,  rendant par-là le récit plus vivant, plus vrai, plus profond.

 

"Mieux vaut encore être fugitif loin de sa cage que prisonnier déjà derrière ses barreaux".

 

Là, je viens de suivre la route d'un braqueur et de deux de ses amis, j'ai commis un cambriolage et deux braquages en leur compagnie et j'étais du côté des bandits.

 

Oui, Edward Bunker a réussi le coup de force de nous faire apprécier Max Dembo et ses deux complices. Et tout ça sans victimiser son personnage principal. Incroyable, mais vrai !

 

Pourtant, aucune concession, aucunes excuses, rien. Son écriture est d'un réalisme incroyable et nous plonge dans toute la férocité et la dureté de certains quartiers de Los Angeles. 

 

Le langage est digne des bas-fonds, mêlé d'argot des criminels, des codes du milieu. Seul un ancien taulard pouvait nous en parler aussi bien tout en critiquant le système judiciaire Américain qui colle les anciens détenus dans des "cases" et ensuite prétend les comprendre.

 

Les comprendre ou les aider à se réinsérer ? Que nenni ! Pour le reste de la population, les années de détention des anciens repris de justice ne représentent pas une rédemption significative et valable. À leur sortie, ils seront traité en parias, les poussant à replonger dans le crime, créant par là même le problème que la société voulait éviter.

 

La société est parfois responsable... et se tire elle-même la balle dans le pied. En voulant éviter un problème, elle le crée de toute pièce.

 

Ce roman noir ne brille certainement pas par son action trépidante, mais ce n'est pas cela qu'on cherche ici. Par contre, il brille de par son analyse psychopathologique du criminel.

 

Si le rythme est lent, l'écriture est nerveuse, sans concession aucune pour le politiquement correct.

 

Ma rencontre avec Max Dembo me marquera durablement, lui qui voulait se reconstruire et auquel on n'a pas laissé la possibilité de le faire.

 

Livre participant au challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), au Challenge "La littérature fait son cinéma - 4ème année" chez Lukea Livre et  au "Challenge US" chez Noctembule.

 


 

Titre : L'assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau) - The killer inside me
 
Auteur : Thompson
Édition : Rivages Noir (2002 - Nouvelle traduction intégrale)

Résumé :

Adjoint du shérif de Central City, Lou apprend que le fils Conway, cet idiot d'Elmer, s'est amouraché de Joyce, une prostituée installée à l'orée du canton.

 

La bourgade texane est sous la coupe du père Conway, patron d'une grosse entreprise du bâtiment. Lou garde une dent contre lui : il le soupçonne d'avoir ordonné la mort de son frère Mike et maquillé le meurtre en accident.

 

Aussi lorsque le vieux Conway le charge de faire déguerpir Joyce moyennant 10 000 dollars, Lou a en tête un tout autre plan : il confie à Elmer cette besogne pour les éliminer ensuite tous les deux sur place, en faisant croire qu'ils se sont entretués.

 

Ambiance glauque d'un village perdu, personnages retors et pervers, rapports à double tranchant où personne n'est dupe et où chacun essaie d'abuser son prochain, toutes les obsessions de Jim Thompson se retrouvent dans ce livre à l'âme plus noire que le pétrole texan. Un Thompson au sommet de son art : implacable, machiavélique, brutal.

 

Critique :

Ne voulant pas avoir l'impression d'escalader l'Evrest en espadrilles et sans entraînement (1), j'ai donc suivi le conseil de l'ami Jeranjou et lu quelques polars noirs avant de m'attaquer à ce monument (que j'ai acheté dans sa première traduction intégrale - autant faire les choses correctement !) de la littérature noire.

 

Munie d'un solide entraînement avec ces messieurs Winslow, Himes, Hammet, Hansen, Williams, Block, Lehane, Johnson... j'ai chaussé mes crampons et escaladé ce monument du grand Jim Thompson.

 

Alors, chocolat noir ou chocolat au lait ? (2) Nous allons l'analyser...

 

Tout le sel de cette intrigue se trouve dans le fait que c'est Lou Ford, l'adjoint du shériff, qui nous raconte ses tribulations... Nous sommes dans sa tête et notre narrateur à l'art et la manière de nous tenir en haleine.

 

Lou, il a l'air un peu simplet, un peu plouc sur les bords, on lui donnerait le bon Dieu sans confession... Heu ? Son âme est plus noire que du goudron !

 

Lou ne fait rien à moitié, d'ailleurs, monsieur a même deux gonzesses : Amy Stanton, "l'officielle" et  Joyce Lakeland "une jolie pute". C'est d'ailleurs à cause de cette pute - qu'il saute allégrement - que son assassin s'est réveillé. Lou Ford a beau faire tout ce qu'il peut pour cacher sa véritable nature, les morts étranges s'accumulent autour de lui comme des mouches sur un étron fumant.

 

De plus, notre ami Ford possède déjà quelques cadavres dans son placard : un crime commis dès son plus jeune âge; son demi-frère, Mike, fut accusé et emprisonné à sa place. Ce qui le fiche en l'air, c'est la mort "accidentelle ?" du demi-frangin, après sa libération. Ajoutez à cela des relations assez difficiles (euphémisme) avec son père médecin (qui est mort) et vous avez presque cerné l'animal.

 

Niveau "traumatismes", on ne peut pas dire qu'il soit en manque.

 

Lou Ford a donc la rage envers Chester Conway, le magnat local de la construction. Pourquoi ?  Parce qu'il le  suspecte d'être responsable de la mort de son demi-frère. Sans compter qu'un syndicaliste lui fait comprendre que Conway n'était pas en règle dans le chantier que son demi-frère inspectait... À croire qu'il voulait que Ford déchaîne son p'tit killer !

 

Noir, ce polar ? Oh, pas tant que ça... Cinq morts : les deux premiers pour la vengeance et les trois autres pour se couvrir. On pouvait faire pire, non ? *air innocent*

 

Et puis, Lou est un personnage merveilleux : un assassin cynique, hypocrite, possédant une certaine propension à nier l'évidence, faisant preuve d'une froideur dans la préparation de ses crimes, possédant une assurance à toute épreuve, un certaine propension à baratiner tout le monde, le tout mâtiné d'un sentiment de puissance et d'impunité.

 

Monsieur sème la mort avec délectation car il a le sentiment d'être dans son bon droit.

 

Ben quoi, c'est pas sa faute, non, si tout le monde se met en travers de sa route ? Non, mais, allo quoi ? Sont-ils tous aussi cons d'aller poser leur cou sur le billot alors que Lou a une hache en main ?

 

Alors, vraiment un chocolat noir au-delà de 65%, ce roman ? Stop ! Avant de me faire descendre par Jeranjou qui pointe un révolver sur ma tempe, je peux vous l'avouer : ce polar, c'est "noir de chez noir" et garantit pur cacao à des hautes teneurs.

 

Le personnage de Lou Ford est magnifique de cynisme, plusieurs fois ses pensées m'ont fait osciller entre le rire nerveux ou l'effroi pur et simple.

 

La ville de Central City, la seule que Ford ait jamais vu de sa vie, est remplie de canailles, elle aussi : tout le monde sait que les notables de la ville se tapent la pute, mais tout le monde la ferme; les syndicats sont plus pourris que la bouche d'un vieil édenté; c'est Conway qui dirige la ville et tout le monde est à ses bottes, quant au procureur, il ne vaut pas mieux.

 

Notre assassin n'est que le reflet de ce que cette ville peut produire de mieux...

 

Ce n'est que sur la fin du récit que nous aurons tous les détails du "traumatisme" enfantin de Lou et le pourquoi il se sent obliger de tuer des femmes.

 

L'écriture est incisive, sans temps mort, suspense garantit, vous sentez la tension qui monte dans votre corps et vous ne savez pas ce que vous préféreriez comme final : la victoire de la police ou celle de Lou Ford...

 

Pris au premier degré, ce livre vous glace les sangs. Au second, ça va un peu mieux... Mais je termine tout de même glacée car à un moment donné, mon second degré s'est fait la malle (sur le final).

