2.1 Amour, Sexe, Drogues et Rock'n Roll...

I. Amour...

 

Point de vue amour, j'avais espéré, lors de ma lecture de "Un scandale en Bohème" (SCAN), que Holmes fut amoureux de cette Irene Adler.

 

Imaginez mon émoi lorsque je lus : "Pour Sherlock Holmes, elle est toujours la femme. Il la juge tellement supérieure à tout son sexe, qu’il ne l’appelle presque jamais par son nom ; elle est et elle restera la femme. Aurait-il donc éprouvé à l’égard d’Irène Adler un sentiment voisin de l’amour ?"

 

Un hurlement de loup s'échappa de ma bouche. Des hectolitres de bave s'échappaient de mes lèvres ouvertes !

 

Mais je la fermai bien vite en poursuivant ma lecture car ensuite, ce fut la douche froide avec : "Absolument pas !"

 

Là, ça vous coupe la chique. Et pourquoi n'aurait-il pas pu éprouver de l'amour pour cette dame ?? Allez Watson, raconte nous !

 

"Son esprit lucide, froid, admirablement équilibré répugnait à toute émotion en général et à celle de l’amour en particulier. Je tiens Sherlock Holmes pour la machine à observer et à raisonner la plus parfaite qui ait existé sur la planète ; amoureux, il n’aurait plus été le même."

 

Et voilà comment mon détective préféré va hériter du titre du mysogine de l'année ! Titre qui va lui coller à la peau, faisant dire de lui qu'il est homo refoulé, et patati et patata...

 

Moi je dis qu'il n'aurait pas pu aimer un autre homme puisque Watson nous dit qu'il répugnait les choses du coeur :

 

"Lorsqu’il parlait des choses du cœur, c’était toujours pour les assaisonner d’une pointe de raillerie ou d’un petit rire ironique. Certes, en tant qu’observateur, il les appréciait : n’est-ce pas par le cœur que s’éclairent les mobiles et les actes des créatures humaines ? Mais en tant que logicien professionnel, il les répudiait : dans un tempérament aussi délicat, aussi subtil que le sien, l’irruption d’une passion aurait introduit un élément de désordre dont aurait pu pâtir la rectitude de ses déductions".


Le sexe étant une émotion forte, il devait donc le bannir, alors ? Qu'est-ce que tu en dis, mon cher John Watson ??

 

"Il s’épargnait donc les émotions fortes, et il mettait autant de soin à s’en tenir à l’écart qu’à éviter, par exemple de fêler l’une de ses loupes ou de semer des grains de poussière dans un instrument de précision. Telle était sa nature. Et pourtant une femme l’impressionna : la femme, Irène Adler, qui laissa néanmoins un souvenir douteux et discuté".

 

Bref, lors de la lecture de l'intro de "Un scandale en Bohème", j'avais eu droit à la douche froide... Snif !

 

Cela ne m'a jamais empêché de me faire des films et de mettre Holmes avec une femme... Na ! Oui, je sais, je prèche une chose pour les uns et je fais une autre pour moi.

 

Que voulez-vous, on ne se refait pas !

 

J'avais eu aussi droit à une autre mini crise cardiaque lors de ma lecture "Charles Auguste Milverton" (CHAS) :

– Diriez-vous que je suis homme à me marier, Watson ?

– Certes non !

– Cela vous intéressera certainement d’apprendre que je suis fiancé.

– Mon cher ami ! mes félicitations…

 

Argh !! Il vient de se FIANCER !! Vous comprenez ma défaillance cardiaque... qui fut de courte durée en lisant la suite du dialogue :

 

– A la bonne de Milverton.

– Juste ciel !

– Il me fallait des renseignements, Watson.

– Vous êtes tout de même allé un peu loin, dites ?

– C’était nécessaire. Je suis un plombier, à la tête d’une maison qui commence à marcher. Je m’appelle Escott. Je suis sorti avec elle tous les soirs et on a causé. Seigneur, quelles conversations ! Quoi qu’il en soit, j’ai eu tout ce qu’il me fallait. Je connais la maison de Milverton aussi bien que le creux de ma main.

– Mais la fille, Holmes ?

– On ne peut rien, mon cher, dit-il avec un haussement d’épaules. Il faut jouer ses cartes de son mieux quand il y a sur la table un pareil enjeu. Je suis d’ailleurs heureux de dire que j’ai un rival abhorré qui me supplantera sitôt que j’aurai le dos tourné.

 

Merci, Sherlock ! De fausses fiançailles pour mieux entrer dans la demeure d'un maître chanteur afin de récupérer les lettres de sa cliente.

 

Rhôô, il a profité d'une innocente jeune fille a qui il a promis mariage et tutti quanti... Qui sait, il l'a peut-être tripoté un peu.

 

Le mot "conversations" veut peut-être dire "causerie à l'horizontale"... Surtout que la fille m'a l'air d'avoir déjà de quoi se consoler. Une chaudasse, quoi ! Lui aurait-il sorti le tuyau d'incendie pour éteindre son feu de broussailles ??

 

Nous n'en saurons pas plus, mais je peux imaginer des choses !!

 

Bref, Holmes peut utiliser les gens à sa guise pour une enquête, piétinant les sentiments que la jeune fille aurait pu avoir envers lui.

 

Par contre, on se rend compte aussi lorsqu'on lit le canon, que dans ses rapports ordinaires avec les femmes, il met beaucoup de gentillesse et de courtoisie.

 

Il n'a nulle confiance dans le sexe faible, mais il est toujours un adversaire chevaleresque.

 

Bien qu'il nous balance allégrement des :

"Le coeur et l'esprit d'une femme sont des énigmes insolubles pour un mâle", dit-il dans "Un illustre client" (ILLU).

 

"Leurs actions les plus banales peuvent se rapporter à quelque chose de très grave, mais leur comportement extraordinaire dépend parfois d'une épingle à cheveux ou d'un fer à friser" nous lâche-t-il dans "La seconde tache" (SECO). 


Mary Morstan du "Signe des quatre" (SIGN) le laissera indiférent, contrairement à Watson qui en pince pour elle et qui en fera sa légitime.

 

Il fut très prévenant envers Violet Hunter, dans "Les hêtres rouges" (COPP)...  Mais pas de bol, il cessera de lui témoigner le moindre intérêt dès qu'elle ne sera plus le pivot de l'un de ses problèmes, à la déception de Watson qui avait peut-être envie de le caser ! 

 

Prévenant aussi avec Helen Stoner dans "Le ruban moucheté" (SPEC) mais rien de plus que la prévenance d'un détective envers sa cliente qui risquait sa vie et ne le savait pas.

 

Le coup de grâce se trouvera pour moi dans "L'aventure du pied du diable" (DEVI) dans le recueil intitulé "Son dernier coup d'archet" où Holmes dit :

– Je n’ai jamais aimé, Watson, mais si j’aimais et si la femme que j’aimais mourrait de la sorte, je pourrais fort bien me comporter comme notre chasseur de lions. Qui sait ?

 

Si j'avais encore un faible espoir, je pouvais me torcher avec !

