1. Sherlock Holmes : Un scandale en Bohème - A scandal in Bohemia

 

Sherlock Holmes : Un scandale en Bohème - A scandal in Bohemia (Série Granada 1984).

 

SAISON 1 - ÉPISODE 1

  • Production : Michael Cox, Stuart Doughty
  •  Réalisation : Paul Annett 
  •  Scénario : Alexander Baron
  •  Décors : Michael Grimes, Margaret Coombes, Tim Wilding 
  •  Musique : Patrick Gowers
  •  3ème épisode tourné
  •  Série 1 : 1/7
  •  1ère diffusion : Angleterre : 24 avril 1984 - ITV Network (1er épisode diffusé)/ Etats Unis : 14 mars 1985 – WGBH/ France : 15 janvier 1989 - FR3 (4ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min.
  • Distributions :

Jeremy Brett ...  Sherlock Holmes
David Burke ...  Dr. John Watson
Gayle Hunnicutt ...  Irene Adler
Wolf Kahler ...  Roi de Bohemia
Michael Carter ...  Godfrey Norton
Max Faulkner ...  John
Tim Pearce ...  Cabby
Rosalie Williams ...  Mrs. Hudson
Will Tacey ...  Clergyman

 

 

Le pitch ? Une mystérieuse lettre arrivée au 221b, annonce la visite imminente d’un client. Sherlock Holmes reconnaît le roi de Bohème qui est venu sous un faux nom.

Il lui demande d'écarter le scandale qui naîtrait, au moment de ses fiançailles avec une princesse, si révélation était faite de la liaison qu'il eut jadis avec la cantatrice Irène Adler.

Le détective a trois jours jusqu'à la publication des bans, pour récupérer une photographie compromettante.

 

 

Le 24 avril 1984, l'épisode pilote de la série Granada faisait découvrir le nouveau Sherlock Holmes aux téléspectateurs anglais.

 

Rhââ, quel épisode que celui où Holmes se fait damner le pion par la belle Irène Adler.

 

D'ailleurs, la série commence par nous présenter la belle cantatrice en proie à des cambrioleurs et elle n'a pas peur d'eux. L'arme ne tremble pas. Mais on la sent "fatiguée" de tout cela.

 

Ensuite, la voix off de Watson nous dit que pour Sherlock Holmes, elle est LA femme...

 

Envoyez le générique ! ♫

 


La seconde scène d'ouverture est celle qui voit arriver le docteur Watson à Baker Street. De retour, il appréhende l'état dans lequel il va trouver son ami et cela attise la curiosité du téléspectateur.

 

Après avoir croisé des fiacres qui nous transportent totalement dans l'époque de la reine Victoria, nous rencontrons madame Hudson, la logeuse.

 

Celle qui n'a en tout et pour tout guère plus que 20 lignes dans le Canon aura un rôle plus important ici. Rosalie Williams, son interprète, lui donnera toutes ses lettres de noblesse.

 

La pauvre logeuse est obligée de supporter son locataire qui est imprévisible et peut transformer tout l'étage en épais smog à cause d'une expérience de chimie...  Mais c'est presque une mère pour eux.

 

Rosalie Williams était heureuse de jouer le rôle de madame Hudson et le plaisir était double puisqu'elle retrouvait Jeremy Brett, avec qui elle avait travaillé quand il débutait sa carrière au Manchester's Library Theatre.

 

Elle apparaît brièvement à l'écran, mais sa présence dans presque tous les épisodes, apporte une touche de tendresse.

 

Holmes s'amusera souvent la critiquer et la houspiller, hurlant pour avoir de l'eau chaude ou lui reprochant sa lenteur à débarrasser la table. Mais on sent bien qu'ils s'aiment, ces deux là.

 

 

Le réalisateur Paul Annett n'est pas un con, il sait entretenir le suspense et pour cela, il a utilisé un stratagème de mise en scène pour le faire monter tout doucement mais sûrement. Oui, je parle bien du suspense !

 

La scène où Watson entre dans leur meublé de Baker Street est tout simplement géniale de par sa conception : Holmes est assis devant le feu, fenêtre ouverte, ce qui fait "sourire" le docteur. Prévenant de la santé de son ami, notre docteur va fermer la fenêtre.

 

"My dear Holmes" commence-t-il pour le sermonner sur la fenêtre ouverte alors que dehors, il fait dégueu et sur le bordel qui règne sur son bureau avant de stopper net car notre brave docteur vient d'apercevoir une seringue dans un tiroir mal refermé.

 

 

Cette seringue est une référence à l'addiction de Holmes à une solution à 7% de cocaïne qu'il prenait lorsqu'il n'avait aucune affaire sur le feu.