 

Verdict ? Un livre aussi bon, aussi fort et brassé avec autant de talent ne se déguste qu'avec sagesse.

 

(1) Jeranjou avait utilisé cette image qui m'avait fait beaucoup rire et je l'ai reprise (sa phrase était "Sauter d'un Agatha Christie à un Jim Thompson relève de l'ascension de l'Everest, en espadrille et sans entrainement").

(2) Jeranjou, toujours lui, avait écrit une belle critique en comparant ce livre à du chocolat noir ("au-delà de 65 % de cacao, amer et long en bouche, à déguster à petite dose, [ce qui] correspond évidemment à notre fameux polar").

 

Livre participant aux Challenges "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014), à "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel et au "Challenge US" chez Noctembule .

 

"The Killer Inside Me" est un film américano-britannico-canado-suédois réalisé par Michael Winterbottom, basé sur le livre du même nom de Jim Thompson. Il est sorti en salles en 2010. AvecCasey Affleck et Jessica Alba.

 


 

Titre : 1275 âmes
 
Auteur : Jim Thompson
Édition : Gallimard (2006) / Folio Policier (1998)

Édition originale : Gallimard / Série Noire (1966)

Résumé :

Shérif de Pottsville, village de 1 275 âmes, Nick Corey a tout pour être heureux : un logement de fonction, une maîtresse et surtout un travail qui ne l'accable pas trop car il évite de se mêler des affaires des autres.

 

Bien sûr, cette routine ne va pas sans quelques ennuis : son mandat arrive à terme et son concurrent a de fortes chances d'emporter les prochaines élections.

 

Et puis, même les petits maquereaux du coin en viennent à lui manquer de respect. Aussi Corey trouve-t-il qu'il est grand temps de faire le ménage, à commencer par tous ceux-là.

 

Petit plus : Grâce à l'humour qui porte le livre, la roublardise de Corey lui vaut la sympathie du lecteur qu'il manipule à l'instar des autres personnages.

 

Pourquoi Jim Thompson n'eut-il pas plus de reconnaissance littéraire, cela reste un mystère à la lecture de 1 275 âmes, l'un des meilleurs romans noirs jamais édités.

 

Une pure merveille qui a donné lieu à une adaptation cinématographique exceptionnelle, "Coup de torchon" de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert.

 

Critique : 

HI-LA-RANT ! Durant ma lecture, je n'ai pas arrêté de pouffer de rire, de m'esclaffer au risque d'en perdre mon souffle. Pourtant, à l'analyse froide, il n'y a vraiment pas de quoi rire ! On termine quand même la lecture avec 6 morts. Dont 4 tués à bout portant.

 

Dès le départ, nous faisons connaissance avec Nick Corey, personnage principal du livre et shérif de Pottsville, village de 1 275 ploucs, heu, pardon, de 1275 âmes. Entre nous, le titre original est "Pop. 1280" et je me demande bien où sont passés les 5 âmes disparues. Cinq personnes perdues dans une traduction, ça fait désordre, non ? (Jean-Bernard Pouy répond à la question dans "1280 âmes").

 

Au premier abord, le shérif Nick Corey m'a fait penser à un mec qui est en attente pour une greffe du cerveau. Oui, une sorte de shérif débile, pas très malin, et je me gaussais de sa stupidité, pensant que cet Averell Dalton était issu du croisement entre Nabilla et François Pignon, bref, un champion du monde en puissance pour un dîner de cons mémorable.

 

Je ne vous parle même pas du langage de Nick et des autre protagonistes, parce qu'entre les "exaque" , les "p'tet" ou les "j'dis pas que", sans compter les gros mots, Pivot en avalerait son dico.

 

J'ai vite retourné ma veste et changé mon fusil d'épaule. Nick Corey est en fait le fils caché de Napoléon et Machiavel. Le stratège brillant accouplé au machiavélisme puissance 10.

 

Naaan, sérieux, si l'auteur ne maniait pas la plume de manière si brillante, en la trempant dans l'humour (noir), l'histoire nous ferait frémir et hurler parce qu'elle n'est jamais qu'une vision fort sombre de l'espèce humaine. En principe, j'aurais dû être scandalisée de ce que je lisais.

 

Tout le roman n'est qu'un long regard horrifié et désabusé sur les Blancs habitant dans les campagnes du sud des états-unis en 1920 et le jugement est sans appel : ils ont l'esprit plus étroits que le cul d'une donzelle vierge qui se ferait prendre par un troll des montagnes. Plus étroits que ça, tu meurs.

 

Personne n'est à sauver : que ce soit des personnages secondaires qui ont tous un truc à se reprocher à Nick Corey qui un mec plus que paresseux, fourbe, plus malhonnête que les banquiers américains, plus menteur qu'un politicien en campagne électorale, assez violent tout de même, dépourvu de remords, infidèle, manipulateur avec tout le monde, il n'aime que lui et pour ajouter une cerise sur ce portrait peu flatteur, il est cynique. Un brin sadique et lubrique aussi.

 

On devrait le haïr et on l'apprécie tout de même. Malgré tout ce qu'il commet comme exactions, on ne peut s'empêcher de rire et de battre des mains en criant "encore" ! On ne devrait pas...

 

Le passage où Nick s'occupe d'Oncle John, un Nègre (pas péjoratif, j'utilise le terme de l'époque qui veut tout dire sur la manière dont ces gens étaient considérés et traités : même pas humain) est terrible. Je n'avais pas moufté pour les trois premiers, mais là... mon coeur s'est serré. Pas longtemps, Nick m'a de nouveau fait rire.

 

Malgré l'horreur, on continue sa lecture parce que l'on veut connaître la suite des tribulations de Nick Corey, de ce qu'il va pouvoir inventer pour sauver sa réélection, sur comment il va enfin se débarrasser de sa harpie de femme et de son beau-frère Lennie (un débile profond, frère de sa femme, débile comme le Lennie de Steinbeck, la charisme en moins), comment il va arriver à se séparer de sa première maîtresse pour retrouver sa deuxième maîtresse... Ou jongler avec les deux...

 

On se croirait dans un Vaudeville, les portes qui claquent en moins, tellement la situation devient serrée à un moment donné. Le suspense est à son comble parce que aussitôt un problème de résolu qu'un autre arrive ou se crée.

 

Chaque page est un florilège de scepticisme, de pessimisme, d'érotisme, de cynisme, remplie de vulgarités, de sadisme, enrobée de blasphèmes et de sacrilèges, roulée dans le roublardise et trempée dans l'hypocrisie.

 

Le pouvoir rend fou, quand le gens ne savent pas, ils inventent et un gentil peur cacher un salaud, entre autre. Voilà ce qu'on peut retirer, entre autre, lorsqu'on trait le roman.

 

Attention, du livre coule assez bien de sang, la plaisanterie étant noyée dedans.

 

L'épilogue m'a laissé la bouche ouverte, se fermant et s'ouvrant à la manière d'un poisson rouge échoué sur la table de la cuisine. My god, Napoléon a dû être fier de la stratégie de Nick et Machiavel a dû avoir du plaisir au fond de sa tombe en apprenant comment le Nick manipulait bien. Le Nick, il a niqué tout le monde !

 

Bref, un portrait au vitriol de la société, sans concession, tout le monde est coupable et tout le monde devra payer pour les fautes qu'ils ont commise, même Nick (si ça l'avait moins chatouillé dans le pantalon, il ne se serait pas retrouvé marié à la harpie).

 

Mais personne n'est assez lucide que pour reconnaître que s'il est dans la merde, c'est qu'il l'a bien voulu.

 

Décapant ! Hilarant. On devrait voir rouge, mais on rit jaune parce que c'est quand même noir (couleur à l'envers du drapeau de mon pays).

 

Dorénavant, je tiendrai à l'oeil les gars un peu empotés, qui ont l'air d'avoir été absent lors de la distribution des cerveaux...