 

Et on rajoute une couche avec une autre de cette petite phrase assassine dans "Le signe des quatre" :

"On ne peut jamais faire totalement confiance aux femmes ; pas même aux meilleures d'entre elles". 

 

Niveau "amour", on peut dire qu'avec Holmes, c'est rappé !!

 

Pourtant, dans "Les diadèmes de Béryls" (BERI), il nous dit tout de même ça :

– Non, il ne s’agit pas de moi. Ce que vous devez, ce sont de très humbles excuses à votre fils, ce noble garçon, qui s’est conduit en cette pénible circonstance comme je serais fier de voir mon fils le faire si j’avais le bonheur d’en avoir un.

 

Alors, Holmes, quelques regrets tout de même ??? On aurait eu envie d'un héritier ?

 

C'est ce que j'ai toujours pensé en lisant cette phrase, mais dans tout cela, tout est affaire d'interprétation !

 

De là à dire qu'il aurait souhaité prendre une femme (oh oui, prendre une femme, coquin !) comme poule pondeuse et se faire faire un fils... Non, je ne le dirai pas ! Par contre, il aurait sans doute voulu un héritier pour la transmition de tout ce qu'il savait... Je suppute, je suppute !

 

Je vous avais dit que mon approche se ferait dans la légéreté et l'humour.

 

II. Sexe...

 

Et point de vue "sexe" ??

 

Si notre brillant logicien avait un faible pour les prostiputes ou les dames de petites vertus que l'on prend au pied levé entre deux portes cochères, Conan Doyle s'est bien gardé de nous en parler !

 

Si le petit gourdin du matin était satisfait de manière "manuelle", on n'en a jamais rien su...

 

Par contre, Holmes était un fervent amateur de la pipe ! Une bonne pipe, rien de tel pour réfléchir et se détendre. Il nous parle souvent de ça, dans ses aventures.

 

Pour preuve, voici un extrait de "La ligue des rouquins" :

– [...] C’est le problème idéal pour trois pipes, et je vous demande de ne pas me distraire pendant cinquante minutes.

 

Quand je vous disais que le Holmes était un amateur de pipe...

 

Mais vous, bande de coquins, vous aviez pensé à tout autre chose, hein, avouez !!!

 

Oui, Holmes fumait comme un pompier, comme un dragon... La cigarette, le cigare ou la pipe. Il avait d'ailleurs prévenu Watson dans "Une étude en rouge" (STUD) :

– J’ai l’œil sur un appartement dans Baker Street, dit-il. Cela ferait très bien notre affaire. L’odeur du tabac fort ne vous incommode pas, j’espère ?

– Je fume moi-même le "ship", répondis-je.

 

Tout cela fait partie des stimulants utilisés durant d'une enquête.

 

 

Mais quelle pipes pour Holmes ??

  • Pipe en terre noire dans "Le chien des Baskerville" (HOUN) : "His black clay pipe".
  • Pipe puante, quand il réfléchit, notamment dans "La vallée de la peur" (VALL) : "The unsavory pipe which was the companion of is deepest meditations"
  • Pipe de bruyère qui est décrite comme vieille dans "Le signe des Quatre" (SIGN) : "His old briar-root pipe"

 

J'en profiterai au passage pour vous signaler que la fameuse pipe dite "calabash" ou "calebasse" est un anachronisme pur et dur ! Autant affubler un soldat romain d'une montre à gousset !

 

Pourquoi ?

 

Parce que cet objet n'a été ramené en Grande-Bretagne qu'après la guerre des Boers, soit à la fin de la période couvrant les aventures de Sherlock Holmes.

 

 

D'où vient ce cliché, alors ?

Selon la légende, nous le devons aux acteurs de théâtre du début du XXe siècle qui trouvaient plus facile de donner leur texte avec ce modèle.

 

Dans le livre de Bernard Oudin, il attribue la demande à l'acteur William Gilette, créateur du rôle de Sherlock Holmes sur scène en 1899, et qui ajouta à la panoplie holmésienne la pipe recourbée.

 

Il semblerait que se soit lui l'instigateur de tout cela, trouvant plus facile de dire ses répliques en ayant en bouche une pipe recourbée plutôt qu'une pipe droite. Les autres suivirent.

 

Pourtant, il semblerait bien que l'acteur ne fut jamais représenté avec cette fichue pipe entre les lèvres ! Le mystère reste entier !

 

En tout cas, niveau "SEXE", c'est au même point que l'amûûr : on n'en sait rien et on peut déduire qu'il n'en avait rien à faire, son sexe étant comme son estomac, juste un apendice de son cerveau !

 

Tout le monde sait que l'homme n'a pas assez de sang pour faire fonctionner son cerveau et son phallus en même temps...

 

Holmes nous disait d'ailleurs ceci dans "La pierre de Mazarin" (MAZA) :
"Ce que la digestion fait gagner à notre sang est autant de perdu pour notre cerveau, dit-il. Je suis un cerveau. Le reste de mon corps n'est que l'appendice de mon cerveau. Donc, c'est le cerveau que je dois servir d'abord"

 

 

 

III. Drogues...

 

En ce qui concerne la drogue, Holmes en prenait. Une solution à 7% de cocaïne.

 

Vous ne me croyez pas ?? Voyez cet extrait du "Signe des Quatre" :

 

Sherlock Holmes prit la bouteille au coin de la cheminée puis sortit la seringue hypodermique de son étui de cuir. Ses longs doigts pâles et nerveux préparèrent l’aiguille avant de relever la manche gauche de sa chemise. Un instant son regard pensif s’arrêta sur le réseau veineux de l’avant-bras criblé d’innombrables traces de piqûres. Puis il y enfonça l’aiguille avec précision, injecta le liquide,et se cala dans le fauteuil de velours en poussant un long soupir de satisfaction.

 

Depuis plusieurs mois j’assistais à cette séance qui se renouvelait trois fois par jour, mais je ne m’y habituais toujours pas. Au contraire, ce spectacle m’irritait chaque jour davantage, et la nuit, ma conscience me reprochait de n’avoir pas eu le courage de protester. [...] Cet après-midi-là, je ne pus me contenir. Était-ce la bouteille du Beaune que nous avions bue à déjeuner ? Était-ce sa manière provocante qui accentua mon exaspération ? En tout cas, il me fallut parler.

 

Aujourd’hui, lui demandai-je, morphine ou cocaïne ?

Cocaïne, dit-il, une solution à sept pour cent. Vous plairait-il de l’essayer ?

– Non, certainement pas ! répondis-je avec brusquerie. Je ne suis pas encore remis de la campagne d’Afghanistan. Je ne peux pas me permettre de dilapider mes forces.

 

Ma véhémence le fit sourire.

–  Peut-être avez-vous raison, Watson, dit-il. Peut-être cette drogue a-t-elle une influence néfaste sur mon corps. Mais je la trouve si stimulante pour la clarification de mon esprit, que les effets secondaires me paraissent d’une importance négligeable.

 

 

Bref, Holmes n'est pas un junkie, juste un détective qui doit nourir son esprit quand il est au repos forcé !