 

Le regard de Watson se voile et il prononce cette phrase bien connue des lecteurs "What is it tonight ? Morphine or cocaïne ?" prêt à se sermoner son ami sur cette dangereuse manie.

 

 

Holmes lui tourne toujours le dos, il fixe la cheminée où les flammes dansent et ne bronche pas d'un poil. Le réalisateur est un sadique, il voulait faire durer le plaisir du téléspectateur pour qui c'était le tout premier épisode.

 

Sans nous dévoiller son visage, Holmes lui répond qu'il préconise une solution à 7% de cocaïne.

 

Soudain, il se retourne brusquement, les yeux fixés sur Watson et le téléspectateur découvre Jérémy Brett dans le rôle, demandant à son ami s'il veut essayer cette fameuse solution.

 

Les traits sont fins, ciselés, il est joli môme et moi je n'avais qu'une envie, c'est de lui confier ma petite affaire (enfin, pas à cette époque, j'étais mineure d'âge !).

 

 

Watson lui fait la leçon sur les innombrables dangers que cette drogue pourrait faire à son brillant cerveau... Pour Holmes, la drogue n'est qu'un stimulant lorsqu'il est à l'arrêt. De plus, ce n'était pas interdit à l'époque.

 

Ensuite, sa belle voix nous sort cette réplique bien connue : "My mind rebels against stagnation. Give me problems, give me work, give me the most abstruse cryptogram, or the most intricate analysis, and I am in my own proper atmosphere. But I abhor the dull routine of existence. I crave for mental exaltation".

 

Traduction : "Mon esprit se rebelle contre la stagnation, confiez moi donc les problèmes les plus complexes, confiez moi les plus obscures cryptogrammes, les plus étranges intrigues à dénouer, je m'y retrouve dans mon propre domaine, mais j'aborre la triste routine de l'existance. Je ne tire aucune gloire de mes succès, le problème à résoudre, et le plaisir de mettre mes dons à l'épreuve des faits sont ma seule récompense."

 

Il nous précise aussi qu'il a créé la profession de détective consultant et qu'il est le seul au monde. Tout à fait canonique, bien que le passage sur sa profession vienne de "Une étude en rouge".

 

Un gloussement de Holmes se produit avant qu'il n'avertisse son ami qu'il a fait un mauvais diagnostique (rhôô, le sadique ! Il a joué avec ses pieds) et qu'il a son stimulant : et il nous sort une lettre de sa poche avant de la tendre à Watson pour lui demander ce qu'il en déduit.

 

Dès le début, la Granada s'était voulue la plus fidèle possible aux textes et à l'univers de Conan Doyle. Et, hormis quelques fois (surtout dans les films et les dernières saisons), elle respecta son deal. Brett était fort regardant aussi, tenant à respecter les textes du canon. Canon qu'il avait lu entièrement avant le tournage !

 

Bref, les déductions sur l'étrange lettre reçue s'enchaînent et Brett est parfait dans le rôle du détective. Je sais que certains lui reprochent d'en faire trop, mais pour moi, tout est parfaitement dosé : les mimiques, les haussements de sourcils, les gloussements ou les éclats de rire, la gestuelle, la froideur ou la retenue. C'est Holmes !

 

Les acteurs sont parfaitement à leur place, ils s'entendent bien, surtout Brett avec David Burke (Watson) et cela transparaît à l'écran.

 

De plus, Michael Cox, le producteur, avait été malin et leur avait fait tourner "Le cycliste solitaire" en premier.

 

"Un scandale en Bohème" est en fait le troisième épisode tourné. Les acteurs étant rôdés, il était plus facile pour eux de trouver leurs marques ainsi qu'aux membres de l'équipe, avant de tourner cet épisode crucial qui ouvrirait la série et sur lequel elle serait jugée.

 

On pourra juste reprocher aux deux acteurs un trop grand âge...

 

Beaucoup oublient que Sherlock Holmes a commencé très jeune. Si l'on prend 1854 comme année de naissance la plus probable, cela lui faisait 24 ans lors de première enquête en 1878.

 

Sa collaboration avec John Watson a eu lieu en 1881 ou 1882... Il avait donc entre 27 et 28 ans. En 1904, il se retirait des affaires. La retraite à 50 ans, pas mal.

 

Jeremy Brett étant né en 1933, il avait déjà 51 ans lors du tournage de la série. David Burke était né, quant à lui, en 1934. Bref, ils n'étaient plus de toute première jeunesse, sans pour autant être de vieux croulant !

 

La série n'a pas trop mal veilli et pour moi, c'est toujours un plaisir de me regarder les premières saisons.