 

Ça me fait penser qu'en Belgique, nous avons un héritier qui a l'air empoté... Il est peut-être comme Nick Corey ? Si oui, ça va swinguer !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba, Challenge "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel, Challenge "Faire fondre sa PAL" chez Metaphore et Challenge "Destination PAL" chez Lili Galipette.


 

 

 

Titre : Justice blanche, misère noire
 
Auteur : Donald Goines
Édition : Gallimard (2001)

Première publication : White Man's Justice, Black Man's Grief (1973)

Résumé :

Chester Hines est un Noir de Detroit jadis jugé pour meurtre et acquitté. Au volant de sa vieille Ford déglinguée, il grille un feu et se fait arrêter par la police. Comme il est déjà fiché, l'inspection est minutieuse et un flic découvre un pistolet dans la voiture.


Arrêté, Chester est incarcéré en attendant son jugement. Dans sa cellule, les détenus noirs font la loi et abusent sexuellement des Blancs, ce qui ne lui plaît guère. Jusqu'au jour où un maton décide d'intervenir et fait sanctionner plusieurs prisonniers sous l'accusation de sodomie.


Bientôt jugé et condamné à une lourde peine, Chester n'est pas au bout de son calvaire...


Petit plus : Noir de Detroit, proxénète, dealer, trafiquant et consommateur de drogue plusieurs fois emprisonné, Donald Goines a écrit une douzaine de romans au style épuré et d'un indéniable réalisme.


Le présent roman, publié en 1973, est une impitoyable description de l'univers carcéral, des brimades sordides endurées par les détenus les plus faibles et des rapports de domination racistes qui se trouvent inversés en prison.


C'est aussi un virulent pamphlet à propos du système de libération sous caution qui bafoue les droits des plus pauvres et singulièrement ceux de la communauté noire.


Critique : 

 — Hé, man, si tu es à la recherche d'un récit trépidant avec des courses-poursuites, faudra que tu ailles voir ailleurs si j'y suis. Ici, tu mets les pieds dans un huis-clos sordide.

 

Si ça te plaît pas, t'as qu'à demander à ton baveux commis d'office de te faire sortir de ce trou à rat. Mais oublie pas, man, si t'es pas un Blanchot, compte pas trop dessus. T'as pas la bonne couleur, man !

 

Bienvenue dans la prison du comté où les détenus attendent l'audience qui les déclarera coupable ou non du délit qui leur est reproché. Les cellules peuvent contenir 14 détenus mais elles sont occupées par une vingtaine d'hommes, ceux en trop dormant à même le sol.

 

La bouffe ? Dégueulasse ! Le café ? Amer. Le sucre ? Faut payer, comme pour tout le reste. La douche est au milieu de tout et les chiottes aussi. Que vous vous laviez ou que vous vous soulagiez, ce sera aux yeux de tout le monde.

 

Et pour peu que vous soyez un Blanc perdu avec quelques autres au milieu des Noirs et que votre petit cul soit à leur goût, vous n’échapperez pas à la perte de votre virilité par introduction d'un membre vigoureux dans votre fondement.

 

Ne cherchez pas à vous évader, durant tout le récit, vous serez enfermé avec ces hommes et vous entrerez dans un véritable huis-clos oppressant où le plus fort mange à sa faim et le plus faible non.

 

Si dehors, les Blancs sont les plus forts, dans la prison du comté, ce sont les Noirs ont le pouvoir sur les Blancs.

 

Le titre du livre résume bien toute l'injustice du système carcéral américain : la justice y est pour les Blancs, pas pour les Noirs. Un Blanc qui vole et qui tire purgera moins qu'un Noir qui vole sans faire usage d'une arme.

 

Triste constat que l'auteur nous rappellera souvent, dans ce livre : un accusé blanc a beaucoup plus de chance de faire moins d'années de prison qu'un Noir, quel que soit le délit, et y compris pour des délits moindres que ceux commis par des Noirs.

 

Idem en ce qui concernait les cautions, fixées à des montants exorbitants pour les prévenus Noirs, montants que les accusés ne récupéreront jamais, même s'ils sont jugés innocents.

 

Pire, le jour de leur jugement, le juge a déjà lu leur dossier et décidé des peines qu'il leur infligera à chacun.

 

Chester Hines y est détenu, en attente de son jugement et il s'est lié d'amitié avec Willie Brown. C'est à deux qu'ils vont tenter de survivre à l'enfer.

 

L'homme a des principes : il ne sera pas un bourreau des Blancs, tout comme il n'a jamais accepté d'en être leur victime.

 

Avec un style propre à lui et un langage très argotique et fort cru, Goines aborde à travers les thématiques propres à la prison : l'homosexualité, le viol, la survie alimentaire, les comportements hiérarchiques, l'amitié, la trahison...

 

Rien n'est épargné au lecteur. Ici, tout n'est que noirceur. On s'en prend plein la gueule et on se dit qu'on n'aimerait pas se retrouver en taule !

 

Malgré leur passé sombre, ces hommes ne méritent pas un traitement aussi inhumain de la part des gardiens. Tellement inhumain qu'ils furent tous content d'être transféré à la prison de Jackson, c'est vous dire.

 

Un grand roman noir, véritable pamphlet sur le système carcéral et un brûlot virulent sur le système des libérations sous cautions. Le pays n'en sortira pas grandi.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), "Ma Pedigree PAL - La PAL d'excellence" chez The Cannibal Lecteur et le Challenge "Le Mois Américain" chez Titine.

 

 

 

Titre : La bouffe est chouette à Fatchakulla
 
Auteur : Ned Crabb
Édition : Gallimard (2008) / Série Noire (2004)

Première parution : Ralph or What's Eating the Folks in Fatchakulla County (1978)

Résumé :

Pas de quartier à Fatchakulla City ! Ça dépiaute sec, on étripe à tout va au détour des chemins sous la lune. Des marécages montent d'étranges ronronnements généralement suivis de découvertes macabres.

 

Du plus fieffé salaud du canton à d'autres proies plus délicates (quoique !), les victimes s'accumulent au fur et à mesure qu'un être mystérieux les lacère, les mange puis les éparpille aux quatre vents. Une tête par-ci, un bout de bras par-là...

 

Fatchakulla, jusque-là connu pour ses dégénérés consanguins et ses alligators, s'est trouvé une autre spécialité.

 

Les habitants crèvent de trouille. On parle de fantômes et d'esprits et tout le monde semble pouvoir y passer. Même la grosse Flozetta s'est fait bouffer !...

 

Critique : 

Fatchakulla (à tes souhaits) Springs est une paisible bourgade de la Floride. Nous pourrions même la renommer "Ploucville" tellement ses habitants sont des imbéciles congénitaux, croyant encore que si vous sortez à la tombée de la nuit,  Willie Le Siffleur viendra pour vous prendre et vous manger tout cru !

 

C'est dans cet état d'esprit apeuré qu'était Module Lunaire, jeune gamin de 8 ans, lorsqu'il brava les interdits pour aller chercher des asticots de nuit, qui, comme le nom l'indique, ne se trouvent que la nuit ! S'il vous plaît ? Oui, j'ai oublié de vous préciser que le gamin se nomme "Module Lunaire". Pas de sa faute si, le jour de sa naissance, Apollo XI atterrissait sur la lune !

 

Déjà qu'il avait un peu la trouille, je ne vous raconte pas son état après être tombé sur la tête d'Oren Purvis qui se trouvait sur le chemin menant au bayou.

 

La tête ?? Mais il est où le reste du corps ? Ben, personne ne le sait... Willie Le Siffleur aura sans doute dû tout manger, sauf la tête. Bon, on ne va pas lui en vouloir vu que Purvis était le plus salopard de toute la contrée.

 

"Le vieil Oren détestait les enfants et flanquait des coup de pied aux petits chiens. [...] Pas de doute, Oren Purvis était un salaud. A en croire les gens du pays, il ne valait pas la corde pour le pendre".