 

Pourquoi ? Parce que son esprit est comme un moteur et l'inaction lui pèse plus que tout. "My mind rebels at stagnation", dira-t-il à Watson ensuite. Holmes veut des énigmes à décoder, il veut du travail, des problèmes ou des enquêtes à résoudre.

 

Notre détective hait la routine de l'existence.

 

L'excitation qu'il ressent lors d'une enquête cède ensuite la place à l’abattement lorsque le mystère est résolu.

 

L'équilibre de sa nature le faisait passer d'une langueur extrême à l'énergie la plus dévorante.

 

On nous en parlait dans "Le Rituel des Musgrave" (MUSG).

"Les explosions d’énergie passionnée de Holmes étaient suivies de réactions léthargiques pendant lesquelles il s’allongeait n’importe où avec son violon et ses livres, ne remuait qu’à peine, consentait tout juste à venir s’asseoir à table"

Lorsque ses facultés logiques ne sont pas mobilisées, Holmes est un personnage en proie "à la plus noire des dépressions".  D'où l'utilisation de la cocaïne.

L’oisiveté l'épuise ! Dans ces phases d'anéantissement, il peut passer des journées entières au lit, ou rester étendu sur le canapé, inerte, dans un état quasi léthargique, presque un légume.

 

À propos de légume, j'aurais bien aimé m'occuper de son poireau et me faire brouter la cressonette... Hum, je m'égare !

Consumé par l'ennui, Holmes déprime. Replié sur lui-même, il n'arrive plus à communiquer et peu même rester des jours sans articuler un mot. Pôvre Watson...

 

Dans le Canon, les exemples de ces symptômes sont fréquents. Holmes révèle des signes de lassitude dus au surmenage.

 

Au printemps de 1887, sa santé se trouve ébranlée (branlé ?) par un surmenage excessif comme nous l'apprenait Watson dans "Les propriétaires de Reigate" (REIG) :

"Au printemps de 1887, la santé de mon ami, M. Sherlock Holmes, s’était trouvée ébranlée par un surmenage excessif. L’affaire de la Compagnie de Hollande et Sumatra et les projets fantastiques du baron Maupertuis sont encore trop présents à la mémoire du public et trop intimement liés à de délicats problèmes politique et de finance pour trouver place dans cette galerie de croquis".

 

En 1897, il commence à révéler quelques symptômes de lassitude sous le travail énorme qui l'accable.

 

Holmes devra prendre du repos pour s'épargner une grave dépression nerveuse dans "Le pied du diable" (DEVI).

 

D’un naturel maniaco-dépressif, Holmes marche sur une corde raide. Il oscille constamment entre périodes d'effervescence et phases d'abattement.

Sherlock Holmes entretient un rapport privilégié avec les excitants de toute sorte : que ce soit les stimulants durant une enquête, tels le tabac et la pipe, ou les stimulants pour son esprit au repos : morphine ou cocaïne. 

 

Attention, toutes les pages du canon ne sont pas remplies par des scènes de piquouzes ! Gardez aussi à l'esprit que Conan Doyle n'aimait pas son personnage, il a donc tout fait pour qu'on le déteste, mais ça n'a pas marché...

 

Et puis, à l'époque, ce genre de produits n'étaient pas interdits...

 

N'oubliez pas non plus que l'Angleterre déclara la "guerre de l'opium" à la Chine et que les premières drogues étaient pour les gens riches ou les bourgeois, pas le petit peuple qui lui se shootaient au mauvais alcool.

Si Holmes n’est pas fait pour le quotidien de monsieur-tout-le-monde et qu'il cherche sans arrêt à s'en échapper, ne se complésant que dans l'atmosphère du mystère et du crime, c'est qu'il possède une double personnalité.

 

Mister Sherlock et Docteur Holmes

 

Détective Holmes et Mister Sherlock...
Son rapport avec le monde criminel est très ambigu et nous dévoile, en filigrane, l'autre face du héros : le Holmes criminel.

Le détective entretient un rapport particulier avec la criminalité et avoue : "J'ai toujours eu l’idée que j’aurais fait un criminel de très grande classe".

 

Les allusions à sa possible criminalité sont relativement fréquentes et on se dit que si Holmes avait choisi le mauvais chemin, il aurait fait un malfrat de grande envergure.

 

Pensées partagées par le docteur Watson et même les inspecteurs de Scotland Yard. Ils savaient que Holmes aurait fait "un bien dangereux criminel s’il avait tourné sa sagacité et son énergie contre la loi, au lieu de les exercer pour sa défense". ("L'interprète grec").

Ne nous voilons pas la face, le crime fascine. Moi-même je suis attirée par lui depuis toujours, lisant des romans policiers et bavant devant Jack l'Éventreur.

 

Holmes ressent une sorte d'attraction et de fascination pour le crime et notre détective n'a jamais hésité à imiter, à incarner ceux qu’il traque, à se mettre dans leur peau.

 

Inquiétantes dispositions, n'est-il pas ? Pour ceux qui auraient encore des doutes, nous avons un faisceau de preuves qui indiquent que Holmes n'a jamais hésité à danser sur la corde raide, bien que selon lui, ce soit toujours pour la bonne cause de la résolution de l'affaire.

 

  • Il possède l'attirail complet du cambrioleur professionnel et n'hésite pas à s'en servir avec dextérité, pour entrer par effraction, forcer serrures et coffres. Attention, bien qu'il n'hésite pas à utiliser des méthodes illégales, c'est pour une juste cause, à ses yeux comme dans "Les Plans du Bruce Partington" (BRUC) et "Charles Auguste Milverton"(CHAS)
  • L’identification est également psychologique puisque notre détective a avoué lui-même "se mettre à la place du coupable en s’efforçant d’imaginer comment il aurait lui-même agi dans des circonstances analogues" dans "Le Rituel des Musgrave"(MUSG).
  • Son attirance pour le monde criminel pouvait même aller jusqu’à l’empathie totale. Watson évoque même une "force démoniaque" dans "La Deuxième tache" (SECO) et un inspecteur de Scotland Yard, ébahi par ses facultés quasi divinatoires et surnaturelles, le traite de "sorcier" ou l'interpelle "vous êtes donc le diable !"
  • Enfin sa confrontation avec Moriarty démontre à Holmes qu’il peut être indifféremment détective ou assassin. Ne dit-on pas que Moriarty était une sorte de Holmes passé du mauvais côté de la barrière ? À les voir, on penserait que le professeur est un Jedi ayant sombré du côté obscur de la Force.
  • Holmes révèle dans sa compléxité, sa conscience de se maintenir à la frontière entre légalité et illégalité, bien et mal. Et son coté obscur n'est jamais très loin...
  • Il a parfois tendance à faire sa propre justice ou assouvir une vengeance personnelle, notamment dans "Les cinq pépins d'orange" (FIVE) et "Les trois Garrideb" (3GAR).

 

IV. ♫ Rock'n Roll ♪

 

♫ Rock'n Roll ? ♪

Non, Holmes ne dansait pas le boogie-woogie, il ne chantait pas non plus les classiques du rock, mais il pratiquait de la musique !

 

Holmes possédait un violon Stradivarius qu'il avait acheté pour 55 shillings à un brocanteur de Tottenham Court Road. Vu la somme payée, on peut dire qu'il l'a eu pour une bouchée de pain.