 

Si cet épisode est toujours au top, il possède tout de même quelques grands moments kitch, notament avec le fameux roi de Bohème qui, pour ne pas être reconnu, porte un loup des plus ridicules. Son costume, sa grosse moustache et sa coiffure genre "je suis en guerre avec mon coiffeur" parachevait le tout.

 

Revenons à notre série ! Holmes ne se montre pas impressionné pour autant d'avoir un futur king dans son salon. De toute façon, les rois et les reines, ils vont aux chiottes comme tout le monde !

 

Après avoir démasqué facilement ce futur roi qui pensait être incognito, Holmes lui demande de tout raconter le pourquoi du comment il a besoin de son aide.

 

Pas à dire, le royal récit de sa rencontre avec la cantatrice qui veut le faire chanter (maintenant qu'il va se marrier avec une autre) possède aussi de grands moments de "kitchitude" ainsi que de gros accents de "Sissi" : scènes de bal sirupeuses où les musiciens ont les yeux bandés pour ne pas témoigner de ce qu'ils n'ont pas vu, les deux amants chevauchant dans la campagne, s'embrassant dans la chambre...

 

LA photo...
LA photo...

 

Par contre, voire Irène Adler habillée en homme dans des cabarets est un délice car le haut-de-forme lui va à ravir. Une femme libérée et qui n'avait pas peur de porter des costumes masculins.

 

Le choix de l'actrice était crucial et important et je dois dire que le rôle va comme un gant à Gayle Hunnicutt qui, comme nous expliqua un jour Jeremy Brett, portait un parfum Bluebell qui avait beaucoup perturbé Holmes. Ou l'acteur...

 

Il m'a d'ailleurs semblé le voir reluquer discrètement dans son décolleté lors de la scène où, déguisé en pasteur non conformiste, il fait semblant d'être mal.

 

 

Une autre bonne idée, c'est d'assister au démaquillage de Holmes après son enquête chez miss Adler, déguisé en valet d'écurie : "hirsute, le visage en feu et paraissant ivre, avec des favoris et des vêtements qui ne payent pas de mine".


Petite anecdote, Brett était tellement bien grimé qu'on ne le reconnu pas sur le plateau de tournage ! Tout comme son personnage, il avait le sens du déguisement et il aimait ça.

 

 

Holmes enquête donc chez les employés de la dame, entrant à son service comme valet d'écurie et il me semble que je l'ai vu un peu troublé lorsqu'il entendra le jolie voix de la cantatrice...

 

Il racontera à Watson comment, en suivant la belle et son avoué, Geodfrey Norton, il assistera à leur mariage en cachette, devenant leur témoin involontaire car il en fallait un pour légaliser le mariage à l'église.

 

La belle Irène le remerciera et lui offrira un souverain en or pour la peine ou comme "little souvenir" (moment intensément romantique dans ma tête) et le détective décidera de l'accrocher à sa chaîne de montre, ce qui laissera Watson perplexe.

 

Un autre grand moment, c'est lorsque Holmes se déguisera en "un pasteur non conformiste, aimable et un peu naïf. Avec un grand chapeau noir, un pantalon trop ample, une cravate blanche, un sourire plein de sympathie, un regard attentif et un air de curiosité bienveillante" dans le but de récupérer la photo compromettante du futur roi qui avait été assez bête que pour se faire prendre en photo au côté de sa maîtresse.

 

D'ailleurs, je préciserai aussi que les dessins de Sidney Paget qui illustraient les "Aventures" dans le Strand Magazine ont servi de modèle pour créér les costumes et les déguisements.


À savoir aussi que certaines scènes sont la copie conforme des dessins de Paget : la visite du roi de Bohème au 221b Baker Street, celle où Irène Adler, déguisée en homme souhaite le bonsoir à Holmes sur le pas de sa porte ainsi que celle du mariage.

 

 

Dans le but de son enquête, Holmes a engagé des jeunes gens pour se disputer et chahuter assez fort au retour d'Irène et lui, en preux chevalier, il arrivera pour défendre madame Adler et il se fera assommer... seul moyen d'entrer dans la maison !

 

La scène avec Irène qui lui tampone le front avec un chiffon humide est toute mignonne mais Holmes détourne la tête pour ne pas qu'elle remarque que le rouge sur son front n'est que de la peinture.

 

La pauvre femme ne se rend pas compte qu'elle a sur son divan le grand détective tout à fait alerte et non pas un vieux pasteur gentil et assommé.

 

 

Mais lors du faux incendie, lorsqu'elle ouvre la cachette afin de prendre le cliché où elle pose avec le futur king of Bohème, là, elle commence à avoir des doutes sur le gentil pasteur et l'incendie... qui n'est qu'un pétard fumigène lancé par Watson.