 

Pour un roman déjanté, c'est un roman déjanté ! Déjà que nous sommes face à des crétins finis, superstitieux comme pas deux, trouillards à mort, pétris de vieilles légendes qui font peur aux enfants comme aux parents... et, éleveurs de chats tous aussi dégénérés qu'eux.

 

Ajoutons à cela des forces de l'ordre qui ressemblent à tout sauf à des flics, des morts dont on retrouve des morceaux mais pas l'entièreté du corps et pour résoudre toute cette sordide affaire, le trio constitué du shérif Arlie Beemis, du docteur Doc Bobo (ça s'invente pas, en plus, il est déprimé et trouillard) et de Linwood Spivey qui pourrait se prétendre digne émule de Sherlock Holmes s'il ne picolait pas autant...

 

Arlie et Linwood s'aperçurent que Doc Bobo s'était entouré de ses propres bras et gémissait.
— Qu'est ce qui vous arrive, doc ? demanda Arlie.
— Je me demande où ils rangent les têtes et les jambes, dit Doc Bobo, à mi-voix, se balançant d'avant en arrière, les yeux fixés droit devant lui. Doit y avoir un millier de cachettes dans cette baraque.
Linwood se tourna vers le toubib et fonça les sourcils.
— Allons, Doc, dit-il, ressaisis-toi.

 

Et un assassin insaisissable, qui ne laisse pas de traces de ses méfaits, hormis des morceaux de ses victimes, comme s'il avait bouffé tout le reste.

 

— Arlie, on dirait... On dirait qu'on lui a arraché la jambe.

 

L'épisode de la fesse de la pauvre Flozetta est un pur moment jubilatoire ! Oui, une fesse, c'est tout ce qu'il restait d'elle, la pôvre. Et quand on sait que Flozetta était le cul le plus gros et le plus disponible pour tous les mâles du canton...

 

Je pense qu'avec tout ces éléments, vous aurez une vision assez juste de l'atmosphère de malade qui règne dans les 181 pages.

 

Ne cherchez pas de la logique, il n'y en a pas. On est dans le loufoque, on sourit durant la lecture, les bons mots sont légions, Buford, l'adjoint du shérif est un type qui finira chef d'escadrille le jour où les cons sauront voler et on ne peut pas dire que la procédure criminelle est respectée, mais on s'en moque, on ne l'ouvre pas pour ça.


Oubliez aussi les belles phrases... Nous sommes chez les bouseux qui élisent Miss Pêche à la Grenouille ! Ici, on bouffe ses lettres et on n'a pas beaucoup d'esprit.


De la rigolade, du suspense, des fausses pistes et de la loufoquerie au menu de ce polar qui, bien que ne cassant pas la tête à Willie le Siffleur, a eu le mérite de me faire passer quelques heures fort plaisantes.


Lu dans le cadre du Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015).

 

 

 

Titre : Un linceul n'a pas de poches
 
Auteur : Horace Mc Coy
Édition : Série Noire Gallimard N°4 (1946) / Folio Policier (1998)

Première publication : "No Pockets in a Shroud" (1937)

Résumé :

Écœuré, Mike Dolan quitte le journal où il travaille. Il ne supporte plus de ne pouvoir faire éclater la vérité, le quotidien étant muselé par les annonceurs et soumis à diverses pressions.

 

Avec son meilleur ami et reporter judiciaire, Eddie Bishop, et avec Myra Barnovsky, ils décident decréer "Cosmopolite", un hebdomadaire dont la devise est "La vérité, toute la vérité et rien que la vérité".

 

Les dents vont grincer et les menaces pleuvoir. La jeunesse et l'impétuosité auront-elles raison du système en place ?

 

Petit Plus : Avec Hammett et Chandler, McCoy est l'un des pères fondateurs du roman noir américain. Dans "Un linceul n'a pas de poches", son récit le plus autobiographique, il s'est servi de son expérience de journaliste pour dresser un violent réquisitoire contre la corruption et l'hypocrisie de la société.

 

Le sujet toujours d'actualité et la qualité de l'écriture font que ce roman publié en 1937 n'a pas pris une ride.

 

Critique :

Puisque j'affectionne régulièrement plonger dans le roman noir, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de me taper le numéro 4 de la mythique collection "Série Noire".

 

Non, ne cherchez pas vainement un crime et en enquêteur habituel, ici, rien n'est habituel. Les crimes, se sont les notables de la ville qui les commettent avec leurs magouilles. Leurs complices ? Les journaux complaisants qui détournent la vérité ou la maquille.

 

L'enquêteur ? Mike Dolan, un jeune journaliste assoiffé de vérité qui a déniché une magouille et, puisque son patron ne veut pas publier son article sur le match de base-ball truqué, il plaque tout afin de créer sa propre revue, se disant qu'il pourra exercer son métier comme il l'entend ainsi que dénoncer tout ce qui lui semble contraire à la morale..

 

Mike sait que si les journaux n'osent plus appeler les enfants de salaud par leur nom, c'est à cause des pressions qu'excercent sur eux les notables de la ville et les annonceurs publicitaires. Tout le système est gangrené.

 

Mais ce n'est pas évident de créer sa propre revue lorsqu'on est sans le sous et criblé de dettes ! La rigueur de Mike fait peur et après quelques publications, son imprimeur se défile et sa revue est retirée des kiosques suite à un article qui a dérangé la personne visée.

 

Malgré plusieurs menaces, Mike est bien décidé de continuer à faire tomber les gros bonnets.

 

Son combat n'est-il pas perdu d'avance, lui qui voudrait nettoyer les écuries d'Augias d'un seul coup de torchon ? (non, pas au kärcher).

 

Plume trempée dans le vitriol, cynisme à tous les étages, personnages haut en couleur dont le "héros", rempli de défauts est un joli coeur, véritable bête noire des pères possédant une jolie fille, assoiffé de reconnaissance, voulant côtoyer les plus grands... Homme épris de justice, il me fait penser à un Don Quichotte des temps modernes.

 

Vous l'aurez compris, ce roman "noir de noir" est un violent réquisitoire contre la corruption et l'hypocrisie de la société américaine et de la société en général. 

 

Écrit avant la Seconde Guerre Mondiale, McCoy nous dresse donc un portrait horriblement sinistre des Etats-Unis : censure de la presse, extrémisme, Ku Klux Klan.... Pays de la liberté ? Mon c**, oui !

 

Tout comme son personnage principal qui lui ressemblait beaucoup, Mc Coy paiera très cher cette peinture peu reluisante : son roman ne sera pas publié en Amérique, mais en Angleterre et ensuite en France, dans la mythique série noire de Marcel Duhamel.

 

"No pockets in a shroud" devra patienter jusque 1948 pour être édité : et encore, ce sera une version remaniée de l’édition anglaise, qui, elle-même, avait subi des coupes par rapport au manuscrit original.

 

La fin est brutale, mais il ne pouvait en être autrement...

 

Un roman qui se lit vite, les dialogues pulsent, l'action aussi, on ne s'ennuie pas et ça valait la peine d'être lu !

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014),  "Challenge US" chez Noctembule et "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel.

 

 

Titre : De sang-froid
 
Auteur : Truman Capote
Édition : Folio (1972)

Première publication : In Cold Blood (1966)


Résumé :

"De Sang froid" est l’histoire inspirée d’un fait divers de deux jeunes repris de justice qui, le 15 novembre 1959 à Holcomb, petite ville du Kansas, assassinèrent froidement une famille d’agriculteurs. Le récit, chef-d’œuvre de Truman Capote, est le résultat d’un long travail d’investigation mené par l’auteur.

L’écrivain américain a en effet suivi de très près l’enquête policière sur le massacre de la famille Clutter allant jusqu’à interroger lui-même policiers et criminels impliqués. Une investigation qui ne se terminera qu’avec l’exécution des deux meurtriers à laquelle l’écrivain assiste.

 

Petit Plus : A force de détails, de témoignages, d’observations, Truman Capote raconte ce qui a pu se passer sans jamais prendre parti, ni juger, et crée un genre nouveau, le «roman de non-fiction».