 

Il exécutait des des lieder de Mendelssohn à la perfection et Watson nous avouera, dans "La ligue des rouquins" (REDH) :

"Mon ami était un mélomane enthousiaste ; il exécutait passablement, et il composait des oeuvres qui n'étaient pas dépourvues de mérite".

 

Et il ne s'agit pas d'une simple distraction. Il l'utilise pour réfléchir lors d'une enquête : "La musique allemande... est davantage à mon goût que la musique française ou italienne, elle est introspective et j'ai grand besoin de m'introspecter..." nous apprend-il dans "La ligue des rouquins"(REDH).

 

Par contre, il pouvait aussi gratter son violon (connotation sexuelle) de manière anarchique quand il le voulait :

"Livré à lui-même, il faisait rarement de la musique. Pendant toute la soirée, renversé dans son fauteuil, les yeux clos, il grattait négligemment l'instrument posé sur ses genoux. Les accords qu'il en tirait ainsi, sonores ou mélancoliques, fantastiques ou gais, reflétaient avec clarté les pensées qui l'obsédaient [...]"

 

Il aime les motets de Roland de Lassus, les œuvres de Wagner, de Chopin, la musique de chambre....

 

Holmes se déplace volontiers pour aller entendre un artiste : la violoniste Norman-Néruda, les frères de Reszké ou une oeuvre qui lui plaît de Wagner, de Chopin... Oui, en plus d’être violoniste, Sherlock Holmes aime entendre la musique de chambre.

 

V. Holmes travestit...

 

Mais non, bêtes que vous êtes !

 

Je voulais juste vous signifier que Sherlock Holmes exellait dans l'art du déguisement et étair très doué pour se transformer physiquement grâce à du maquillage ou l'utilisation des postiches en tout genre.

 

Il savait adopter des postures, changer sa voix et prendre des accents.  Avec un rien, il se transformait.

 

Il s’est même déguisé en vieille dame, une fois, dans "La pierre de Mazarin" (MAZA).

Aujourd'hui une vieille femme. De la journée ils ne m'ont pas quitté d'une semelle.

– Vraiment, monsieur, vous me flattez ! [...]

– C'était vous ? Vous-même ?

Holmes haussa les épaules.

– Vous pouvez voir dans ce coin l'ombrelle que vous m'avez si galamment tenue avant que vous ayez soupçonné quoi que ce soit.

 

Oui, Sherlock Holmes a du talent ! Quelques extraits du canon :

  • "Vous auriez pu devenir un acteur, et quel acteur !" lui lance Athelney Jones dans "Le signe des quatre"(SIGN).
  • "Le théâtre a perdu un merveilleux acteur quand il s'est spécialisé dans les affaires criminelles. Son expression, son allure, son âme même semblent se modifier à chaque nouveau rôle" dans "Un scandale en Bohème" (SCAN).
  • "Je me suis déguisé avec toute la minutie d'un véritable artiste" dans "Le détective agonisant" (DYIN).
  • "Et le vieux baron Dowson a dit à mon sujet, la veille du jour ou il fut pendu, que ce que la loi avait gagné, la scène l'avait perdu." dans "La pierre de Mazarin" (MAZA).
  • "Il possède au moins cinq refuges dans Londres ou il peut se maquiller et se transformer à sa guise" dans "Peter Le Noir". (BLAC)

 
Déguisé, Holmes passe ainsi totalement inaperçu et peut enquêter en toute impunité.

 

Normal, si on veut faire parler un lad ou un valet d'écurie, vaut mieux être déguisé en un homme appartenant à son milieu et se fondre dans l'atmosphère des lieux en ramassant le crottin ou en flattant la croupe d'une jument, non ?

 

En fait, il est constament en représentation, il aime surprendre ses clients et son ami Watson, qui lui même n'y voit que du feu et se laisse berner. Il avoue souvent être incapable de se refuser une note dramatique.

 

 

Niveau fringues : 

Argh, non, Holmes ne se balade pas affublé d'un long McFarlane et coiffé d'un deerstalker !! Remisez au placard vos clichés à la con, je vous en remercie et lui aussi !

 

Et non, Holmes ne ressemble pas à un clodo comme l'acteur Robert Downey Jr l'a laissé penser dans les films de Ritchie.

 

Holmes, qui avait la propreté d'un chat, ne laissait sans aucun doute ses cheveux pousser dans tous les sens, se coiffait et s'habillait d'une certaine élégance, du genre strict : costume deux pièces (j'aurais aimé voir son autre costume deux pièces, moi), en tweed ou une redingote, de temps en temps, un ulster.

 

Pour la tête, un chapeau melon ou haut-de-forme, comme tous les hommes distingués de Londres.

 

Dans la poche du gilet, une montre à gousset avec le souverain offert par Irène Adler accroché à sa chaîne de montre.

 

Lorsqu'il était à Baker Street, dans l'intimité de son meublé, il pratiquait un débraillé qui ne plaîsait pas toujours au docteur Watson.

 

Il lui arrive de vivre en robe de chambre dont il possède plusieurs modèles : une est pourpre, une bleue et une gris souris.

 

Cette robe de chambre ne l’empêche pas de recevoir ses clients, que du contraire. Il est normal d'en porter une sur ses habits. Oui, il n'était pas nu dessous ! Lorsqu'il devait sortir, il se changeait !

 

Si d'aventure, une enquête devait l'ammener dans la campagne, il enfilera (oh oui !) un long manteau gris, un costume de tweed et une casquette de drap qui pourrait être une deerstalker.

 

VI. Gédéon Theusmanie ?

 

Non, dites plutôt "J'ai des honteuses manies"...
Watson évoque "Holmes, en proie à une humeur bizarre". Son comportement est déconcertant et fantasque, parfois même inquiétant.

 

Du point de vue "collocataire", Holmes est le genre de personne avec lequel on ne voudrait pas partager un meublé !

 

Holmes a ses habitudes, des habitudes strictes et rigoureuses. Du moins, dans sa vision à lui... Celle qui n'a rien à voir avec la votre.

 

Si au début de leur association, Watson les a considèrées comme "normales et faciles à vivre", il les a ensuite vite requalifiées "d'excentriques et d'anormales".

 

Holmes est un des hommes les moins ordonnés qu'il ait connu et Watson dit de lui "Qu'il aurait jeté hors de ses gonds n'importe quel compagnon d'existence".

 

  • Il a une vie de bohême (pour un p'tit scandale horizontal avec Irene ?)
  • Il s'entraîne au tir au revolver dans son salon (on en reparle plus bas)
  • Il a horreur de détruire des documents
  • Il range ses cigares dans un seau à charbon
  • Son tabac est stocké au fond d'une babouche persane
  • Sa correspondance, en attente de réponse, est fichée sous la lame perforatrice d'un couteau à cran d'arrêt, en plein milieu de la tablette de la cheminée
  • Son incroyable manque de soins
  • Sa prédilection pour la musique à des heures que tout un chacun réserve au sommeil
  • Entraînement au revolver en chambre
  • Expériences scientifiques aussi étranges que malodorantes
  • Ambiance de violence et de danger qui l'entoure

 

Toutes ces choses font de lui le pire des locataires de Londres. Mais sans ses dossiers, ses analyses chimiques, son désordre habituel, il n'est pas à l'aise.