 

Holmes jubille dans le fiacre qui le reconduit à Baker Street, il est fier de sa trouvaille, de son plan... Oui, Holmes fut rusé ce soir là, mais le jeune homme qui lui souhaita "Bonne nuit, monsieur Holmes" devant le 221b l'était encore plus que lui !

 

Irène avait compris... Le lendemain, elle n'était plus là, mais elle laissait une lettre à Holmes et promettait de ne pas envoyer la fameuse photo le jour des fiançailles du roi. Elle aimait et était aimé en retour.

 

On sent bien aussi dans cet épisode tout le mépris et la froideur de Sherlock Holmes envers ce futur monarque prétencieux.

 

Lorsque le roi, furax de voir que la photo laissée n'est pas la compromettante, il ordonnera à Holmes de lui donner la lettre, ce à quoi il lui répondra "It is adressed to me". Fuck the king.

 

Dans cette aventure, Holmes se rend compte aussi qu'il a eu affaire à une femme intelligente et rusée, une femme blessée par un homme qu'elle avait aimé et qui lui avait promis le mariage.

 

Holmes refusera la chevalière que le roi voulait lui offrir, ne souhaitant que la photographie où Irène était seule.

 

Il ne serrera pas la main tendue par ce roi qui était tout content que tout cela se termine bien pour son matricule et qu'il puisse se fiancer avec sa princesse de La Tronche En Biais.

 

Le soir, devant la cheminée, on verra Holmes contempler la photo de la belle puis jouer du violon... Mélancolique Holmes ?

 

 

Je me suis un peu étendue sur ce premier épisode, mais les suivants seront plus court.

 

Si vous ne l'avez jamais vue, je vous signale que cette série vaut le détour pour le soin extrême qui a été apporté à la reconstitution des décors et des costumes : raffinés ET fidèles aux goûts et aux critères sociaux de l'époque.

 

Au moins, on ne voit pas évoluer Holmes affublé de cette stupide deerstalker et de ce foutu manteau "macfarlane", vêtements adaptés à la campagne mais pas à la ville de Londres.

 

Dans le canon, il ne les porte qu'à deux reprises, dans HOUN ("Le chien des Baskerville") et dans SILV ("Flamme d'argent"). Normal, il était à la campagne !

 

Ici, l'acteur évolue dans un costume sombre et un haut-de-forme qui lui vont à ravir.

 

 

De plus, Jeremy était grand et mince, tout comme Holmes : 76 kg pour 1,88m. Holmes mesurait 6 pieds, soit 1,80m mais paraissait encore plus grand en raison de sa minceur.

 

Pas d'anachronisme avec la pipe calebasse non plus ! Holmes fume des pipes droites (trivaile, cette phrase) et d'époque.

 

Ils ont fait aussi attention aux moindres détails : même les titres des journaux concordent aux évènements de l'époque.

 

Jeremy Brett avait un peu peur que dès le premier épisode on ne montre tous les "clichés" holmésiens à l'écran : Holmes et la drogue, Holmes jouant du violon, Holmes et "La Femme", Holmes et le célèbre monologue "Mon esprit refuse la stagnation…" (Extrait de la seconde nouvelle de Conan Doyle "Le Signe des Quatre"), Holmes déguisé, etc…

 

Au final l'histoire se tient bien et esquisse un portrait habile et réussi du détective.

 

Dès le premier épisode, on en sait déjà un peu plus sur le détective, utilisant comme clichés les véritables infos du canon et évitant les faux "clichés".

Le scénario reste très proche de l'œuvre originale et on retrouve des dialogues entiers extraits du Canon : le prologue de Watson sur Irene Adler, la célèbre réplique de Holmes : "I am lost without my Boswell" (Sans mon historiographe, je suis un homme perdu), le dialogue sur la cocaïne…

 

Quand à supposer que Holmes éprouva pour Irène Adler de l'amour, le producteur, Michael Cox, voyait dans cette histoire une relation ambivalente de sexualité refoulée.

 

Selon lui, on pouvait imaginer que Sherlock Holmes lui vouait un amour platonique.

 

Une affaire à suivre dans l'article de demain qui continue sur un autre épisode tout aussi mythique pour moi.

 

L'épisode en V.O de "A scandal in Bohemia" n'étant plus disponible sur You Tube, j'ai inclus quelques clips à la place.


Par contre, il reste toujours la petite vidéo que j'avais réalisée pour illustrer une fanfiction "Holmes/Adler" que j'avais écrite en août 2011 pour un concours sur Fanfic-fr.

 

Il fallait écrire une histoire sur la musique "A postcard" de Purcell (violon mélancolique) et j'avais pondu "Requiem pour une ombre" (ici, c'est la vidéo, pas mon texte !).

 


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