 

"De Sang froid" (1966) obtient un énorme succès et porte Truman Capote au sommet de la gloire. Le livre est adapté au cinéma par Richard Brooks en 1967.

 

Critique : 

On aurait pu titrer aussi "Chronique d'un massacre annoncé" puisque d'entrée de jeu, nous faisons connaissance avec la famille Clutter dont on sait que 4 de ses membres finiront avec une balle dans le corps.

 

Et ceci n'est pas une fiction, mais tiré d'un fait divers bien réel qui a eu lieu en novembre 1959, à Holcomb, Kansas.

 

Sans mobile apparent, les quatre membres de la famille du fermier Clutter se font tuer. Truman Capote, tombant sur un article traitant de ce crime a décidé de relater cette histoire avec la plus grande précision.

 

Ce roman est ce qu'on appelle un "True Crime" car ceci est une reconstruction des faits, avant, pendant ainsi que les conséquences qu'eurent ces meurtres sauvages sur les habitants de la petite ville.

 

Pensez-vous bien, on avait assassiné un homme qui était respecté, une famille qui allait à l'église tous les dimanches et qui, comme tous les habitants de la petite ville, ne fermaient jamais ses portes à clés.

 

La question que tout le monde se pose, c'est "Pourquoi eux ?" car il n'y a pas de mobile apparent vu que très peu d'argent volé car monsieur Clutter n'utilisait que des chèques pour payer.

 

L'auteur utilise tous les codes de la fiction mais dans le but de nous décrire un fait réel. La seule partie qui pourrait être fastidieuse à lire pour certains, c'est celle consacrée au procès. Pour moi, pas de soucis.

 

Sinon, ça se lit tout seul, la boule au fond de la gorge parce qu'on sait qu'on ne doit pas s'attacher aux membres de la famille Clutter, membres qu'on apprécie, malgré l'extrême bigoterie du père (ne boit pas, ne fume pas,...). Clutter est un homme de intègre et honnête, mais on ne trinquera jamais avec une bière.

 

La première partie, fort importante, comporte la reconstitution minutieuse de tous les protagonistes à cette affaire, et pas à la n'importe nawak : Capote les a mis en scène grâce aux témoignages qu'il avait recueillis sur eux, additionnés des documents qu'il avait consulté. C'est un portrait d'une certaine Amérique des années 50 qu'il nous offre au travers de tout ces gens.

 

La seconde partie se compose de l'enquête, qui piétine, des rumeurs, qui enflent comme des ballons de baudruche, des pérégrinations de nos assassins et puis de leur traque.

 

Le lecteur passera beaucoup de temps avec nos meurtriers, apprenant des choses sur leur passé, leur enfance, leurs parents et verront avec horreur comment de marginaux ils sont devenus des criminels de sang-froid.

 

La psychologie des personnages est bien décrite, fouillée, profonde. Sans leur trouver des excuses (ils n'en n'ont pas), on "comprend" comment tout ce qu'ils ont vécu a fait d'eux des meurtriers putatifs. Les deux hommes sont sensiblement différent et si Dick est une grande gueule, Perry est plus prudent.

 

La psychologie de la petite communauté est aussi bien travaillée. Comment cette population sans histoires va basculer ensuite dans la paranoïa pure et simple... Comment ces gens ont-ils géré cette tragédie et les conséquences que cela a eu sur leur comportement.

 

Ce roman m'a happé. De lent dans les premières pages, quasi bucoliques dans cette description de la vie à la campagne, on se laisserait bien aller si l'auteur ne nous envoyait pas de temps des piqûres de rappel en nous disant que cette famille va mourir.

 

Du modus operandi des auteurs, vous n'en saurez rien au début, il vous faudra attendre les aveux pour comprendre ce qu'il s'est passé et comment le tout à basculé dans le sang alors que cela aurait pu être empêché.

 

Ce roman magistral a valu à l'auteur une immense gloire, mais lui a collé une dépression sévère, touché qu'il avait été de sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins. Celui qui, pour moi, avait la psychologie la plus profonde, celui pour qui j'avais ressenti de l'affection, malgré les crimes.

 

Un roman qui m'a glacé d'effroi devant tant de sang-froid (ou sang-chaud) pour une quadruple crime qui aurait pu ne pas avoir lieu.

 

À quoi ça tient, la vie, parfois... juste à un fil ténu que n'importe qui peut vous sectionner gratuitement.


Challenge "Thrillers et polars" de Sharon (2015-2016), le Challenge "La littérature fait son cinéma - 4ème année" chez Lukea Livre, "Ma Pedigree PAL - La PAL d'excellence" chez The Cannibal Lecteur et Le "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Le Facteur sonne toujours deux fois
 
Auteur : James M. Cain
Édition: Folio Policier / Série Noire Gallimard

Première publication : The Postman Always Rings Twice (1934)


Résumé :

Chômeur à vingt-quatre ans, Frank Chambers arpente les routes, une petite valise à la main, à la recherche d'un emploi. Il s'arrête à une station-service restaurant. Le patron, Nick Papadakis, qui exploite l'établissement avec son épouse Cora, lui propose un travail. Après avoir aperçu la jeune femme, Frank accepte de rester et devient rapidement son amant. Ensemble, ils décident de tuer Nick.

 

Petit plus :
À sa parution en 1934, ce roman reçut de nombreuses critiques élogieuses.

 

Novateur par son écriture concise et rythmée, le livre l'est tout autant par le choix de son sujet. Cette passion banale entre deux êtres très ordinaires débouche sur un crime dont les mobiles centraux sont l'argent et le sexe.

 

D'un regard distancié, sans porter le moindre jugement moral sur ses personnages, James Cain met en évidence leurs motivations et montre comment l'obsession de la réussite aboutit au naufrage d'individus fascinés par le rêve américain.

 

Ce récit a donné lieu à différentes adaptations cinématographiques, notamment en 1946 avec Lana Turner, puis, en 1981, avec Jack Nicholson et Jessica Lange.

 

Critique :

Ne cherchez pas une signification au titre, ni de facteur dans l'histoire...  L'auteur, James M. Cain lui-même, ayant indiqué avoir choisi ce titre à la dernière minute, étonné qu'un éditeur lui octroie enfin un contrat. Donc, pas de véritable sens à donner à ce titre pour le moins étrange.

 

Si ce roman ne raconte pas la vie dure d'un postier, il nous raconte un morceau de la vie de Frank Chambers, jeune "chômeur vagabond" de 24 ans, qui fait une halte dans une station-service-restaurant pour un repas.

 

Le patron, un grec du nom de Nick Papadakis, l'engage. Il tient son restaurant avec l'aide de sa belle jeune femme, Cora...

 

Là, je parie que vous voyez venir l'affaire qui est aussi grosse que le train postal Glasgow-Londres.

 

Et notre fringant ex-chômeur nous raconte, sans surtaxe, comment il est tombé amoureux de la femme du patron, rêvant qu'elle lui vérifie la colle de son timbre-poste. Attirance qui se trouve être réciproque. Elle aussi veut se faire cacheter la lettre.

 

Sans tarder, il lui glisse son colis postal dans la boîte aux lettres (celle munie d'une fente), il lui cachette le timbre poste, le lèche, le retamponne, vérifie le colis sous tous les angles, fait des dépôts en liquide et tous deux nous rejouent la mythique scène de "L'arrière-train sifflera trois fois" (-18 ans)...

 

Non, les images et les détails ne sont pas compris dans le livre. J'extrapole un peu sur les scènes, mais ils s'envoient bien en l'air.

 

Liaison passionnée, sadomasochiste, même, puisque lors de leur premier baiser fougueux, Cora demandera à Frank de lui mordre les lèvres, ce qu'il fera, jusqu'au sang... Dracula en aurait défailli de jouissance. Entre eux, ce ne sera que morsures durant leurs étreintes brutales et rapides.

 

Petit soucis dans leur romance timbrée et hautement sexuelle : le mari !