Oui, oui, je ne vous racontais pas des carabistouilles plus haut : Holmes s'est entraîné au tir au revolver dans son salon.

 

Assis dans un fauteuil avec son instrument à double détente et une centaine de cartouches, il a dessiné avec les balles les initiales royales "V. R."  pour Victoria Regina dans le mur ! Une reine en forme de trou de balle, en quelque sorte !

Comme je le disais plus haut, Holmes a aussi parfois un rapport ambigu avec la loi qu'il incarne et l'ordre établi. Il a déjà joué au juge, faisant de Watson le jury et laissé partir un criminel et un voleur, faisant carrément fait sa propre justice personnelle.

Notre détective fait des descentes régulières dans les bas fonds londoniens, dans l'East End et a fréquenté, pour les besoins d'une enquête qu'il a dit, une fumerie d'opium.

 

Il s'est livré à des expériences chimiques dangereuses, parfois sur lui même (ses mains sont brûlées par l'acide) et a expérimenté le tabassage en règle sur les cadavres, dans les salles de dissection.

 

Stamford (un infirmier que Watson avait eu sous ses ordres à Barts) et qui présenta Watson, à Holmes, le lui avait dit dans "Une étude en rouge" :

 

– Holmes est un peu trop scientifique pour moi, – cela frise l’insensibilité ! Il administrerait à un ami une petite pincée de l’alcaloïde le plus récent, non pas, bien entendu, par malveillance, mais simplement par esprit scientifique, pour connaître exactement les effets du poison ! Soyons juste ; il en absorberait lui-même, toujours dans l’intérêt de la science ! Voilà sa marotte : une science exacte, précise.

– Il y en a de pires, non ?

– Oui, mais la sienne lui fait parfois pousser les choses un peu loin... quand, par exemple, il bat dans les salles de dissection, les cadavres à coups de canne, vous avouerez qu’elle se manifeste d’une manière pour le moins bizarre !

– Il bat les cadavres ?

– Oui, pour vérifier si on peut leur faire des bleus ! Je l’ai vu, de mes yeux vu".

 

Ces pratiques sont certes justifiées par les besoins de l’investigation, mais malgré tout, c'est assez morbide...

 

Par contre, cela prouve que dans le domaine de la science criminelle ou de la police scientifique, Holmes est à la pointe de la technologie et n'hésite pas à faire des expériences pour prouver ou infirmer ses théories.

 

Lorsqu'il battait des cadavres, Holmes ne faisait que tester intellectuellement et physiquement les faits, sans aucune forme d’émotion.

 

Dans "Une étude en rouge" (STUD), il était aussi tout content d'avoir trouvé un réactif qui ne pouvait être précipité que par l'hémoglobine, permettant, donc, de déceller une tache faite de sang.

 

Pour de plus amples informations, je vous renvoie à "La science de Sherlock Holmes" de E.J Wagner, dont j'avais fait la critique (ICI).

 

VII. Qui a dit "Sale caractère" ? [Part 1]


Un sale caractère ?? Non, non, juste "du caractère" !

 

Pour le lecteur qui le découvre, Holmes apparaît comme sans émotion et replié sur lui-même, scientifique jusqu'à l'insensibilité, comme un véritable automate, une machine à raisonner, radicalement inhumain, avec un masque d'Indien Peau-Rouge qui, tant de fois, le fait passer pour une machine insensible et non pour un être humain.

 

Ma foi, cela ne m'a jamais dérangé. Il est détective, a inventé la profession, il l'excerce, il est donc normal qu'il place au-dessus de tout la précision et la concentration de la pensée.

 

On ne peut pas dire non plus que Holmes était un homme calme (sauf quand il n'avait rien à faire et qu'il s'ennuyait).

 

Dans le canon, il est souvent fait référence à l'agitation de Holmes et à son impatience surtout lorsqu'il est sur une affaire !

 

"Sherlock Holmes, quand il avait un problème à résoudre, pouvait demeurer des jours entiers, et même une semaine sans se reposer : il tournait et retournait les faits dans sa tête, les examinait sous tous les angles jusqu'à ce qu'il eût bien approfondi le mystère, à moins qu'il ne trouvât insuffisants ses renseignements" nous dit-on dans "L'Homme à la lèvre tordue" (TWIS).

 

Au bout du compte il pouvait avoir jusqu'à "sept explications distinctes ; chacune se rapportant aux faits tels que nous les connaissions" ("Les Hêtres-Rouges").

 

Une seule de ces explications s'avérera être la solution de l'énigme. D'oû sa célèbre maxime qu'il cite aussi comme une règle : "Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela paraisse, doit être la vérité." ("Le signe des quatre").

 

Comme vous pouvez le constater, dans ses écrits, Watson fait constamment référence à sa sa nervosité et à l'excitation de Holmes, à son naturel curieux et avide, à sa manie de se ronger les ongles quand il est préoccupé, à l'importance qu'il porte à son orgueil, à sa réputation, au respect de lui-même et à un certain égoïsme.

 

A contrario, lorsqu'il fallait rester calme, Holmes savait le rester durant des longues heures de guet ou de veille.

 

Il fut d'ailleur imperturbablement calme et plein d’humour dans une situation  délicate : c'est avec calme et courtoisie qu'il a accueilli le redoutable docteur Roylott ("Le ruban moucheté") en lui offrant un siège et en lui parlant du temps qu’il faisait.

 

– Je suis le docteur Grimesby, de Stoke Moran.

– Vraiment, docteur, dit Holmes d’un ton débonnaire. Je vous en prie, prenez un siège.

– Je n’en ferai rien. Ma belle-fille est venue ici. Je l’ai suivie. Que vous a-t-elle raconté ?

– Il fait un peu froid pour la saison, dit Holmes.

– Que vous a-t-elle raconté ? s’écria le vieux, furieux.

– Toute fois, j’ai entendu dire que les crocus promettent, continua mon compagnon, imperturbable.

– Ah ! vous éludez la question, s’écria notre visiteur, qui fit un pas en avant, en agitant son bâton. Je vous connais, canaille, j’ai déjà entendu parler de vous ; vous êtes Holmes, le touche-à-tout.

Mon ami sourit.

– Holmes l’officieux !

Le sourire d’Holmes s’accentua.

 

Si on parle de la haute taille de Holmes dans le canon (1,80m), on ne décrit pas sa "force" de manière directe. Par contre, cette dernière sera soulignée lorsqu’il redressera, sans effort, le tisonnier tordu par ce même terrible docteur Roylott.

 

– Voilà qui m’a tout l’air d’un très aimable personnage, dit Holmes en riant. Je ne suis pas tout à fait aussi massif que lui,mais s’il était resté, je lui aurais montré que mes griffes ne sont guère plus faibles que les siennes.

Tout en parlant, il ramassa le tisonnier d’acier et, d’un effort brusque, le redressa.

 

La modestie ne fait pas partie de ses vertus. Pour Holmes, les choses sont ce qu'elles sont : se sous-estimer ou se surestimer est une altération de la réalité. Il n'a pas peur de se vanter d'être le meilleur puisque c'est vrai ! Alors, pourquoi ranger la modestie parmi ses vertus ?

 

"Ce que l'on fait en ce monde importe peu. La question, c'est ce que vous pouvez faire croire que vous avez fait". "Une étude en rouge" (STUD ).

 

Je ne dirai pas qu'il est narcissique, ou qu'il a tendance à s'analyser et à ne parler que lui, mais il est parfois égotiste.

 

Holmes est un auto-didacte, ce qu'il sait, il l'a appris seul en observant.

 

Et le détective est aussi sensible à la flatterie, quand il s'agit de son art, que n'importe quelle femme quand il s'agit de sa beauté.

 

La vie ne doit pas toujours être facile pour un homme avec de telles compétences intellectuelles.

 

J'immagine qu'il devait voir les autres comme des poissons rouges... Sans compter qu'il reprochait souvent à Watson de "voir" mais de ne pas "observer"...

 

La preuve en était que Watson ne connaissait pas le nombre de marches menant à leur meublé ! (17)

 

Holmes pouvait être franchement méprisant avec les plus humbles de la cervelle, vous savez, celles qui sont moins vives que la sienne...

 

Non, pas facile d'évoluer au milieu des autres : pour eux, vous êtes un extraterreste, un sorcier, le diable (à une autre époque, on l'aurait brûlé).

 

Et pour Holmes, il avait du mal à supporter ces escargots baveux de l'esprit. Cette manière de se comporter avec les autres ennuiera Watson très souvent.

 

La publicité ? Holmes n'est pas du genre à vouloir que son nom s'étale dans les journaux. Il s'en moque bien, de la postérité, lui, tout ce qui l'intéressait, c'était de résoudre une affaire.

 

Quasi à chaque fois, il laissera le crédit de ses affaires à la police, mais s'irritera parfois d'un manque de reconnaissance.

 

Malgré tout, à Scotland Yard, on le respectait et pas un n'aurait refusé de lui serrer la main ! Comme dans cet extrait des "Six Napoléons" (SIXN).

– Eh bien ! dit Lestrade, je vous ai vu entreprendre bien des affaires, Monsieur Holmes, mais je n’en ai jamais vu de mieux conduite. Nous ne sommes pas jaloux de vous à Scotland Yard... Non, Monsieur, nous sommes au contraire très fiers de vous, et si vous y veniez demain, il n’y aurait pas un de nous, depuis le doyen des inspecteurs jusqu’au plus jeune de nos agents, qui ne serait heureux de vous serrer la main.

– Merci, dit Holmes, merci ! – et tandis qu’il détournait la tête, il me parut plus ému que je ne l’avais jamais vu. Un instant après, il était redevenu le penseur froid et pratique que je connaissais.

 

Malgré le fait qu'il soit sensible à la flatterie et malgré le fait qu'on le respecte au Yard, Holmes s'est toujours la possibilité d'agir seul. Plus facile ainsi car, souvent, l'aide qu'il aurait trouvée à l'extérieur aurait été insignifiante.

 

Il s'intéresse à une affaire pour aider les fins de la Justice et le travail de la police. S'il se tient à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle le tient à l'écart, bien qu'il n'ait jamais eu le moindre désir de marquer des points à ses dépens. Mais vous savez, pour un policier, se faire résoudre l'affaire par un "privé", ça la fou quand même mal niveau égo.

 

Holmes a de l'humour et c'est un petit taquin ! Son plaisir était de taquiner les détectives officiels en leur donnant des indices tout en négligeant d'expliquer leur signification. Ça l'amusait.

 

En réalité, il ne souhaite pas leur masquer l'évidence. Ses yeux étincellent de malice quand il fait miroiter la preuve dans la tragédie de Birlstone, par exemple. Cfr "La vallée de la peur" (VALL).

 

S'il est dur avec les autres, il ne s'épargne pas lui-même. Il est le premier à se faire des reproches quand il est trop lent à résoudre le problème. Comme nous le voyons ici dans "L'homme a la lèvre tordue" (TWIS) :

— Je vais mettre à l’épreuve une de mes théories, dit-il en enfilant ses chaussures. Je crois, Watson, que vous êtes en ce moment en présence d’un des plus parfaits imbéciles de l’Europe. Je mérite un coup de pied qui m’enverrait à tous les diables; mais je crois que je tiens maintenant la clé de l’affaire.

 

Des autres, il aime les attentions, l'admiration et les applaudissements, comme le montrait l'extrait des "Six Napoléons" posté plus haut (SIXN).

 

C'est aussi sa nature froide qui fait qu'il ne se préoccupe pas de la gloriole. Par contre, il sera touché par les louanges d'un ami.

 

Il aime impressionner ses clients par l'étalage de ses facultés et surprendre ceux qui l'entourent. Comme un artiste, il est en représentation. Il y a en lui une certaine veine artistique qui l'attire sur la scène.

 

Holmes est aussi un homme qui est incapable de se refuser une note dramatique lors d'une résolution d'affaire. Il cachera ainsi les plans sous la cloche qui aurait dû contenir le petit déjeuner dans "Le traité naval" (NAVA) :

– Mme Hudson s’est montrée à la hauteur des circonstances, déclara Holmes, soulevant le couvercle d’un plat qui contenait un poulet au curry. Sa cuisine est un peu limitée, mais, pour une Écossaise, elle a une assez heureuse conception du petit déjeuner. Qu’est-ce que vous avez là-bas, Watson ?

– Des œufs au jambon.

– Bravo ! Que préférez-vous, Monsieur Phelps ? Oeufs ou poulet ?

– Je vous remercie. Je n’ai pas faim.

– Voyons ! voyons ! Servez-vous ! Le plat est devant vous.

– Non, vraiment, j’aimerais mieux ne rien prendre.

Holmes eut un sourire malicieux.

– Alors, voudriez-vous avoir la bonté de me servir ?

Phelps souleva le couvercle du plat qui était devant lui et, au même moment, poussa une exclamation de stupeur. Son visage était devenu aussi blanc que son assiette et ses yeux semblaient ne pouvoir se détacher d’un rouleau de papier bleuté qui se trouvait dans le plat qu’il venait de découvrir. Il se décida enfin à le prendre. Il le déroula rapidement, jeta dessus un coup d’œil, puis nous le vîmes se lever d’un bond et se mettre à danser comme un fou au tour de la pièce,en poussant des cris de joie en en pressant sur son cœur le précieux document. Il se laissa ensuite tomber dans un fauteuil. Il était épuisé et nous dûmes lui faire avaler une gorgée de cognac pour l’empêcher de s’évanouir.

Holmes lui administra de petites tapes amicales sur l’épaule et s’excusa.

Je suis le premier à reconnaître, Monsieur Phelps, que j’aurais dû vous épargner cette émotion violente. Mais Watson, ici présent, vous expliquera que je n’ai jamais pu résister à ma passion de la mise en scène !