 

C'est là que nous remarquons que nous sommes en plein roman noir parce que, dans la collection Harlequin, le mari, voyant sa femme éprise d'un autre, aurait soit cédé sa place en pleurant de bonheur pour les deux tourtereaux, ou, au pire, demandé le divorce...

 

Avec un peu de chance, il aurait même eu un accident mortel, tout seul comme un grand, laissant par derrière lui une lettre dans laquelle il leur souhaiterait ♫ tout le bonheur du monde ♪... Oui, mais... On n'est pas chez Harlequin le champion de l'Amûûr, ici.

 

"Alors, on en fait quoi de mon graisseux de mari ?"

"Ben c'est tout simple, on le tue..."

 

Mais on entube pas... heu, on ne tue pas un grec aussi facilement que ça et notre ami survit au coup de la baignoire (Clo-Clo aurait apprécié que survienne la panne de courant, lui aussi).

 

Puisqu'il est gentil et un peu con, le mari ne remarque rien... La seconde tentative sera-t-elle la bonne ?? Nos expéditeurs veulent l'envoyer de nouveau ad patres, par recommandé cette fois-ci, avec accusé de réception de la part de Saint-Pierre.

 

Un mot, un geste, la Poste fait le reste... Signez ici pour l'âme du pauvre grec qui s'est quand même fait entuber.

 

On ne peut pas dire que ce livre pêche par un style littéraire utilisant les mots de plus de dix lettres du dictionnaire, ni que les dialogues soient d'Audiard, ils manquent même de descriptions de ce que font les protagonistes durant leur parlottes.

 

Malgré tout, la lecture se déroule sans accro, plus rapide que Chrono Post (pas difficile non plus d'être plus rapide que la Poste !).

 

Je pense que le style littéraire "un peu plat" est voulu, puisque c'est Franck Chambers qui nous raconte son récit juste avant de passer... Je ne vous dirai pas où !

 

On nagera dans le Noir, avec les tentatives de meurtres, le sexe bestial, l'envie,...

 

Avec un avocat retors et plus roublard que Perry Mason himself ! Un truc de fou où les agences d'assurances jouent leur grand rôle de faux-cul (elles sont faites pour ça).

 

Noir, parce que Franck Chambers est un gars qui a la bougeotte et que, une fois conquise la femme du grec, ben il n'aspire qu'à une chose : reprendre la route. Ils manquent même de séparer, la rancoeur ayant cédé la place l'amûûr.  Un comble alors qu'ils ont tué pour être ensemble.

 

Le noir, on s'y enfoncera jusqu'au genoux puisque deux coupables s'en sortiront... Et là où le Noir nous prendra à la gorge, c'est quand un innocent sera condamné à la potence. Ironie, quand tu nous tiens...

 

Qui avait dit "Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin ?".

 

Décidément, dans les polars noirs, les hommes tombent à cause du fait qu'ils ont été tremper leurs biscuits dans des tasses de café dans lesquelles ils n'avaient pas à aller touiller.

 

Livre participant aux challenges "Thrillers et polars (2013-2014)" de Liliba, à celui de "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel et au  "Challenge US" chez Noctembule.

 

 

 

Titre : Mort un dimanche de pluie
 
Auteur : Joan Aiken
Édition : Payot et Rivages – Rivages Noir (1986)

Première publication : Death on a Rainy Sunday (1972)

Résumé :

…Mais il plut tous les dimanches cet été-la. D’ailleurs, il plut presque tous les jours.

 

Pour Jane, ce fut l’été de la peur. Un couple étrange envahit sa vie, son mari devint distant et inquiet, ses enfants tombèrent malades, le chat mourut dans un piège à lapins…

 

La terreur s’installa peu à peu, jusqu’à l’explosion finale.

 

Fille du poète anglais Conrad Aiken, Joan Aiken a commencé par écrire des livres pour enfants avant de devenir une de ces reines du suspense qui savent distiller l’angoisse avec délectation. "Mort un dimanche de pluie" frappe par sa rapidité et sa concision.

 

"Mort un dimanche" de pluie fut adapté au cinéma et réalisé par Joël Santoni en 1986.

Critique : 

Le titre de ce roman des éditions Payot‭ & ‬Rivages m’avait intriguée et vu qu’il portait le numéro‭ ‬11,‭ ‬je m’étais laissée tenter par ce petit livre de‭ ‬146‭ ‬pages,‭ ‬augurant qu’un des premiers numéros ne pouvait pas être mauvais...

146‭ ‬pages écrites en tout petit...‭ ‬Vous me direz que c’est peu.‭ ‬Je vous répondrai qu’il n’y avait pas besoin d’en écrire plus‭ !

Ces‭ ‬146‭ ‬pages sont la preuve qu’il n’est pas toujours nécessaire de lire des briques de‭ ‬600‭ ‬pages,‭ ‬écrites par les maîtres du suspense et des sueurs froides,‭ ‬pour ressentir le double effet kiss cool‭ ‬:‭ ‬angoisse‭ ‬+‭ ‬adrénaline.‭

Oui,‭ ‬on peut ressentir un lourd sentiment de malaise et d’anxiété‭ ‬avec un petit livre    ! D'ailleurs, on nous l’a toujours dit : la taille ne fait pas tout ! On peut avoir un petit roman terriblement efficace.

Ce récit est comme un bon whisky‭ ‬:‭ ‬l’angoisse et la terreur ont été distillées goutte à goutte pour nous donner un nectar à savourer dans un fauteuil profond,‭ ‬en écoutant le vent souffler aux fenêtres,‭ ‬pour mieux se sentir dans la campagne anglaise,‭ ‬sous la pluie froide et humide.

Ici,‭ ‬pas de monstres poilus avec de grandes dents pour vous coller une trouille d’enfer,‭ ‬mais un couple qui fait froid dans le dos,‭ ‬les Mc Gregor.‭ ‬Un couple‭  ‬aux manies étranges,‭ ‬dérangeantes,‭ ‬suspectes,‭ ‬terrifiantes...‭ ‬qui ont envahi la vie de Jane Drummond.

Mc gregor,‭ ‬le‭ «‬jardinier‭» ‬a été engagé par le mari de Jane,‭ ‬Graham Drummond,‭ ‬alors qu’il croule sous les dettes et les hypothèques de la maison.‭ ‬D’ailleurs,‭ ‬depuis qu’il a fait entrer le jardinier à son service,‭ ‬son mari se comporte étrangement.

Quant à l’épouse de Mc Gregor,‭ ‬elle est encore pire que son mari‭ ‬:‭ ‬engagée pour garder les deux enfants du couple Drummond,‭ ‬elle tient plus de la vipère que de la bonne d’enfant et la fillette du couple est terrorisée par sa gardienne‭ ‬:‭ ‬pipi au lit,‭ ‬cauchemars,‭ ‬somnambulisme,‭ ‬brûlures‭ «‬accidentelles‭»‬,‭ ‬tels sont une partie des symptômes de la fillette,‭ ‬son frère étant trop petit que pour comprendre quoi que ce soit.

Le malaise devient aussi épais que le fog londonien...

Jane est inquiète pour ses enfants‭ (‬le lecteur aussi,‭ ‬ses yeux ne décollent plus des pages‭)‬,‭ ‬mais elle ne peut pas rompre son contrat de travail de deux mois car son ménage a besoin de cet argent.‭

Et puisque son mari snobe les factures,‭ ‬ne ramène pas d'argent à la maison,‭ ‬n'a pas l'air de bosser beaucoup et qu'en plus,‭ ‬il prend la défense du couple de vipères,‭ ‬le nourri en son sein,‭ ‬ne prêtant même pas une oreille attentive aux récriminations légitimes de son épouse...‭ ‬Notre Jane est bien embêtée,‭ ‬Comment se débarrasser de ces parasites envahisseurs‭ ?

Notre pauvre femme va devoir prendre le taureau par les cornes...‭ ‬à moins que les événements ne la précipitent dans la gueule du loup plus vite qu’elle ne le pensait.