 

 

VII. Qui a dit "Sale caractère" ? [Part 2]

 

 

Je vous parlais dans un autre passage, du côté obscur de Holmes qui auvait déjà libéré un voleur et un assassin. Pourquoi ? Oh, ce n'était pas sans raison !

 

Holmes nous avait avoué que, une ou deux fois dans sa carrière, il avait senti qu'il commettait plus de mal en découvrant le criminel que ce dernier n'en avait fait par son crime.

 

C'est un homme qui peut pardonner les vengeances personnelles des autres comme ici, dans "Le pied du diable" (DEVI) :

 

– Je n’ai jamais aimé, Watson, mais si j'aimais et que la femme que j’aimais mourrait de la sorte, je pourrais fort bien me comporter comme notre chasseur de lions. Qui sait ?

 

Sherlock nous avouera aussi que, bien que ne pesant pas lourd sur sa conscience, il se sentait indirectement responsable de la mort du docteur Roylott dans "Le ruban moucheté" (SPEC).

 

— Il n’y a pas de doute que je ne sois ainsi indirectement responsable de la mort du docteur Grimesby Roylott; mais je crois pouvoir affirmer, selon toute vraisemblance, qu’elle ne pèsera pas bien lourd sur ma conscience.

 

Petit rappel pour voir ceux qui ne suivaient pas hier : Holmes n'a jamais hésité à utiliser des méthodes illégales si la cause était juste à ses yeux ("Charles Auguste Milverton") et il sait très bien qu'il aurait pu être un criminel très efficace s'il avait utilisé ses talents contre la loi, ce sur quoi Scotland Yard est bien d'accord ("L'interprète grec").

 

Courageux, il n’hésite pas à prendre des risques pour s’introduire en cachette dans le château de Roylott dans "Le ruban moucheté".

 

Holmes n'est pas un couard qui enverrait les autres au feu pendant que lui resterait à se la couler douce. Non, il va au feu et a justement des scrupules à faire courir aux autres un danger !

 

– Savez-vous bien, Watson, dit Holmes, tandis que nous étions assis tous deux dans l’obscurité qui commençait, que j’éprouve quelques scrupules à vous emmener ce soir. Il y a nettement un élément de danger.

 

Attention, s'il prête peu d'attention à sa sécurité quand son esprit est absorbé par une enquête, il sait très bien qu'il est "stupide" et non "courageux", de refuser de croire au danger quand il vous menace de près.

 

Peu intéressé par l’argent, il répond à Hélène ("Le ruban moucheté") qui le prévient qu’elle ne pourra le payer que plus tard : "Ma profession est ma propre récompense" et ne lui demande que le remboursement de ses frais.

 

Pareil pour le rang du client qui lui importe peu. Il a déjà reclapé certains qui se prenaient pour sorti de la cuisse droite de Jupiter ("Un aristocrate célibataire").

— J'ai entendu dire que vous aviez déjà eu l'occasion de vous occuper de questions délicates de cette nature, monsieur, bien qu'elles ne concernassent guère, je suppose, la même classe de la société.

— En effet, je régresse.

— Je vous demande pardon ?

Mon dernier client de la sorte était un roi.

 

En fait, ce qui intéresse Holmes, c'est l'affaire, pas tellement le client.

 

Comme les producteurs avaient fait avec le docteur House qui se moquait bien de ses patients, pourvu qu'ils soient un cas intéressant !

 

Pour cette raison, il peut faire la fine bouche et refuser ce qui sort de l'ordinaire. Vis à vis des gens qui viennent le consulter, il est la dernière cour d'appel. La dernière personne vers qui se tournent les gens qui veulent de la discrétion ou qui n'osent pas aller voir la flicaille, car, professionnellement parlant, Holmes est le seul en Europe à posséder ces dons et cette expérience qu'il met au service des autres.

 

De plus, Holmes savait garder un secret et Watson n'a jamais publié les aventures dont il n'avait pas eu l'autorisation de Holmes. Soit qu'assez de temps ait passé ou que les clients soient décédés.

 

Par contre, il est très contrarié par tout ce qui vient distraire son attention et c'est pour cela il ne souhaite pas que deux affaires se chevauchent. Comme tout un homme : une chose à la fois !

 

"Une intense concentration mentale a le pouvoir étrange d'anéantir le passé", dit-il.

 

Mais bien qu'occupé avec l'affaire des persécutions dont le célèbre millionnaire du tabac, John Vincent Harden, était la victime, Holmes ne laissa pas Violet Smith sans secours dans "Le cycliste solitaire" (SOLI).

 

"Et pourtant, sans un manque de coeur qui était étranger à sa nature, il était impossible de refuser d'acouter l'histoire de cette grande et belle jeune femme, gracieuse et altière, qui se présenta tard dans la soirée à Baker Street et qui implora son assistance et ses conseils".

 

À ceux qui le dirait "méchant", je répondrai que Holmes était dépourvu de cruauté, mais endurci à force de vivre dans le sensationnel.

 

Bien que son salon se soit rempli de clients, Holmes n'a jamais gardé de contact avec eux, sauf si ce fut caché au lecteur. Normal aussi, Holmes n'est pas ce qu'on peut appeler un "individu très sociable".

 

À part Watson, il déclare ne pas avoir d'autres amis, hormis Victor Trévor qui fut son ami durant ses deux années d'université. Mais là encore, il ne semble pas avoir gardé de contact.

 

À part les clients pour des raisons professionnelles, il n'a jamais encouragé les visites.

 

Il n'est pas homme à nouer de nouvelles amitiés et préfère vivre dans la solitude et l'isolement. Même lorsque Watson n'habitera plus à Baker Strett, on ne peut pas dire qu'ils se voient souvent où que Holmes va lui rendre visite tous les dimanches.

 

Bref, un homme solitaire, loin de chez lui... ♪ "I'm poor lonesome consulting detective..." ♫

 

Si notre consulting detective fait parfois preuve d'insouciance et d'une veine mi-cynique, mi-humoristique, la dureté ou la méchanceté n'est pas dans sa nature.

 

Watson soulignera sa gentillesse et cette sorte de gaieté sinistre qui caractérisait ses meilleurs moments.

 

Holmes est remarquable par sa courtoisie et il est passé maître dans l'art de mettre les plus humbles à leur aise et possède presque un pouvoir hypnotique qui lui permet d'apaiser quand il le veut les clients les plus nerveux  ou les femmes appeurées.

 

Et, quoique certains pensent, il rit, sourit et plaisante fréquemment. Holmes n'est pas le dernier a faire une plaisanterie ou un tour à un client.

 

Plutôt ville ou campagne ? Holmes n'est plus le même sans la ville de Londres. La nature ne l'attire pas et la campagne buccolique ne fait pas partie de ses dons innombrables. Aucun attrait pour la campagne ni pour la mer, hormis à sa retraite où il se retirera dans le Sussex (Le Sussex, c'est coquin comme région !).

 

D'ailleurs, voilà ce que Holmes pensait de la campagne dans "Les hêtres pourpres" (COPP) :

– Est-ce assez frais et délicieux ! m’écriai-je avec tout l’enthousiasme d’un homme échappé aux brouillards de Baker Street.

 

Mais Holmes secoua gravement la tête.

– Savez-vous bien, Watson, me dit-il, que c’est un des travers des esprits comme le mien de ne jamais envisager les choses que du point de vue qui me préoccupe ? Quand vous regardez ces habitations éparpillées, vous êtes frappé par leur côté pittoresque. Quand je les regarde, moi, la seule chose que j’éprouve est le sentiment de leur isolement et de la facilité avec laquelle les crimes peuvent s’y commettre en toute impunité.

 

– Grand Dieu ! m’exclamai-je. En quoi ces vieilles demeures peuvent-elles vous faire penser à des crimes ?

 

– Elles m’inspirent toujours une sorte d’horreur indéfinissable. Voyez-vous, Watson, j’ai la conviction (conviction basée sur mon expérience personnelle) que les plus sinistres et les plus abjectes ruelles de Londres ne possèdent pas à leur actif une aussi effroyable collection de crimes que toutes ces belles et riantes campagnes.

 

– Mais c’est abominable ce que vous me dites là !

 

– Et la raison est bien évidente. La pression qu’exerce l’opinion publique réalise ce que les lois ne peuvent accomplir. Il n’est pas de cul-de-sac si infâme et si reculé où les cris d’un enfant martyr ou les coups frappés par un ivrogne n’éveillent la pitié et l’indignation des voisins, et là toutes les ressources dont dispose la justice sont tellement à portée de la main qu’il suffit d’une seule plainte pour provoquer son intervention et amener immédiatement le coupable sur le banc des accusés. Mais considérez au contraire ces maisons isolées au milieu de leurs champs et habitées en majeure partie par de pauvres gens qui n’ont autant dire jamais entendu parler du code, et songez un peu aux cruautés infernales, aux atrocités cachées qui peuvent s’y donner libre cours, d’un bout de l’année à l’autre, à l’insu de tout le monde. Si la jeune fille qui nous appelle à son secours était allée habiter Winchester, je n’aurais jamais eu aucune crainte à son égard. C’est parce qu’elle se trouve à cinq milles dans la campagne que je ne me sens pas tranquille. Et cependant, il est évident qu’elle n’est pas personnellement menacée.

 

Pour sa retraite, il se retira dans le Sussex, il s'adonnera entièrement à cette vie apaisante de la nature à laquelle il dit avoir si fréquemment aspiré pendant les nombreuses années passées dans les ténèbres londoniennes.

 

Malgré tout, sa retraite sera sujette à une enquête qu'il racontera lui-même, constatant par là que l'exercice n'est pas aussi facile qu'il le pensait ! ("La crinière de lion"). Lui qui avait souvent houspillé sur le fait que Watson parlait plus du côté

 

Son esprit lucide, froid, admirablement équilibré répugne à toute émotion en général et à celle de l'amour en particulier.

 

Il apparaît sans sentiment, saturnien et peu démonstratif. Ses émotions se sont émoussées à force de vivre dans le sensationnel.

 

"L'émotivité contrarie le raisonnement clair et le jugement sain" affirme-t-il dans "Le signe des quatre".

 

"J'utilise ma tête, pas mon coeur" dans "Un illustre client".

 

VIII. Pour conclure (dans le foin ?)

 

Pour conclure (dans le foin ?) :

Quoiqu'il en soit, Holmes est un personnage fascinant à plus d'un titre. On l'étudie toujours, on épluche le canon, on l'analyse, on le commente, on l'interprète, bref, on ne vit que pour lui !

 

Sherlock Holmes est et restera mon personnage préféré dans la littérature, le premier détective, le premier à parler de la science comme étant importante dans la résolution des crimes, le premier à parler de préserver les scènes de crime... celui dont TOUS les autres découlent,  éclipsant ses ancêtres historiques que furent le "Chevalier Auguste Dupin" d'Edgar Allan Poe et "Monsieur Lecoq", d'Émile Gaboriau, personnages auxquels Arthur Conan Doyle fait pourtant référence dans son œuvre.

 

Non, on ne les retiens pas comme étant les premiers policiers... Holmes reste number one !

 

 

Sherlock Holmes est un personnage très "typé", sans doute du fait de son auteur qui ne l'aimait pas.

 

Malgré toute cette haine du créateur envers sa créature, il est devenu l'archétype du "private detective" pour des générations d'auteurs populaires de roman policier.

 

Bien qu'il aurait aimé gagner sa vie avec des romans historiques, Conan Doyle verra son personnage de Holmes adopté par le public dès la publication de sa deuxième aventure "Le signe des quatre" dans "The Strand Magazine".

 

L'existence de Sherlock Holmes doit beaucoup au professeur en chirurgie de Conan Doyle, le docteur Joseph Bell.

 

Ses déductions étonnantes sur les patients et leurs maladies l'impressionnèrent beaucoup.

 

À l'origine, Conan Doyle avait prévu d'appeler son détective Sherrinford Holmes.

 

En août 1889, au cours d'un dîner organisé par J. M. Stoddart, agent américain du "Lippincott's Monthly Magazine", Arthur Conan Doyle et Oscar Wilde sont engagés pour écrire deux histoires.

 

Wilde livre "Le Portrait de Dorian Gray" et Doyle "Le Signe des quatre", deuxième aventure du détective, qui paraîtra en 1890.

 

Conan Doyle peut se vanter d'être un écrivain qui arrivait à vivre de ses écrits car c'est grâce à son détective qu'il pouvait voyager en fiacre !

 

Malgré tout, lassé par son personnage et voulant écire des récits "historiques", il le tue dans les chutes de Reichenbach, surprenant son lectorat qui avait vu un Holmes en pleine forme dans "Le traité naval" (NAVA).

 

C'est avec effroi que les lecteurs liront "Le dernier problème" en décembre 1893 (Joyeux Noël, hein !!) où Holmes y affronte un grand méchant tout droit sorti du chapeau de Doyle.

 

Pourquoi tant de haine ?? Il faut dire que notre auteur considérait vraiment les aventures de Sherlock Holmes comme de la "littérature purement alimentaire" qui, pensait-il, risquait de porter ombrage au reste de son oeuvre.

 

Les lecteurs protestent et on porte des brassards noirs en signe de deuil jusqu'au gouvernment.

 

Conan Doyle, malgré les relances, refuse de le réssusciter son héros.

 

Mais, l'argent est un bon moteur, parfois. Alors, dans le but d'en avoir un peu, il écrit "Le chien des Baskerville", le faisant se dérouler avant la mort de Holmes.

 

Au départ, il ne voulait utiliser que le personnage de Watson et pas Holmes... voilà pourquoi le détective est si peu présent dans ce roman.

 

En septembre 1903, après le succès du "Le chien des Baskerville", un éditeur américain lui propose 45 000 livres pour treize nouvelles aventures de Sherlock Holmes.

 

Aaaah, si les ricains n'avaient pas été là avec leurs billets verts !

 

Conan Doyle accepte et "ressuscite" son héros dans "La Maison vide".

 

Il livrera finalement 33 nouvelles aventures jusqu’à "The Adventure of Shoscombe Old Place", publiée en mars 1927.

 


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