Au travers d’une écriture concise et d’un récit rapide,‭ ‬l’auteur nous entraîne dans ce maelström d’interrogations‭ ‬:‭ ‬qui est ce couple étrange‭ ? ‬Que veulent-ils aux Drummond‭ ? ‬Quel est le secret que cache monsieur Drummond‭ ? ‬Un secret ou plusieurs‭ ? ‬Etc...‭ ‬Les apparences sont souvent trompeuses.

Le récit ne traîne pas en route,‭ ‬tout se déglingue aux alentours de Jane et le lecteur ressent des sueurs froides à l’idée de l’explosion finale qui pourrait avoir lieu.

Je peux vous dire que je me suis accrochée aux pages,‭ ‬dévorant le récit,‭ ‬l’adrénaline courant dans mes veines,‭ ‬la bouche sèche.

L’auteur fait monter le suspense crescendo et à chaque page,‭ ‬on redoute le drame,‭ ‬on vibre avec Jane,‭ ‬un petit bout de femme qui s’interroge,‭ ‬qui ne sait pas quelle mouche a piquée son mari,‭ ‬mais qui ne veut qu’une chose ‭   ‬:‭ ‬protéger ses deux enfants.‭

C’est diabolique ce récit.‭ ‬146‭ ‬pages oppressantes.

C’est avec un plaisir certain que j’ai bouffé ce court roman,‭ ‬poussant un soupir de soulagement à la fin‭ ‬:‭ ‬ma terreur prenait fin.

 

Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014),  "I Love London 2"  de Maggie et Titine et "La littérature fait son cinéma - 3ème année" de Kabaret Kulturel.

 

 

 

Titre : Branle-bas au 87
 
Auteur : Ed McBain
Édition : Collection Série Noire (n° 2484) Gallimard / Carré noir /Folio n°273

Première publication : Hail to the Chief (1973)

Nouvelle édition revue et augmentée par Anne-Judith Descombey en 1998

Résumé :

Avec la découverte d'un charnier où gisent six cadavres, on peut dire que les inspecteurs du 87ème commissariat sont particulièrement gâtés.

 

Carella, Kling, Meyer Meyer et les autres flics ont aussi sur les bras une guerre que se livrent différents gangs de jeunes.

 

Et là, ça dépasse tout, car, pour imposer une paix durable dans la rue, un certain Randall Nesbitt, un mec complètement givré mais bourré de principes, déclenche un carnage en règle.

 

Critique : 

Ville d'Isola, 3h du mat, dehors, il fait un froid de canard et pourtant, les flics du 87ème district sont là, à battre le pavé de leurs semelles, frigorifiés, leur petit gris étant rentré depuis longtemps dans la coquille.

 

Une tranchée dans un chantier et dedans, 6 cadavres raides morts et nus comme au jour de leur naissance. 5 adultes et un bébé...

 

Ed McBain doit être le roi des surprises car alors que nous en étions à l'enquête préliminaire (déterminer les noms des cadavres et comprendre pourquoi ils se trouvaient là), voilà que nous nous trouvons face à la déposition d'un certain Randall Nesbitt, président d'un "club" et qui avoue être à l'origine du carnage.

 

Là je vous jure que ça m'en a bouché un coin ! J'ai même pensé durant quelques secondes à une entourloupe d'un éditeur particulièrement sadique qui aurait inséré un chapitre de fin au début. Mais non, c'est un truc de l'auteur.

 

Vous vous dites "Quel est le plaisir de lire un roman dont on a déjà le nom du coupable ?". Je vous dirais qu'on a tous regardé avec plaisir les enquêtes du lieutenant Columbo... On avait beau savoir QUI, on voulait comprendre COMMENT Columbo allait le démasquer.

 

Ici, malgré les chapitres où Nesbitt raconte l'affaire, nous suivons tout de même les policiers qui remontent toute la filière.

 

Les policiers du 87ème district nous font partager leurs pensées, leur vie, et on a l'impression qu'ils sont nos collègues de travail avec lesquels on va partager un café à la machine.

 

L'autre bon côté du livre est le fait que Nesbitt est un mec complètement givré, bourré de principes, possédant un langage correct, mais cet homme est d'une froideur absolue qui vous glace les sangs.

 

Sans parler qu'il est d'une mauvaise foi à vous renverser de votre chaise. Le bébé tué ? Pas responsable, monsieur ! Si ça se trouve, c'est une balle perdue tirée d'un des futurs cadavres qui a tué le môme...

 

— [...] Chingo s'est mit à les canarder, il ne voulait pas toucher le bébé, bien sûr, mais ces choses-là, ça arrive. En pleine action, il y a souvent des accidents. Le bébé était innocent et personne ne voulait buter un bébé innocent. C'est arrivé, tout simplement. D'ailleurs, Chingo dit que le négro a sorti son feu au moment où Chingo défouraillait et c'est peut-être bien des balles perdues de son propre flingue qui ont tué le môme, va savoir... C'est peut-être bien lui qui a tué son propre bébé. Il a vu Chingo avec un feu à la main, il a sorti le sien pour se défendre et il y a eu des balles perdues.

 

— Le bébé, c'était juste un accident, on aurait sans doute essayé de descendre Atkins dans la rue. Il était pas prévu qu'on descende un innocent. [...] D'aileurs, comme je vous l'ai déjà dit, Chingo pense que c'est peut-être une balle perdue tirée par Atkins lui-même qui a tué le môme.

 

Nesbitt possède ce talent qu'on certain pour vous faire dresser les sourcils devant tant de bêtises assénées comme des vérités. Pour avoir la paix, monsieur déclenche la guerre... effectivement, si le clan A et B son décimés, la paix va régner dans le quartier !

 

Dans ce roman où les balles voleront et les grenades exploseront, vous aurez tout de même le temps de croiser presque toutes les différentes couches de la société américaine.


Lu dans le cadre du Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), le "Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition" chez Métaphore et le Challenge "Le Mois Américain" chez Titine.

 

 

 

Titre : Cet homme est dangereux
 
Auteur : Peter Cheney
Édition : Série Noire (1945)

Première publication : This Man is Dangerous (1936)

Résumé :

Et maintenant que je vous présente Miranda Van Zelden — la beauté faite femme. C'te môme est l'héritière de dix-sept millions de dollars — ça vous la coupe, hein ?

 

En plus, c'est la reine des tordues, et le plus chouette bout de femme dont puisse rêver un homme d'affaires surmené, le soir, à son bureau... souple comme une panthère et un châssis à bousiller des noces de diamant.

 

C'est vraiment une pitié qu'une môme comme elle aille fréquenter des boîtes louches.

 

Critique : 

 Au rayon des nouveautés de septembre, il y a le tout nouveau Peter Cheney, cuvée 1945 ! Ça vous en bouche un coin, je sais, j'ai toujours une guerre d'avance sur tout le monde.

 

Non contentent d'être la nouveauté de l'année 45, c'est aussi le mythique numéro 2 de la collection "Série Noire", même si, niveau chronologie, il se déroule avant "La môme vert de gris", le numéro 1 de la collection. Bien que, à cette époque là, les numéros n'étaient pas inscrits sur la couverture.


Conseil, commencez par cet opus-ci d'abord afin de ne pas vous faire gâcher la surprise que l'auteur nous réserve aux 8 dixième du roman. Surprise qui fut fichue en l'air suite aux premiers paragraphes lus dans "La môme...".

 

Alors, qu'avons-nous là au menu ? Des histoires de gangsters et une tentative d'enlèvement sur une belle jeune fille et riche héritière qui plus est.

 

Comme vous le savez, les gangsters, ça s'associent ensemble, mais c'est toujours dans le but de gruger l'autre, de le rouler, de le doubler et à la fin, on se retrouve avec une soupe de sales types qui se plaignent d'avoir été roulé (avant d'avoir eu le temps de rouler l'autre) et qui veulent se venger en roulant l'adversaire...

 

Le héros n'est pas un flic, mais un bandit, lui aussi, bien que le lecteur risque de le trouver sympa, quand bien même il descende des truands dans le dos. Je n'en dirai pas plus.

 

Lemmy Caution, puisque c'est lui le héros, est à l'inverse de la chanson de Sting "A Englishman in New-York" car dans le livre, c'est "A American-man in London". Et oui, le personnage de Lemmy, américain (au contraire de l'auteur) et il va vivre ses aventures trépidantes dans le Londres des années 30 (livre paru en 36 en Angleterre, quand je vous dis que je suis à la pointe des nouveautés).

 

Et le style dans tout cela ? Pas facile à lire au départ à cause d'une profusion de personnages et lecture rendue ardue par la profusion d'argot français, alors que Lemmy, dans la V.O parle en slang américain (argot américain)...

 

Comme l'impression que le texte n'est pas super travaillé dans ses dialogues...

 

Petite enquête car j'ai peine à croire que le grand Peter Cheney puisse écrire de la sorte, utilisant des termes d'argot qui n'ont rien à voir avec le folklore américain ou anglais.

 

La traduction est de... Marcel Duhamel, l'ancien agent et traducteur de la Série Noire chez Gallimard. Déjà, ça pue l'oignon ! Sur le quatrième de couverture, il est noté "Texte intégral Série Noire" et là je crie "Bingo, le texte a sans aucun doute été caviardé".

 

Gagné, on est bien face à une traduction à la "mord-moi l'fion" ! (pour la rime).

 

Il faut savoir qu'à l'époque (et jusque pas encore si longtemps que ça), les traductions chez Série Noire était à l'emporte-pièce : on caviardait le texte original (on le censurait), on tranchait dans les romans originaux pour que tous les romans traduits ne dépassent pas les 254 pages.

 

Des véritables Jack The Ripper chez Série Noire ! Coupe de chapitres, phrases éliminés, paragraphes entiers passés à la trappe, style d'écriture de l'auteur remanié et changé pour mettre de l'argot français et faire en sorte que le lecteur ne se fasse pas péter une neurone lors de sa lecture.

 

Oui, le roman policier était le parent pauvre, nous étions après la guerre et fallait économiser...

 

Et c'est là que le bât blesse : toute la richesse d'écriture de Cheney a dû être effacée pour un style à la sous tonton-flingueurs (comme ils le firent durant des années).

 

Si Cheney voyait son texte traduit, m'est avis qu'il retomberait mort et grosse catastrophe, "Rivages" ne l'a pas retraduit en texte intégral.

 

Ah que je haïs ces coupes dans les textes ! Ils perdent toute leur essence.

 

Malgré tout, un bon moment passé avec tout ce petit monde de la truanderie, chacun s'amusant à planter le couteau dans le dos de l'autre.


Mais j'aurais aimé lire le texte en V.O sous titrée pour voir ce qui était passé à la trappe et quels dialogues ils avaient changé. Tout cela ne m'empêchera pas de lire la suite.


Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2014-2015), le Challenge "I Love London II" de Maggie et Titine, le Challenge "La littérature fait son cinéma - 4ème année" chez Lukea Livre et le "Challenge Ma PAL fond au soleil - 2ème édition" chez Métaphore.

 

 

 

 

Titre : La môme Vert-de-gris
 
Auteur : Peter Cheyney
Édition : Gallimard (1945)

Première publication : Poison Ivy (1937)

Résumé :

- Et quant à toi, Vert-de-Gris, je lui dis, t'es un chouette bout de femelle, mais pour moi t'es pas aut'chose qu'un accès d'mal au ventre.

 

Je vide mon verre, et je les dévisage tous.

- Je m 'en vais vous dire quelque chose, mes agneaux, et tu peux en prendre ta part, petit scorpion, que j'fais à Carlotta. Je m'suis rencardé sur vous. Vous vous imaginiez sans doute que je n'étais qu'un croquant débarquant de son bled et qu'avait pas assez de jugeote pour se garer de la casse ?

 

Pour ce qui est de jouer les détectives privés, pourquoi je me gênerais ? Ça a toujours été ma marotte et chez nous là-bas, à Mason-City, ils trouvent que j'm'en tire pas si mal que ça.

 

Depuis l'début ça me trotte dans l'crâne que c'est toi qu'as descendu ce ballot de Willie.

 

- Écoute-moi bien, Saltierra, j'te promets qu'avant que j'en aie fini, je t'aurai peut-être fait rôtir pour ça, simplement parce que t'as essayé de m'faire prendre pour une andouille et qu't'as cherché à me faire passer le goût du pain, ce soir.

 

Critique : 

 

 

 

 

Titre : Le Loup dans la Smala
 
Auteur : E. Richard Johnson
Édition : Gallimard (1972)

Première publication : The Judas (1971)

Résumé :

Son nom est Jericho Jones, mais on l'appelle Judas. Tueur au service de la Mafia, il travaille en solo. A peine sorti de taule, il est convoqué par Candoli, le chef Mafioso de Chicago.

Le vieux, à l'agonie, l'envoie régler quelques comptes à Kansas City et surtout y chercher son fils qui rue un peu trop dans les brancards.

Dès le début, Judas comprend que son contrat sent mauvais et se heurte à un mur de silence. Mais à coups de titine, on peut toujours causer.

 

Critique : 

Avant toute chose, ceux qui n'apprécieraient pas cette critique recevront la visite de Jericho Jones, tueur au service de la Mafia... Que cela soit bien clair entre vous et moi !

 

Jericho Jones, dit "Judas" est  un tueur à gages, travaillant en solo et offrant ses services à tous, Mafia ou pas. Sauf si vous voulez faire flinguer votre belle-mère ! Là, il déclinera le contrat. Dommage, hein ?

 

L'ami Jericho est un peu rouillé suite au 5 ans qu'il vient de passer à l'ombre pour un meurtre. Non, ce n'était pas un "contrat", les flics ne connaissent même pas sa profession particulière ! La raison, il nous l'expliquera plus tard.

 

À peine sorti de taule, avant même d'avoir pu manger un steak et d'avoir pu se taper une prostituée, on vient le chercher parce que Candoli, parrain de la Mafia de Chicago a besoin de ses services : son fils, qu'il avait envoyé mettre un peu d'ordre à Kansas City, n'a plus donné signe de vie.

 

La mission de Jericho, s'il l'accepte ? (peut pas refuser) Savoir ce qu'il est arrivé à l'unique héritier du parrain mourant de Chicago et s'il est mort, apprendre qui lui a remplacé son extrait de naissance par un avis de décès et lui régler son compte.

 

Notre tueur accepte surtout parce qu'il voudrait en profiter pour savoir ce qu'il est arrivé à son ami cambrioleur, Blanky Shaw, dit "Sanitary Blacky", retrouvé avec 4 balles dans le buffet et le portefeuille toujours dans la poche !

 

Dès le départ, les bâtons vont se mettre dans les roues du vélo de Jericho et... Tiens, quelqu'un aurait-il marché dans une déjection canine ? Non ? Mais alors, pourquoi a-t-il l'impression que ce contrat pue ?

 

Langage argotique, ambiance sombre, guerre de succession dans la mafia, volonté de renier les vieilles règles de la Famille, coups bas à tous les étages, une enquête qui piétine à cause du fait que personne ne moufte, mensonges à gogo et foutage de gueule, des personnages bien campés, tous plus glauques l'un que l'autre, des règlements de compte à O.K Kansas et du plomb qui vole...

 

Notre surnommé Judas devra se méfier afin de ne pas tomber sur plus traître que lui ! Et tâcher de se secouer les méninges rouillées afin de comprendre ce qui pue dans cette affaire et la résoudre.

 

Ça puait plus qu'un putois et Jericho a trouvé... Une fin en partie inattendue (je ne peux pas tout déduire) et une lecture fraiche, bien que le livre soit de 1972.

 

Il est à noter que le titre original était "The Judas"... Plus que le renard dans le poulailler, Judas a vraiment été le loup dans la smala.


Challenge "Thrillers et polars" de Liliba (2013-2014).

 


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